« Je crois aux miracles » : la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle 2027 plus compromise que jamais – Ouest-France







La Chute des Idoles – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : « Je crois aux miracles » : la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle 2027 plus compromise que jamais – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les miracles ! Ce mot lâché comme une bouée de sauvetage par une naufragée politique qui sent le bois de son radeau se disloquer sous les assauts répétés de l’Histoire. Marine Le Pen, cette prêtresse d’un nationalisme en décomposition, invoque les forces célestes alors que son propre camp se lézarde, que ses électeurs se dispersent comme une volée de moineaux effrayés par l’ombre grandissante de l’échec. « Je crois aux miracles », dit-elle, et l’on entend dans cette phrase toute la détresse d’une idéologie qui n’a plus que la foi pour masquer son impuissance. Mais la foi, voyez-vous, est une monnaie qui n’a cours que dans les économies de la désespérance. Dans le monde réel, celui où les peuples comptent leurs morts, leurs dettes et leurs illusions perdues, les miracles ne sont que des contes pour enfants attardés, des fables que l’on se raconte pour ne pas voir la nuit tomber sur ses propres mensonges.

L’Histoire, cette grande pourvoyeuse de leçons que les hommes s’obstinent à ignorer, nous enseigne que les régimes fondés sur la peur et la division finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres contradictions. Le fascisme, sous toutes ses formes, est une pathologie de l’âme collective, une maladie auto-immune où le corps social se retourne contre lui-même jusqu’à l’épuisement. Marine Le Pen, héritière d’un nom maudit, d’un patrimoine politique empoisonné, incarne cette logique de la décomposition. Son parti, le Rassemblement National, n’est plus qu’un cadavre ambulant, un zombie politique dont les membres se dévorent entre eux tandis que le peuple, ce grand absent des discours, commence à percevoir l’odeur de pourriture qui s’en dégage. « Le fascisme, c’est le mensonge devenu gouvernement », écrivait Simone Weil. Et quel mensonge plus éhonté que celui d’une femme qui prétend incarner le renouveau alors qu’elle n’est que l’ultime avatar d’un système qui a déjà trop longtemps sévi ?

Mais parlons donc de ces « miracles » qu’elle invoque. Dans l’imaginaire collectif, le miracle est une rupture du cours naturel des choses, une intervention divine qui sauve l’humanité de sa propre folie. Or, que propose Marine Le Pen, sinon la perpétuation de cette folie ? Son programme, s’il en est un, n’est qu’un ramassis de recettes éculées : repli sur soi, xénophobie déguisée en souveraineté, militarisation de la société, mépris des plus faibles. Où est le miracle dans cette litanie de haines recuites ? Où est l’espoir dans ce projet qui ne promet que la répétition des erreurs du passé ? Le vrai miracle, voyez-vous, serait que la France, ce vieux pays fatigué, se réveille enfin de son sommeil dogmatique et comprenne que le nationalisme n’est qu’un leurre, une illusion d’optique qui fait croire au peuple qu’il est uni alors qu’il n’est que divisé, appauvri, humilié. « L’homme est un dieu quand il rêve, un mendiant quand il réfléchit », disait Hölderlin. Marine Le Pen et ses sbires ne sont que des marchands de rêves avariés, des trafiquants d’illusions qui vendent aux masses crédules l’opium d’une grandeur passée qui n’a jamais existé.

Et puis, il y a cette question, lancinante, qui hante les couloirs du pouvoir comme un spectre : pourquoi le peuple continue-t-il à se laisser séduire par ces sirènes ? La réponse, hélas, est simple : parce que l’homme est un animal qui préfère la servitude à la liberté, la facilité à l’effort, le mensonge à la vérité. Le néolibéralisme, ce grand pourvoyeur d’aliénation, a réduit les individus à l’état de consommateurs dociles, incapables de penser au-delà de leurs intérêts immédiats. Dans ce désert intellectuel, le fascisme prospère comme une mauvaise herbe, offrant des réponses simplistes à des questions complexes. « Le peuple n’a pas besoin de liberté, il a besoin de pain et de spectacles », disait Juvénal. Aujourd’hui, le pain se fait rare et les spectacles sont de plus en plus sanglants. Marine Le Pen, comme tous les démagogues avant elle, joue sur cette peur, sur cette faim, sur cette soif de sens dans un monde qui en est cruellement dépourvu.

