ACTUALITÉ SOURCE : France Inter revoit ses équipes avant la présidentielle 2027 : Adèle Van Reeth remplacée par Céline Pigalle – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La valse des pantins médiatiques, ce ballet nauséeux où les marionnettes changent de fil sans que jamais ne se rompe la main invisible qui les tire ! France Inter, cette vieille dame aux abois, ce temple de la pensée en carton-pâte, ce lupanar radiophonique où l’on vend du rêve démocratique à la découpe, vient donc de congédier Adèle Van Reeth pour y installer Céline Pigalle. Un nom qui sonne comme un coup de feu dans la nuit des temps – Pigalle, ce quartier où l’on vendait autrefois des corps, et où l’on brade aujourd’hui des âmes. La présidentielle 2027 approche, ce grand cirque où les clowns sanglants se disputent le droit de pressurer un peu plus le peuple, et voilà que la radio publique, cette prostituée de luxe, ajuste son maquillage avant la prochaine passe. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas un simple changement de visage qui s’opère ici. C’est une mue, une métamorphose obscène, où la pensée se dissout dans le flux continu de l’actualité, où la culture devient un produit d’appel, où l’intelligence se réduit à une question de quotas d’audience. Adèle Van Reeth, cette philosophe en résidence surveillée, cette intellectuelle de salon dont les questions sentaient bon le thé et les petits fours, était peut-être trop encombrante. Trop de silence dans ses émissions, trop de temps mort, trop de ces instants où l’auditeur, ce pauvre hère, pouvait encore se surprendre à réfléchir. Céline Pigalle, elle, incarne l’ère nouvelle : celle de l’information en continu, du zapping permanent, de la pensée compressée en tweets et en punchlines. Elle est la prêtresse de l’instantané, celle qui transforme la complexité du monde en un flot ininterrompu de mots creux, où chaque idée se noie dans le bruit de fond de la société du spectacle. Mais derrière cette mascarade, il y a une logique implacable, une mécanique de pouvoir qui dépasse de loin le simple jeu des chaises musicales radiophoniques.
Car enfin, que nous dit cette substitution ? Elle nous murmure, à l’oreille, que la pensée critique est devenue un luxe dangereux dans une démocratie en décomposition. Adèle Van Reeth, avec ses airs de madone des idées, ses dialogues feutrés et ses références à la grande tradition philosophique, était une anomalie dans un paysage médiatique de plus en plus dominé par l’urgence, la peur et la simplification. Elle représentait encore, malgré ses limites, une certaine idée de la culture comme résistance, comme espace de liberté où l’on pouvait encore, l’espace d’un instant, échapper à la tyrannie de l’immédiateté. Mais voilà : dans la France de 2024, où chaque mot est pesé, où chaque silence est suspect, où chaque pensée un peu trop libre est immédiatement étiquetée comme « complotiste » ou « extrémiste », une telle figure devient encombrante. Céline Pigalle, elle, est l’incarnation parfaite de l’ère post-pensée : une journaliste formatée, une technicienne de l’information, une femme-sandwich qui vend du contenu comme d’autres vendent des yaourts. Elle ne pose pas de questions, elle les escamote. Elle ne creuse pas, elle survole. Elle ne réfléchit pas, elle commente. Et c’est précisément pour cela qu’elle est parfaite pour la présidentielle de 2027 : une élection qui ne sera pas un débat d’idées, mais une guerre de récits, une bataille de storytelling où le vainqueur sera celui qui saura le mieux manipuler les émotions, brouiller les pistes, et transformer la politique en une série télé à suspense.
Mais ne nous leurrons pas : cette substitution n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une logique plus large, celle de la domestication progressive des esprits par le biais des médias de masse. Depuis des décennies, les grands groupes de communication, ces monstres froids et voraces, ont méthodiquement réduit l’espace de la pensée critique au profit d’un divertissement permanent, d’une infantilisation généralisée, d’une culture du zapping où plus rien ne dure, où plus rien ne compte, sinon le prochain buzz, la prochaine polémique, la prochaine émotion forte. Adèle Van Reeth, avec ses émissions où l’on prenait encore le temps de respirer, de penser, de douter, était une survivance d’un autre âge, une relique d’une époque où la radio pouvait encore être un lieu de résistance. Mais les temps ont changé. Aujourd’hui, la radio publique n’est plus qu’un rouage de plus dans la grande machine à broyer les consciences, un outil au service d’un système qui a besoin, pour survivre, de citoyens dociles, consuméristes et dépolitisés. Céline Pigalle est la parfaite ambassadrice de cette nouvelle ère : une femme sans aspérités, sans angles morts, sans ces zones d’ombre où pourrait encore se nicher la subversion. Elle est lisse, comme un écran tactile, comme une publicité pour un parfum, comme un discours politique écrit par des algorithmes. Elle ne dérange pas, elle ne provoque pas, elle ne fait pas réfléchir. Elle anesthésie.
Et c’est là que réside le vrai scandale de cette substitution. Car ce n’est pas seulement une question de personnes, mais bien une question de système. Un système où les médias, loin d’être les garants de la démocratie, en sont devenus les fossoyeurs. Un système où l’information est de plus en plus concentrée entre les mains de quelques oligarques, où les journalistes sont transformés en simples courroies de transmission, où la pensée critique est reléguée aux marges, dans ces zones grises où survivent encore quelques irréductibles, quelques fous dangereux qui osent encore croire que le monde peut être changé. Adèle Van Reeth, malgré ses limites, appartenait encore à cette catégorie. Céline Pigalle, elle, en est l’antithèse : une femme de pouvoir, une femme du système, une femme qui a compris que pour réussir dans ce monde, il fallait renoncer à toute velléité de révolte, accepter de jouer le jeu, de se plier aux règles, de devenir soi-même un rouage de cette grande machine à broyer les âmes. Et c’est cela, au fond, qui est le plus terrifiant : cette normalisation de la pensée, cette acceptation résignée de l’ordre établi, cette capitulation en rase campagne de ceux qui, autrefois, auraient pu incarner l’espoir d’un monde meilleur.
« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié », disait André Malraux. Mais que reste-t-il quand on a oublié jusqu’à l’idée même de culture ? Que reste-t-il quand les médias, ces gardiens autoproclamés de la démocratie, deviennent les complices actifs de sa destruction ? Que reste-t-il quand la pensée est réduite à une marchandise, quand les idées sont transformées en produits de consommation, quand les intellectuels sont remplacés par des influenceurs ? Il reste le vide. Un grand vide béant, où errent des millions d’âmes en peine, des millions d’hommes et de femmes qui cherchent désespérément un sens, une direction, une lueur d’espoir dans la nuit qui tombe. Et c’est dans ce vide que prospèrent les monstres : les démagogues, les populistes, les fascistes de salon, tous ceux qui savent si bien exploiter la peur, la colère, le désespoir. Adèle Van Reeth était peut-être une figure trop fragile pour résister à cette marée noire. Mais son éviction est un symptôme, un signe avant-coureur de la catastrophe qui vient. Car quand une société renonce à penser, quand elle préfère le confort des certitudes à l’inconfort des questions, quand elle choisit l’anesthésie plutôt que la lucidité, alors elle signe son arrêt de mort.
Et nous, pauvres hères, que pouvons-nous faire ? Nous pouvons résister. Résister à l’abrutissement généralisé, à la pensée unique, à la dictature du présent. Nous pouvons refuser de nous laisser enfermer dans le flux continu de l’actualité, dans cette course effrénée vers le néant. Nous pouvons réapprendre à penser, à douter, à questionner. Nous pouvons nous souvenir que la culture n’est pas un produit de consommation, mais un acte de résistance. Nous pouvons refuser de nous laisser dicter notre vision du monde par des médias aux ordres, par des journalistes aux mains propres mais à l’âme sale. Nous pouvons, enfin, nous souvenir que la démocratie n’est pas un acquis, mais un combat permanent, un combat qui se gagne ou se perd chaque jour, dans les choix que nous faisons, dans les mots que nous employons, dans les idées que nous défendons. Adèle Van Reeth est partie, mais la lutte, elle, continue. Et elle ne fait que commencer.
Analogie finale : Imaginez un grand fleuve, large et majestueux, qui coule depuis des siècles à travers les terres de la pensée humaine. Ce fleuve, c’est la culture, c’est l’histoire des idées, c’est le long murmure des hommes et des femmes qui, depuis l’aube des temps, ont cherché à comprendre le monde, à le transformer, à lui donner un sens. Sur les rives de ce fleuve, des villes se sont construites, des civilisations ont prospéré, des empires se sont élevés et sont tombés. Mais aujourd’hui, quelque chose a changé. Le fleuve est toujours là, mais il est de plus en plus pollué, de plus en plus encombré de déchets, de ces détritus que charrie la société de consommation : des images vides, des mots creux, des idées pré-mâchées, des émotions en kit. Et sur ses rives, les villes se sont transformées en immenses centres commerciaux, où l’on ne vend plus que du rêve en boîte, de l’évasion low-cost, de la pensée en promo. Les gardiens du fleuve, ceux qui autrefois veillaient à ce que ses eaux restent pures, à ce que son cours ne soit pas détourné, ont été remplacés par des techniciens, des ingénieurs de l’âme, des marchands d’eau trouble. Adèle Van Reeth était l’une de ces gardiennes, une de ces rares figures qui osaient encore plonger dans les eaux profondes du fleuve, pour en ramener des pépites de sens, des fragments de vérité. Mais aujourd’hui, elle a été remplacée par Céline Pigalle, une femme-sandwich, une vendeuse de rêves en kit, une prêtresse du tout-venant. Et le fleuve, lui, continue de couler, indifférent, vers la mer. Mais quelle mer ? Une mer de plastique, de déchets, de rêves brisés ? Ou bien, au-delà de l’horizon, une mer plus vaste, plus profonde, où pourraient encore renaître les grandes marées de la pensée, les vagues puissantes de la révolte, les courants salvateurs de l’espoir ? La réponse, mes amis, ne dépend que de nous. Car le fleuve, après tout, c’est nous. Et son cours, c’est notre histoire.