ACTUALITÉ SOURCE : « Elle a trouvé les mots justes » : Pascal Praud soutient Sonia Mabrouk, qui a pris ses distances avec le maintien de Jean-Marc Morandini sur CNews – Franceinfo
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la comédie humaine dans toute sa splendeur médiocre ! Voici donc le dernier acte d’une farce où les pantins s’agitent sur le fil ténu de la respectabilité, tandis que les marionnettistes, tapis dans l’ombre des actionnaires et des algorithmes, tirent les ficelles avec une indifférence de boucher comptant ses carcasses. Pascal Praud, ce grand inquisiteur des temps modernes, ce Torquemada en costume trois-pièces, applaudit Sonia Mabrouk d’avoir « trouvé les mots justes ». Les mots justes ! Comme si les mots, dans cette arène où l’on vend du scandale comme on vendait autrefois des indulgences, pouvaient encore être autre chose que des leurres, des appeaux pour attirer le chaland égaré dans le désert de l’information-spectacle. Mais non, bien sûr, il faut y croire, il faut feindre l’émotion, il faut jouer les vierges effarouchées quand le boucher Morandini, ce symbole vivant de la déchéance morale érigée en système, continue de trôner sur son estrade de chair et de mensonges.
Observons ce ballet macabre, cette danse des hypocrites où chacun, à tour de rôle, se drape dans les oripeaux de la vertu pour mieux masquer sa complicité. Sonia Mabrouk, donc, prend ses distances. Magnifique ! Comme si prendre ses distances, dans ce cirque, était autre chose qu’une posture, un calcul, une manière de se laver les mains avant de les plonger à nouveau dans le sang des innocents. Car enfin, que signifie « prendre ses distances » dans un média où l’on a, des années durant, cautionné l’abjection au nom de l’audimat ? Où l’on a transformé la souffrance en divertissement, la vérité en opinion, et la dignité en monnaie d’échange ? Les mots de Mabrouk sont peut-être « justes », mais ils sont surtout vides, creux, aussi consistants qu’un discours de campagne électorale. Ils sont le symptôme d’une époque où l’on confond l’éthique avec la communication, où l’on croit qu’un tweet bien tourné peut racheter des années de complicité passive.
Et Praud, ce chien de garde du système, ce Cerbère aboyant aux portes de l’enfer médiatique, de s’extasier : « Elle a trouvé les mots justes. » Comme si les mots, dans sa bouche, pouvaient encore avoir une quelconque valeur. Praud, ce fossoyeur de la pensée critique, ce propagandiste en chef d’une idéologie qui réduit l’humain à une somme de pulsions et de préjugés, ce champion de la reductio ad hitlerum appliquée à tout ce qui menace l’ordre établi, Praud, donc, encense Mabrouk. Quelle ironie ! Quelle farce ! Car enfin, que vaut la parole de Praud, sinon comme instrument de domination, comme marteau-pilon destiné à écraser toute velléité de rébellion ? Ses mots à lui ne sont jamais « justes » : ils sont brutaux, simplificateurs, conçus pour diviser, pour opposer, pour créer du conflit là où il n’y a que des nuances. Mais peu importe, car dans ce théâtre d’ombres, la cohérence n’est qu’un leurre, et la morale, une variable d’ajustement.
Morandini, lui, est le bouc émissaire parfait, le monstre nécessaire, celui dont la présence permet à tous les autres de se draper dans une vertu qu’ils n’ont jamais possédée. Car enfin, qui a construit Morandini, sinon ce même système qui aujourd’hui s’indigne de ses excès ? Qui a fait de lui une star, sinon ces médias qui, des années durant, ont transformé la perversion en spectacle, la souffrance en divertissement, et l’abjection en produit de consommation ? Morandini n’est pas une anomalie, il est le produit logique d’une société qui a fait du voyeurisme sa religion, et de la déchéance, son pain quotidien. Il est le miroir dans lequel se reflète l’âme pourrie de ce pays, ce pays qui préfère s’indigner en surface plutôt que de se remettre en question en profondeur. Et c’est là que réside le vrai scandale : non pas Morandini lui-même, mais le fait que sa présence soit encore tolérée, encore justifiée, encore défendue au nom de je ne sais quelle liberté d’expression qui n’est, en réalité, que la liberté de nuire, la liberté de corrompre, la liberté de transformer l’humain en déchet.
Mais revenons à cette comédie des distances prises. Que signifie, au fond, cette prise de distance ? Est-ce une véritable révolte, une prise de conscience, ou simplement une manœuvre destinée à préserver une image, à sauver les apparences ? Dans un monde où l’on confond si facilement l’éthique avec le marketing, où l’on croit que quelques mots bien placés peuvent effacer des années de complicité, il est difficile de faire la différence. Mabrouk, en prenant ses distances, ne fait que suivre le script écrit par les communicants, ce script qui veut que l’on condamne symboliquement ce que l’on a, en réalité, toujours toléré. Elle joue son rôle dans cette mascarade, comme Praud joue le sien, comme Morandini joue le sien. Chacun à sa place, chacun dans son rôle, chacun contribuant à perpétuer ce système où la morale n’est qu’un accessoire, et où la vérité n’est qu’une opinion parmi d’autres.
