ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle 2027: « Oui, je m’y prépare », déclare Xavier Bertrand (LR) – BFM
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce électorale reprend son souffle, comme un moribond qui s’accroche à son dernier râle ! Xavier Bertrand, ce nom qui sent déjà la naphtaline et le désinfectant des couloirs ministériels, ose murmurer à l’oreille des médias son petit « Oui, je m’y prépare ». Préparer quoi, au juste ? Une nouvelle saison de cette comédie grotesque où les hommes en costume cravate jouent aux échecs avec des pions qui ont l’odeur du sang et des larmes ? La présidentielle, ce cirque annuel où l’on promet la lune en échange de quelques miettes de dignité, où l’on vend du rêve en gros comme d’autres vendent des crédits revolving. Mais derrière les sourires carnassiers et les poignées de main moites, il n’y a que le vide, ce grand vide qui avale les promesses comme un trou noir avale la lumière. Bertrand, lui, est un symptôme, pas une cause. Un symptôme de cette maladie française qui consiste à croire que le pouvoir se mérite, alors qu’il ne se prend que par la ruse, la lâcheté et l’oubli systématique de ceux qui souffrent.
Observons-le, ce Bertrand, avec ses airs de notaire de province qui aurait avalé un manuel de communication. Il incarne à merveille cette droite molle, cette droite qui a troqué les idéaux gaullistes contre des PowerPoint sur la « compétitivité » et la « flexibilité ». Une droite qui a oublié que le fascisme ne commence pas avec des chemises brunes et des saluts romains, mais avec des mots doux comme « réforme », « modernisation » ou « responsabilité individuelle ». Le fascisme moderne, voyez-vous, est une bête insidieuse : il se glisse dans les discours sur la « sécurité », il se love dans les lois antiterroristes, il se cache derrière les sourires des technocrates qui expliquent aux pauvres qu’ils sont pauvres parce qu’ils ne travaillent pas assez. Bertrand, lui, est un parfait représentant de cette droite qui a vendu son âme au néolibéralisme, ce cancer qui ronge les sociétés en transformant les citoyens en consommateurs et les États en supermarchés. « La France doit se réformer », disent-ils. Traduction : « Les riches doivent payer moins d’impôts, les pauvres doivent travailler plus, et les migrants doivent servir de boucs émissaires pour détourner la colère des masses. »
Mais revenons à cette déclaration de Bertrand. « Oui, je m’y prépare. » Quelle préparation ? Celle d’un homme qui a passé sa vie à gravir les échelons du système, à serrer des mains, à sourire aux puissants, à oublier les visages de ceux qu’il a trahis ? La politique, aujourd’hui, n’est plus qu’un théâtre d’ombres où les acteurs jouent des rôles écrits par d’autres. Bertrand n’est qu’un figurant dans cette pièce, un figurant qui rêve de tenir le premier rôle. Mais le premier rôle, voyez-vous, est déjà pris. Il est pris par ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre : les banquiers, les industriels, les lobbies, ces marionnettistes qui décident des lois avant même qu’elles ne soient écrites. Bertrand, comme tant d’autres, n’est qu’un exécutant, un serviteur zélé de l’ordre établi. Et l’ordre établi, aujourd’hui, c’est celui du capitalisme financier, ce monstre froid qui dévore tout sur son passage : les services publics, les droits sociaux, les rêves de ceux qui croyaient encore en une société plus juste.
George Steiner, ce grand penseur qui a disséqué les mécanismes de la barbarie moderne, aurait sans doute vu en Bertrand un exemple parfait de cette « médiocrité triomphante » qui caractérise notre époque. Une époque où les hommes politiques ne sont plus que des gestionnaires, des comptables de la misère, des techniciens de la répression douce. Bertrand, avec son parcours sans aspérités, sans passions, sans convictions autres que celles du pouvoir, est le produit parfait de cette époque. Il n’a rien à dire, rien à proposer, sinon la continuation de ce monde où les inégalités se creusent, où les libertés reculent, où l’espoir n’est plus qu’un mot creux. « La politique, c’est l’art du possible », disent-ils. Mais le possible, aujourd’hui, c’est l’enfermement dans un système qui broie les individus, qui les transforme en rouages d’une machine infernale. Bertrand, lui, est prêt à huiler cette machine, à la faire tourner un peu plus vite, un peu plus fort, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.
Et puis, il y a cette question qui brûle les lèvres : pourquoi Bertrand ? Pourquoi lui, et pas un autre ? Parce qu’il est lisse, inoffensif, prévisible. Parce qu’il ne dérange personne, surtout pas ceux qui comptent. Parce qu’il est le candidat idéal pour une droite qui a renoncé à toute ambition autre que celle de gérer la décadence. La droite française, aujourd’hui, est comme un vieux lion édenté : elle rugit encore, mais elle ne mord plus. Elle se contente de grogner contre les « assistés », les « fainéants », les « profiteurs », tout en servant docilement les intérêts de ceux qui la financent. Bertrand est le parfait représentant de cette droite-là : une droite qui a oublié qu’elle était censée défendre l’ordre, la tradition, la nation, pour ne plus défendre que les privilèges d’une infime minorité.
Mais au-delà de Bertrand, il y a cette question plus large, plus terrifiante : pourquoi continuons-nous à jouer ce jeu ? Pourquoi acceptons-nous cette mascarade électorale, où les candidats se succèdent comme des acteurs interchangeables, où les promesses se brisent comme des bulles de savon, où les espoirs se transforment en désillusions ? Parce que nous sommes des enfants, des enfants qui croient encore au Père Noël, à la justice, à la démocratie. Parce que nous refusons de voir la vérité en face : la politique, aujourd’hui, n’est plus qu’un spectacle, une illusion destinée à nous faire croire que nous avons encore un choix. Mais le choix, voyez-vous, est une illusion. Nous n’avons plus le choix qu’entre différentes nuances de gris, entre différents visages d’un même système qui nous écrase.
Et pourtant, il y a une résistance. Une résistance silencieuse, discrète, mais tenace. Elle est dans ces femmes et ces hommes qui refusent de voter, parce qu’ils savent que voter, c’est légitimer l’inacceptable. Elle est dans ces mouvements sociaux qui, malgré la répression, continuent de se battre pour une société plus juste. Elle est dans ces intellectuels, ces artistes, ces penseurs qui refusent de se soumettre à la doxa dominante. Cette résistance, voyez-vous, est notre seul espoir. Parce qu’elle rappelle que le pouvoir n’est pas une fatalité, qu’il peut être contesté, combattu, renversé. Bertrand et ses semblables ne sont que des ombres passagères. La vraie lutte, elle, est ailleurs : dans les rues, dans les usines, dans les écoles, dans les cœurs de ceux qui refusent de se soumettre.
Alors, oui, Bertrand peut bien se préparer. Il peut bien jouer son petit rôle dans cette comédie macabre. Mais nous, nous savons une chose : le pouvoir n’est pas dans les palais, il est dans les mains de ceux qui refusent de se laisser écraser. Et c’est là, dans cette résistance, que se joue l’avenir. Pas dans les déclarations d’un homme qui n’a plus rien à dire, sinon des mensonges éculés et des promesses vides.
Analogie finale : Imaginez un grand échiquier, posé au milieu d’une forêt en flammes. Les pièces sont des ombres, des silhouettes sans visage, qui se déplacent selon des règles écrites par des mains invisibles. Xavier Bertrand est un pion, un petit soldat de bois, qui avance d’une case, puis d’une autre, sans savoir qu’il est déjà condamné. Autour de lui, les autres pièces – les banquiers, les industriels, les marionnettistes – rient en silence, tandis que le feu consume tout. Mais dans l’ombre, hors de l’échiquier, des mains se tendent, des voix murmurent, des graines germent. Ce ne sont pas des pièces, ce sont des hommes et des femmes, des vivants, qui refusent de jouer. Ils savent que l’échiquier n’est qu’une illusion, que le feu est réel, et que la seule victoire possible est de le traverser, ensemble, pour renaître de l’autre côté. Bertrand, lui, continuera à avancer, jusqu’à ce que le feu l’engloutisse. Mais les autres, ceux qui refusent de jouer, ceux-là survivront. Parce qu’ils savent une chose : le pouvoir n’est pas dans les pièces, il est dans la main qui refuse de les toucher.