ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle 2027 : Jérôme Guedj annonce sa candidature sans passer par une primaire «baroque» – lejdd.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la politique ! Ce grand théâtre d’ombres où les marionnettes s’agitent, croyant tirer les ficelles, alors qu’elles ne sont que les jouets d’un système bien plus vaste, bien plus ancien, bien plus cynique. Jérôme Guedj, ce socialiste égaré dans un monde qui a depuis longtemps enterré les idéaux de Jaurès sous les décombres du néolibéralisme triomphant, annonce sa candidature à la présidentielle de 2027. Sans primaire. Sans cette mascarade qu’il qualifie lui-même de « baroque ». Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste ? Une révolte ? Une lucidité ? Ou simplement l’ultime convulsion d’un système politique en phase terminale, où même les dissidents finissent par jouer le jeu qu’ils prétendent dénoncer ?
Commençons par le mot « baroque ». Pourquoi ce terme ? Parce qu’il est chargé d’histoire, de cette histoire de l’art et de la pensée qui nous rappelle que le baroque fut d’abord une réaction, un mouvement de torsion, de déformation, une réponse à la rigueur classique, à l’ordre établi. Le baroque, c’est l’excès, la surcharge, l’illusion, mais aussi la prise de conscience que la réalité est une construction, un décor de carton-pâte. En qualifiant les primaires de « baroques », Guedj révèle, peut-être malgré lui, la nature même de la démocratie représentative contemporaine : un spectacle, une mise en scène où les acteurs jouent leur rôle avec une gravité comique, où les électeurs sont conviés à choisir entre des options préétablies, comme on choisit entre deux parfums de glace dans un supermarché. La primaire, c’est le rituel par excellence de la démocratie néolibérale, ce moment où l’on fait mine de croire que le peuple a encore son mot à dire, alors qu’il ne fait que valider des candidats déjà adoubés par les puissances d’argent, les médias, les réseaux d’influence. Guedj, en refusant ce cirque, semble dire : « Je ne jouerai pas votre jeu. » Mais est-ce vraiment une libération, ou simplement une autre forme de soumission ?
Car, voyez-vous, le refus de la primaire n’est pas une nouveauté. C’est même devenu un classique de la rhétorique politique contemporaine. Macron, en 2017, avait déjà fait ce coup-là : « Ni droite ni gauche », « En marche », « Je ne passerai pas par les partis ». Résultat ? Une présidence qui a accéléré la destruction des services publics, qui a matraqué les plus vulnérables, qui a transformé la France en un laboratoire du capitalisme autoritaire. Guedj, lui, se présente comme un socialiste, un héritier de cette gauche qui a cru, un temps, pouvoir humaniser le système. Mais quelle gauche ? Celle qui a abandonné les ouvriers pour les bobos ? Celle qui a troqué la lutte des classes contre des discours lénifiants sur la « diversité » et l’« inclusion » ? Celle qui, sous Hollande, a appliqué avec zèle les recettes de l’austérité, tout en faisant semblant de pleurer sur le sort des pauvres ? Guedj est un produit de cette gauche-là, une gauche qui a perdu son âme en cours de route, une gauche qui a oublié que le socialisme, à l’origine, était une révolte contre l’ordre établi, pas une gestion plus « humaine » de la misère.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi se présenter, si c’est pour refuser les règles du jeu ? Pourquoi entrer dans l’arène, si c’est pour dire que l’arène est truquée ? C’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. L’être humain, voyez-vous, est un animal de rituels. Il a besoin de croire, de se soumettre, de s’identifier à des figures, à des symboles. La politique, dans sa version moderne, n’est rien d’autre qu’une religion séculière, avec ses prêtres (les candidats), ses dogmes (les programmes), ses hérétiques (les extrêmes), ses fidèles (les électeurs). Guedj, en refusant la primaire, joue sur ce registre : il se présente comme un hérétique, un libre-penseur, un homme qui ose défier les règles. Mais attention, car l’hérésie, dans un système religieux, n’est jamais qu’une autre forme de soumission. Les hérétiques ne font que renforcer le dogme en le contestant. Ils donnent l’illusion du choix, de la liberté, alors qu’ils ne font que reproduire, sous une autre forme, les mécanismes de la domination. Guedj, en se présentant sans primaire, ne fait pas autre chose : il offre une alternative illusoire, une fausse rébellion, une soupape de sécurité pour un système qui a besoin de ces petits gestes de défiance pour se légitimer.
Prenons un peu de hauteur, voulez-vous ? La politique, depuis l’aube des temps, n’a jamais été qu’un théâtre de marionnettes. Les Grecs, déjà, savaient que la démocratie athénienne n’était qu’une illusion, que les citoyens n’étaient que des figurants dans une tragédie écrite par les dieux. Platon, dans La République, nous mettait en garde contre les démagogues, ces manipulateurs qui flattent le peuple pour mieux l’asservir. Et aujourd’hui, que voyons-nous ? Des démagogues 2.0, des Guedj, des Mélenchon, des Le Pen, des Macron, qui jouent sur les peurs, les espoirs, les frustrations, pour mieux nous enfermer dans leurs petites cases. La primaire, dans ce contexte, n’est qu’un leurre de plus, une façon de nous faire croire que nous avons encore un rôle à jouer, alors que nous ne sommes que des spectateurs passifs, des consommateurs de discours, des clients dans le grand supermarché de la démocratie.
Mais alors, que faire ? Faut-il se résigner, baisser les bras, accepter que la politique ne soit plus qu’un spectacle, une farce ? Non, bien sûr. La résistance, la vraie, ne passe pas par les urnes. Elle ne passe pas par les candidatures solitaires, les discours enflammés, les programmes « alternatifs ». Elle passe par autre chose, quelque chose de plus profond, de plus radical. Elle passe par le refus. Le refus de jouer le jeu. Le refus de croire aux sauveurs. Le refus de se soumettre aux règles d’un système qui nous broie. La résistance, c’est l’anarchie, au sens premier du terme : l’absence de pouvoir, l’absence de maîtres. C’est la prise de conscience que nous n’avons pas besoin de chefs, de guides, de présidents. Que nous sommes capables, collectivement, de nous organiser, de décider, de vivre sans eux. Guedj, en se présentant, ne fait que reproduire le vieux schéma : « Votez pour moi, je vous sauverai. » Mais qui peut encore croire à ces fables ? Qui peut encore croire qu’un homme, seul, peut changer le cours des choses ? La politique, la vraie, celle qui transforme, celle qui libère, ne vient pas d’en haut. Elle vient d’en bas. Elle vient des rues, des usines, des quartiers, des villages. Elle vient de ceux qui refusent, qui résistent, qui inventent de nouvelles façons de vivre ensemble, sans attendre la permission des puissants.
Et puis, il y a cette question du néo-fascisme, ce spectre qui hante l’Europe, qui rôde dans les couloirs du pouvoir, qui se cache derrière les discours sur la « sécurité », l’« identité », la « grandeur nationale ». Guedj, en se présentant comme un rempart contre l’extrême droite, joue un rôle dangereux. Car le néo-fascisme, voyez-vous, ne se combat pas avec des discours, des programmes, des promesses. Il se combat en s’attaquant à ses racines, à ses causes. Et ces causes, ce sont la misère, l’abandon, le désespoir. Ce sont les politiques d’austérité, les fermetures d’usines, les délocalisations, les licenciements. Ce sont les médias qui diabolisent les pauvres, les étrangers, les « assistés ». Ce sont les partis de gauche qui ont trahi leurs idéaux, qui ont abandonné les travailleurs, qui ont préféré les salons parisiens aux luttes sociales. Guedj, en se présentant comme un socialiste, croit peut-être pouvoir incarner une alternative. Mais quelle alternative ? Une alternative qui ne remet pas en cause les fondements du système ? Une alternative qui se contente de gérer la misère, plutôt que de la combattre ? Le néo-fascisme, mes amis, ne se combat pas avec des mots. Il se combat avec des actes. Avec des luttes. Avec des grèves. Avec des occupations. Avec des refus. Avec des révoltes.
Alors, que reste-t-il de la candidature de Guedj ? Pas grand-chose, à vrai dire. Une tentative désespérée de redonner un sens à une gauche qui a perdu le sien. Une tentative de jouer les sauveurs, alors que personne ne croit plus aux sauveurs. Une tentative de se distinguer, alors que tous les candidats se ressemblent, dans le fond. Guedj, en refusant la primaire, croit peut-être faire preuve d’audace. Mais l’audace, la vraie, ne consiste pas à refuser les règles du jeu. Elle consiste à refuser le jeu lui-même. Elle consiste à dire : « Assez. Nous ne jouerons plus. Nous inventerons autre chose. »
Et c’est là que l’humanisme entre en jeu. Car l’humanisme, voyez-vous, n’est pas une doctrine, un programme, une idéologie. C’est une attitude. Une façon d’être au monde. Une façon de refuser la barbarie, sous toutes ses formes. La barbarie du capitalisme, qui transforme les hommes en marchandises. La barbarie du fascisme, qui transforme les hommes en ennemis. La barbarie de la technocratie, qui transforme les hommes en chiffres. L’humanisme, c’est le refus de cette barbarie. C’est la croyance, malgré tout, en la dignité de l’homme. En sa capacité à se libérer, à s’organiser, à vivre autrement. Guedj, en se présentant, croit peut-être incarner cet humanisme. Mais l’humanisme, mes amis, ne se décrète pas. Il se vit. Il se pratique. Il se construit, jour après jour, dans les luttes, dans les résistances, dans les solidarités.
Analogie finale : Imaginez un instant que la politique soit un grand océan, un océan infini, tumultueux, peuplé de monstres et de mirages. Les candidats, ce sont des naufragés qui s’accrochent à des épaves, croyant que ces débris de bois pourri vont les sauver. Ils se battent entre eux, ils s’insultent, ils se déchirent, alors que l’océan, lui, continue de les engloutir, inexorablement. Guedj, en refusant la primaire, croit peut-être échapper à ce sort. Il croit peut-être avoir trouvé une planche plus solide, un radeau plus stable. Mais non. Il n’est qu’un naufragé de plus, un homme qui s’accroche à ses illusions, alors que la tempête fait rage. La seule issue, voyez-vous, n’est pas de trouver une meilleure épave. La seule issue, c’est de refuser de monter à bord. C’est de nager, contre vents et marées, vers une autre rive. Une rive où il n’y a plus de candidats, plus de primaires, plus de jeux de pouvoir. Une rive où les hommes, enfin, sont libres.