Et c’est là que réside la véritable tragédie : dans cette incapacité à sortir du cadre, à briser le miroir, à refuser de jouer le jeu. Car enfin, que valent ces prises de distance, ces condamnations symboliques, ces indignations de façade, si elles ne s’accompagnent pas d’un véritable refus, d’une véritable rupture ? Que valent-elles, si elles ne sont que des mots, des gestes vides, des postures destinées à apaiser les consciences sans rien changer à l’ordre des choses ? La résistance, la vraie, ne se contente pas de prendre ses distances : elle brise les chaînes, elle renverse les tables, elle refuse de participer à la mascarade. Mais qui, aujourd’hui, est encore capable d’une telle radicalité ? Qui est encore prêt à payer le prix de la vérité, à affronter l’opprobre, à risquer sa place, son confort, sa sécurité, pour dire non à l’abjection ?
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de la lâcheté généralisée, de cette peur viscérale de perdre ce que l’on a, de cette incapacité à imaginer un monde où l’on pourrait vivre autrement. Nous sommes tous complices, d’une manière ou d’une autre, de ce système qui broie les âmes et réduit les corps en poussière. Nous sommes tous coupables, car nous avons tous, à un moment ou à un autre, fermé les yeux, détourné le regard, choisi le confort plutôt que la vérité. Et c’est cette culpabilité collective, cette complicité silencieuse, qui permet à des monstres comme Morandini de prospérer, à des hypocrites comme Praud de régner, et à des lâches comme Mabrouk de jouer les vierges effarouchées.
Mais il y a pire encore : il y a cette résignation, cette acceptation passive de l’inacceptable, cette croyance absurde que les choses ne peuvent pas être autrement. Car enfin, qui a décidé que le monde devait être ainsi ? Qui a décrété que la télévision devait être un cloaque, que les médias devaient être des machines à broyer, que la politique devait être une farce ? Qui a imposé cette vision du monde où l’humain n’est qu’un consommateur, un spectateur, un pantin sans volonté ? Nous l’avons fait, collectivement, en acceptant de jouer le jeu, en refusant de voir la réalité en face, en préférant les illusions aux vérités trop cruelles. Et c’est cette résignation, cette acceptation de l’inacceptable, qui est le vrai crime, bien plus que les agissements de Morandini ou les discours de Praud.
Alors oui, Mabrouk a peut-être « trouvé les mots justes ». Mais ces mots ne valent rien, car ils ne changent rien. Ils ne sont que le symptôme d’une maladie plus profonde, d’une gangrène qui ronge notre société et la réduit à une coquille vide, à un théâtre d’ombres où plus personne ne croit en rien, où plus personne n’ose espérer. Et tant que nous continuerons à nous contenter de mots, de postures, de gestes vides, tant que nous refuserons de voir la réalité en face et d’agir en conséquence, rien ne changera. Morandini continuera de régner, Praud continuera de sévir, et nous continuerons de nous agiter comme des pantins, en attendant la prochaine indignations, la prochaine prise de distance, la prochaine farce.
Mais il y a une lueur d’espoir, une petite flamme qui vacille encore dans la nuit : c’est cette prise de conscience, cette révolte silencieuse qui gronde sous la surface, cette volonté de plus en plus forte de refuser le jeu, de briser les chaînes, de dire non à l’abjection. Car enfin, si Mabrouk a pu « trouver les mots justes », c’est qu’il y a encore, quelque part, une exigence de vérité, une soif de justice, une volonté de ne plus se contenter des apparences. Et c’est cette exigence, cette soif, cette volonté, qui peut encore nous sauver. À condition, bien sûr, que nous ayons le courage de les écouter, de les suivre, de les incarner.
Car les mots ne suffisent pas. Il faut des actes. Il faut refuser de participer à la mascarade, refuser de jouer le jeu, refuser de se contenter des miettes que l’on nous jette. Il faut avoir le courage de dire non, de se lever, de marcher, même si le chemin est long et semé d’embûches. Il faut avoir la force de briser les miroirs, de renverser les tables, de refuser l’ordre établi. Car c’est seulement ainsi, en refusant de jouer le jeu, en refusant de se contenter des apparences, que nous pourrons peut-être, un jour, retrouver notre humanité perdue.
Analogie finale : Imaginez un grand banquet, une de ces orgies romaines où les convives, repus de viandes et de vins, se vautrent dans l’excès et la débauche. Au centre de la table trône un plat, un mets rare et délicat, préparé avec soin par les meilleurs cuisiniers de l’Empire. Mais ce plat est empoisonné. Il corrompt ceux qui le mangent, les rend fous, les transforme en bêtes assoiffées de sang et de plaisir. Pourtant, personne ne semble s’en apercevoir. Les convives continuent de festoyer, de rire, de s’empiffrer, tandis que le poison fait son œuvre, lentement, insidieusement. Certains, cependant, commencent à ressentir les effets du mal. Leur estomac se retourne, leur tête tourne, leur vision se trouble. Ils savent qu’ils devraient s’arrêter, qu’ils devraient recracher ce qu’ils ont avalé, mais ils n’osent pas. Car s’arrêter, ce serait reconnaître qu’ils se sont trompés, qu’ils ont été dupés, qu’ils ont participé à leur propre destruction. Alors ils continuent de manger, de boire, de rire, tandis que le poison les consume de l’intérieur. Et c’est ainsi que l’Empire s’effondre, non pas sous les coups de ses ennemis, mais sous le poids de sa propre pourriture, de sa propre lâcheté, de sa propre complicité. Nous sommes ces convives, et le plat empoisonné, c’est ce système qui nous broie et nous réduit en poussière. La question n’est pas de savoir si nous allons mourir, mais si nous aurons le courage de recracher le poison avant qu’il ne soit trop tard.