Qui est Jérôme Guedj, premier candidat socialiste à la présidentielle 2027 ? – Le Nouvel Obs







Jérôme Guedj et l’illusion socialiste – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Qui est Jérôme Guedj, premier candidat socialiste à la présidentielle 2027 ? – Le Nouvel Obs

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le socialisme ! Ce mot-valise, ce cadavre exquis que l’on traîne depuis deux siècles comme un boulet de galérien, ce fantôme qui hante encore les couloirs de la République en quête d’un corps à posséder. Et voilà que surgit Jérôme Guedj, premier candidat socialiste à la présidentielle de 2027, comme si le Parti Socialiste, ce vieux paquebot rouillé, avait encore une once de carburant pour naviguer dans les eaux glacées du néolibéralisme triomphant. Mais qui est-il, ce Guedj ? Un héritier ? Un fossoyeur ? Un illusionniste ? Ou simplement l’ultime avatar d’une gauche qui a troqué ses idéaux contre des strapontins ministériels et des discours lissés par les communicants ? Plongeons dans cette farce tragique, où l’Histoire se répète en boucle, entre comédie et pathétique.

D’abord, il faut comprendre que le socialisme français est mort bien avant Guedj. Il est mort sous les coups de boutoir de Mitterrand, ce sphinx qui a vendu l’âme de la gauche à la finance mondiale en 1983, ce jour maudit où le « tournant de la rigueur » a sonné le glas des illusions keynésiennes. Il est mort sous Jospin, ce technocrate qui a privatisé plus que la droite n’osait le faire, tout en se drapant dans les oripeaux d’une « gauche plurielle » devenue simple alibi moral pour une classe politique en quête de respectabilité. Il est mort sous Hollande, ce président normal qui a gouverné comme un comptable, réduisant la gauche à une gestion molle des affaires courantes, tandis que le Front National, ce monstre engendré par la peur et l’abandon des classes populaires, dévorait peu à peu l’électorat ouvrier. Et aujourd’hui, alors que le PS n’est plus qu’un club de notables en quête de postes, voilà que Guedj se présente comme le sauveur. Mais de quoi, au juste ? Du naufrage ? Trop tard. Le bateau a coulé, et les rats ont quitté le navire depuis longtemps.

Guedj, donc. Un homme politique comme les autres, c’est-à-dire un homme sans qualités, ou plutôt un homme dont les qualités sont précisément celles que le système exige : docilité, plasticité idéologique, et cette capacité à parler sans dire, à promettre sans s’engager, à sourire tandis que le monde brûle. On nous dit qu’il est « proche des territoires », ce qui, dans le langage politicien, signifie qu’il a compris que les gens en ont marre des élites parisiennes. Mais qu’a-t-il à proposer, au-delà des formules creuses sur la « justice sociale » et la « transition écologique » ? Rien, ou si peu. Car le socialisme, aujourd’hui, n’est plus qu’un mot vide, un signifiant sans signifié, une coquille que l’on remplit au gré des sondages et des calculs électoraux. Guedj incarne cette gauche zombifiée, qui erre sans but, répétant les mêmes slogans usés jusqu’à la corde, tandis que le monde bascule dans le chaos climatique, les guerres impérialistes et la surveillance de masse.

Et c’est là que réside le vrai scandale : cette gauche-là, celle de Guedj, n’a plus rien à voir avec le socialisme originel, celui de Jaurès, de Blum, voire de Marx. Elle en a gardé les mots, mais en a vidé la substance. Le socialisme, à l’origine, c’était la révolte contre l’exploitation, la lutte pour l’émancipation des travailleurs, la croyance en une société plus juste. Aujourd’hui, c’est devenu une simple variable d’ajustement dans le grand casino néolibéral. Guedj parle de « redistribution », mais il ne remet pas en cause le système qui produit les inégalités. Il évoque la « démocratie », mais il ne questionne pas les structures oligarchiques qui verrouillent le pouvoir. Il mentionne l’ »écologie », mais il ne propose aucune rupture avec le productivisme destructeur. En somme, il est le parfait représentant d’une gauche qui a renoncé à transformer le monde, et qui se contente de l’administrer, en attendant que les marchés daignent lui accorder quelques miettes.

Mais le pire, c’est que cette gauche-là est devenue complice des pires dérives du capitalisme. Elle a soutenu les guerres impérialistes (Mitterrand au Rwanda, Hollande au Mali), elle a légitimé les politiques d’austérité (le « tournant de la rigueur », encore lui), elle a normalisé la surveillance de masse (loi renseignement sous Hollande). Et aujourd’hui, alors que le fascisme rampant s’installe en Europe, que les libertés reculent, que les migrants se noient en Méditerranée, que les riches deviennent toujours plus riches, cette gauche se contente de gesticuler, de faire des discours, de quémander quelques voix aux élections. Guedj est le symptôme de cette déchéance : un homme qui croit encore que l’on peut réformer le système de l’intérieur, alors que le système n’a plus besoin de réformes, mais de révolution.