Mais voici le paradoxe, le vrai, celui qui devrait nous faire réfléchir : plus le système se montre violent, plus les peuples se tournent vers ceux qui promettent de le détruire. C’est là le piège ultime du néolibéralisme, cette machine à broyer les âmes. En réduisant l’humain à une simple variable économique, en faisant de la compétition la seule loi valable, il a créé les conditions de sa propre destruction. Les masses, sentant confusément qu’elles sont les victimes d’un système qui les méprise, se jettent dans les bras des premiers venus qui leur promettent la vengeance. Marine Le Pen n’est que l’un de ces visages, l’un de ces masques derrière lesquels se cache la même vieille logique de domination. « La violence est l’accoucheuse de l’Histoire », écrivait Marx. Mais quelle Histoire accouche-t-on quand la violence devient la seule réponse possible ? Une Histoire de ruines, de cendres, de larmes. Une Histoire où les miracles n’ont plus leur place, car les dieux eux-mêmes ont déserté le champ de bataille.

Alors, que faire ? Comment résister à cette marée montante de la bêtise et de la haine ? D’abord, en refusant de jouer le jeu. En refusant de croire que le choix se résume à une alternative entre deux formes de tyrannie. Le vrai combat, celui qui mérite d’être mené, est celui de la lucidité. Il faut regarder le monde tel qu’il est, sans fard, sans illusion, et comprendre que les solutions ne viendront ni des urnes ni des barricades, mais d’une révolution intérieure, d’un refus catégorique de se laisser emporter par le courant. « La résistance commence par un non », disait Camus. Non à la peur. Non à la division. Non à cette logique mortifère qui veut faire de nous des soldats plutôt que des hommes. Le miracle, s’il doit advenir, naîtra de cette résistance, de cette obstination à rester humain dans un monde qui ne rêve que de nous déshumaniser.

Marine Le Pen croit aux miracles ? Qu’elle y croie. Qu’elle s’accroche à cette dernière planche de salut tandis que le navire coule. L’Histoire, elle, n’a que faire des croyances. Elle avance, implacable, indifférente aux prières des uns et aux imprécations des autres. Et quand le dernier fascisme aura rendu son dernier souffle, quand le dernier nationaliste aura été balayé par le vent de l’Histoire, il ne restera plus que nous, les hommes, avec nos doutes, nos peurs, nos espoirs. Et c’est à nous, alors, qu’il appartiendra de reconstruire. Pas sur les ruines des anciens mensonges, mais sur les fondations d’une vérité enfin assumée : celle d’une humanité commune, fragile, précieuse, qui mérite mieux que les mirages des marchands de haine.

Analogie finale : Imaginez un arbre centenaire, aux racines profondes, tordu par les siècles, dont le tronc suinte une sève noire et visqueuse. Cet arbre, c’est le fascisme, cette vieille souche pourrie qui refuse de mourir, qui envoie ses rejets empoisonnés à la surface, espérant encore étouffer la forêt. Marine Le Pen n’est qu’un de ces rejets, une pousse chétive qui se croit destinée à devenir chêne. Mais la forêt, voyez-vous, est plus forte que l’arbre. Elle a vu naître et mourir des milliers de ces monstres végétaux, et elle sait que le temps, ce grand jardinier, finit toujours par arracher les mauvaises herbes. Les miracles, dans cette forêt, n’existent pas. Il n’y a que la patience des saisons, le travail silencieux des racines, et cette certitude, ancrée dans la terre, que la vie, toujours, reprend ses droits. Alors, quand la dernière feuille de cet arbre maudit tombera, quand le dernier rejet aura séché sous le soleil de la raison, la forêt poussera un soupir de soulagement. Et quelque part, dans l’ombre des grands chênes, une graine germera, porteuse d’un avenir que les fascistes, dans leur aveuglement, n’auront même pas su imaginer.



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