La proportionnelle, « un débat de présidentielle » qui n’aboutira pas avant 2027, estime Maud Bregeon – Ouest-France







La Proportionnelle : L’Éternel Mirage Démocratique – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : La proportionnelle, « un débat de présidentielle » qui n’aboutira pas avant 2027, estime Maud Bregeon – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! La proportionnelle… Ce mot-valise, ce leurre sémantique, ce hochet que l’on agite devant les masses comme on jette un os à un chien affamé, en lui promettant qu’il pourra enfin ronger la moelle de la démocratie. Mais la moelle, voyez-vous, est toujours ailleurs, toujours plus loin, toujours *après* les prochaines élections, *après* les prochaines réformes, *après* les prochains mensonges. Maud Bregeon, députée Renaissance – ce parti qui a troqué le mot « république » contre celui de « start-up nation » comme on change de costume dans un mauvais vaudeville – nous explique avec la candeur d’un banquier suisse jurant qu’il n’a jamais vu d’argent sale : la proportionnelle, ce n’est pas pour tout de suite. Pas avant 2027. Peut-être. Si les astres s’alignent. Si Jupiter entre en conjonction avec Mars. Si les dieux de la finance daignent sourire à notre pauvre humanité en lambeaux.

Mais pourquoi donc ce report perpétuel ? Pourquoi ce ballet macabre où l’on nous fait miroiter une réforme comme on promet un paradis fiscal à un contribuable exsangue ? Parce que la proportionnelle, voyez-vous, n’est pas une question technique. C’est une question *ontologique*. Elle touche à l’essence même du pouvoir, à cette vérité crasse que nos élites préfèrent cacher sous des montagnes de discours creux : la démocratie représentative n’est qu’un théâtre d’ombres, une illusion d’optique savamment entretenue pour que le peuple croie encore qu’il a son mot à dire. La proportionnelle, si elle était appliquée *vraiment*, c’est-à-dire sans les garde-fous, les seuils, les combines et les magouilles qui la vident de sa substance, serait une révolution. Pas une révolution de palais, non – une révolution *moléculaire*, une dissolution des structures mêmes qui permettent à une caste de se perpétuer au pouvoir comme une moisissure tenace sur un fromage oublié.

Rappelons-nous, si tant est que notre mémoire collective n’ait pas été lobotomisée par des décennies de télévision et de réseaux sociaux : la Ve République est née d’un coup d’État constitutionnel, en 1958, sous les auspices d’un général qui méprisait les partis et rêvait d’un exécutif fort, d’un monarque républicain. De Gaulle, ce Janus bifrons, ce héros tragique qui sauva la France des colonels pour mieux la livrer aux technocrates, avait compris une chose : la démocratie, c’est comme le feu. Ça réchauffe, mais ça brûle aussi. Alors il a conçu un système où le peuple vote, certes, mais où il ne décide de rien. Où les élections sont des rituels, des cérémonies où l’on sacrifie quelques boucs émissaires pour apaiser les dieux de l’opinion. La proportionnelle intégrale, c’est l’arme atomique du système. Elle ferait exploser les majorités stables, les gouvernements homogènes, les compromis boiteux entre deux tours. Elle ferait entrer au Parlement les voix de la colère, de la marginalité, de la dissidence. Et ça, mes chers amis, c’est insupportable pour ceux qui croient que la politique est une science exacte, où les équations doivent toujours donner le même résultat : *eux au pouvoir*.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de *contrôle*. Le néolibéralisme, cette hydre aux mille têtes, ne se contente pas de dominer l’économie. Il veut dominer les esprits, les désirs, les rêves. Il veut une société lisse, sans aspérités, sans conflits, où les citoyens sont des consommateurs et les électeurs des clients. La proportionnelle, en permettant l’expression des minorités, des extrêmes, des voix discordantes, est une menace pour ce rêve totalitaire. Elle rappelle que la démocratie n’est pas un long fleuve tranquille, mais un océan déchaîné, où les vagues se brisent contre les rochers du pouvoir. Et nos élites, ces marins d’eau douce, préfèrent naviguer sur des flaques.

Regardez l’histoire, cette grande farce tragique. Chaque fois que la proportionnelle a été évoquée en France, c’est dans un moment de crise, de doute, de remise en question. En 1986, Mitterrand l’a utilisée comme un leurre pour affaiblir la droite, avant de la supprimer dès que possible. En 2017, Macron en a parlé pour séduire les insoumis et les écologistes, avant de la ranger dans le placard des promesses non tenues. Et aujourd’hui, en 2024, alors que le pays est plus divisé que jamais, que les extrêmes montent, que la défiance envers les institutions atteint des sommets, on nous ressort le même vieux disque rayé : « La proportionnelle, oui, mais pas tout de suite. Il faut d’abord stabiliser le pays. Il faut d’abord réformer. Il faut d’abord… » *Il faut d’abord attendre que nous soyons tous morts*, voilà ce qu’il faut entendre.

Car c’est bien là le cœur du problème : nos dirigeants ne croient plus en la démocratie. Ils croient en la *gestion*. En la *gouvernance*. En ces mots aseptisés qui transforment les citoyens en administrés, les débats en processus, les choix politiques en algorithmes. La proportionnelle, c’est l’imprévisible, l’incontrôlable, le chaos. Et le chaos, pour nos élites, c’est comme l’ail pour les vampires : ça les fait fuir. Elles préfèrent un Parlement docile, une opposition muselée, une majorité silencieuse. Elles préfèrent un système où les électeurs votent par défaut, par rejet, par lassitude, plutôt que par adhésion. Un système où l’on choisit entre la peste et le choléra, entre le libéralisme autoritaire et le populisme xénophobe. Un système où, au fond, rien ne change jamais, parce que les règles du jeu sont toujours les mêmes : *diviser pour mieux régner*.

Et nous, pauvres hères, pauvres damnés de la démocratie, nous continuons à jouer le jeu. Nous continuons à croire que notre bulletin de vote a un sens, que notre voix compte, que les élections sont autre chose qu’une mascarade. Nous continuons à espérer, comme des enfants attendant le Père Noël, que la proportionnelle va tout changer. Mais la proportionnelle, sans une refonte totale de notre système politique, sans une remise en cause radicale de l’oligarchie qui nous gouverne, n’est qu’un cautère sur une jambe de bois. Elle ne changera rien à l’essentiel : le fait que la France est un pays malade, rongé par les inégalités, par le mépris des élites, par l’abandon des territoires, par la peur de l’avenir. Un pays où l’on préfère débattre de la proportionnelle plutôt que de la justice sociale, de la transition écologique, de la fin du productivisme. Un pays où l’on préfère discuter des règles du jeu plutôt que du jeu lui-même.

Alors oui, Maud Bregeon a raison. La proportionnelle n’aboutira pas avant 2027. Peut-être même jamais. Parce que nos dirigeants savent, au fond d’eux-mêmes, que la démocratie est un monstre. Un monstre qu’ils ont enfermé dans une cage dorée, mais qui gronde, qui grogne, qui montre les dents. Et ils ont peur. Peur de ce qui pourrait arriver si on ouvrait la cage. Peur de perdre leurs privilèges, leurs réseaux, leurs petits arrangements entre amis. Peur, surtout, de devoir affronter la vérité : que le peuple n’est pas un troupeau à mener, mais une force sauvage, imprévisible, capable du meilleur comme du pire. Et que la politique, la vraie, celle qui change les vies, ne se fait pas dans les salons feutrés de l’Élysée, mais dans la rue, dans les usines, dans les écoles, dans les hôpitaux. Dans ces lieux où l’on ne parle pas de proportionnelle, mais de pain, de dignité, de survie.

Alors continuons à débattre, si cela nous amuse. Continuons à espérer, si cela nous console. Mais n’oublions pas une chose : la proportionnelle, comme la démocratie, comme la justice, comme la liberté, ne nous sera jamais *donnée*. Elle se *prend*. Et si nous ne sommes pas prêts à nous battre pour elle, alors nous ne la méritons pas.

Analogie finale : La proportionnelle, c’est comme ces temples mayas perdus dans la jungle du Yucatán. On en parle depuis des siècles, on envoie des expéditions, on fait des cartes, on écrit des livres. Certains jurent l’avoir vue, d’autres disent qu’elle n’existe pas. Mais personne n’ose vraiment s’y rendre, parce que la jungle est épaisse, parce que les serpents sont venimeux, parce que les dieux anciens, ceux qui habitent ces pierres, pourraient se réveiller. Alors on reste en lisière, on discute, on théorise, on promet d’y aller un jour. Mais le temple reste là, intact, mystérieux, inaccessible. Et la démocratie, comme ce temple, attend ceux qui auront le courage de braver les dangers pour la conquérir. En attendant, nous ne sommes que des touristes, des rêveurs, des spectateurs. Et le spectacle, lui, continue.



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