Car c’est bien là le nœud du problème : le capitalisme a gagné. Il a gagné parce qu’il a réussi à corrompre jusqu’aux oppositions qui prétendaient le combattre. Il a gagné parce qu’il a transformé la politique en spectacle, les idées en produits marketing, et les citoyens en consommateurs. Et Guedj, malgré ses bonnes intentions, participe à cette mascarade. Il est le produit d’un système qui a phagocyté toute velléité de changement, qui a réduit la gauche à une simple force d’appoint pour les élites. Il est l’héritier d’une tradition qui a trahi ses idéaux, qui a préféré le pouvoir à la justice, la realpolitik à l’utopie.

Alors, que reste-t-il ? Rien, ou presque. Juste l’espoir ténu que quelque part, dans les marges, dans les interstices, des hommes et des femmes continuent de résister. Pas en votant pour Guedj, non, mais en luttant au quotidien, en refusant les logiques du système, en inventant d’autres formes de vie, d’autres manières de penser. Car le vrai socialisme, celui qui peut encore sauver le monde, n’est pas dans les discours des politiciens, mais dans les gestes des anonymes : ceux qui occupent les usines, ceux qui défendent les sans-papiers, ceux qui luttent contre les grands projets inutiles, ceux qui refusent la fatalité du capitalisme. Guedj, lui, n’est qu’un leurre, une illusion, un fantôme de plus dans le grand cirque électoral.

Et c’est là que la tragédie se mue en farce : cette gauche-là, celle de Guedj, est condamnée à disparaître. Elle disparaîtra parce qu’elle n’a plus rien à dire, parce qu’elle a trahi ses idéaux, parce qu’elle est devenue l’ombre d’elle-même. Elle disparaîtra, avalée par l’Histoire, comme ont disparu tant d’autres mouvements avant elle. Et ceux qui croient encore en elle ne sont que des nostalgiques, des rêveurs attardés, des âmes en peine qui refusent de voir que le monde a changé, et que le socialisme, tel qu’ils l’ont connu, n’est plus qu’un souvenir.

Alors, oui, Guedj sera peut-être candidat en 2027. Il fera peut-être quelques meetings, il prononcera peut-être quelques discours. Mais au fond, peu importe. Car le vrai combat n’est pas là. Le vrai combat, c’est celui qui se mène chaque jour, dans l’ombre, contre les logiques mortifères du capitalisme, contre les fascismes qui montent, contre l’abrutissement généralisé. Et ce combat-là, Guedj n’en est pas. Il en est même l’antithèse : un homme du système, un homme des apparences, un homme qui croit encore que l’on peut changer le monde en jouant selon les règles de ceux qui le dominent.

Alors, que faire ? D’abord, refuser l’illusion. Refuser de croire que Guedj, ou qui que ce soit d’autre, pourra sauver la gauche. La gauche ne se sauvera pas par des élections, mais par un sursaut, par une révolte, par une prise de conscience collective. Ensuite, résister. Résister à l’ordre établi, résister aux logiques de la domination, résister à l’abrutissement généralisé. Enfin, inventer. Inventer d’autres manières de vivre, d’autres façons de penser, d’autres modèles de société. Car le socialisme, s’il doit renaître un jour, ne renaîtra pas des cendres du PS, mais des luttes quotidiennes, des expériences alternatives, des utopies concrètes.

En attendant, Guedj passera. Comme sont passés tant d’autres avant lui. Et l’Histoire, cette grande moqueuse, continuera son cours, indifférente aux illusions des hommes. Car au fond, le socialisme n’a jamais été qu’un rêve. Un beau rêve, certes, mais un rêve tout de même. Et les rêves, comme on le sait, finissent toujours par se briser contre la réalité.

Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, après avoir laissé son jardin à l’abandon pendant des décennies, se réveille un matin en constatant que les mauvaises herbes ont tout envahi, que les arbres sont morts, que la terre est stérile. Que fait-il ? Il pourrait se mettre à genoux, pleurer sur son sort, et maudire le ciel. Ou bien il pourrait prendre sa bêche, retrousser ses manches, et commencer à retourner la terre, grain par grain, dans l’espoir de faire renaître la vie. Guedj, lui, est ce jardinier qui, au lieu de bêcher, se contente de regarder son jardin en hochant la tête, tout en répétant : « Demain, je m’y mets. Demain, tout sera différent. » Mais demain n’arrive jamais. Et le jardin, lui, continue de mourir.

Le socialisme, aujourd’hui, c’est ce jardin. Un jardin laissé à l’abandon, envahi par les ronces du néolibéralisme, les orties du fascisme, les lierres de l’indifférence. Et Guedj n’est qu’un jardinier de pacotille, un homme qui croit encore que quelques discours, quelques promesses, suffiront à le faire renaître. Mais les jardins ne renaissent pas par magie. Ils renaissent par le travail, par la sueur, par la lutte. Et ceux qui refusent de se salir les mains n’ont pas leur place dans ce combat. Car au fond, le socialisme n’est pas une idée. C’est une praxis. Une manière d’agir, de vivre, de résister. Et cette praxis-là, Guedj ne la connaît pas. Il ne la connaîtra jamais. Car il est déjà trop tard. Le jardin est mort. Et il est temps de planter autre chose.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *