ACTUALITÉ SOURCE : Mais qu’espère Jérôme Guedj, député PS avec sa candidature à la présidentielle ? – 20minutes.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la mascarade électorale ! Encore un pantin qui s’avance, sourire en plastique, cravate bien nouée, pour nous vendre du rêve en promo dans les rayons de la démocratie low-cost. Jérôme Guedj, député PS, se lance dans la course présidentielle comme on jette une bouteille à la mer : avec l’espoir ténu qu’un courant quelconque, même le plus pourri, la ramènera vers une plage où on daignera la ramasser. Mais qu’espère-t-il, ce petit soldat du socialisme en déroute ? Qu’espère-t-il, sinon ce que tous les autres espèrent : un strapontin dans le grand cirque médiatique, une miette de pouvoir, une illusion de pertinence dans un monde qui a depuis longtemps enterré l’idée même de changement ?
Observons-le, ce Guedj, avec la froideur clinique d’un entomologiste étudiant un spécimen particulièrement pathétique. Il incarne à lui seul l’effondrement d’une gauche qui a troqué ses idéaux contre des strapontins, ses principes contre des calculs, et ses rêves contre des petites phrases. Le Parti Socialiste, ce cadavre encore tiède, ce fantôme qui hante les couloirs de l’Assemblée en quête d’un dernier souffle, n’est plus qu’un label creux, une marque déposée pour des politiciens en mal de légitimité. Guedj n’est pas un candidat ; il est un symptôme. Un symptôme de cette maladie terminale qui ronge la politique française : l’incapacité chronique à penser au-delà du prochain sondage, du prochain micro tendu, de la prochaine tribune dans Libération ou Le Monde.
Mais revenons à l’essentiel : que peut bien espérer un homme comme lui dans cette farce présidentielle ? Certainement pas la victoire, cette chimère que seuls les plus naïfs ou les plus cyniques osent encore poursuivre. Non, Guedj espère ce que tous les petits candidats espèrent : une tribune, une visibilité, un peu de cette lumière crue des projecteurs qui, l’espace de quelques semaines, fera de lui un homme important. Il espère peut-être même un poste, une mission, une sinécure quelconque dans le prochain gouvernement, quel qu’il soit. Car dans ce grand théâtre d’ombres qu’est devenue la Ve République, les rôles sont interchangeables, et les acteurs savent qu’il suffit de jouer la comédie avec assez de conviction pour se voir offrir un rôle dans la prochaine saison.
Pourtant, derrière cette ambition médiocre se cache une vérité plus profonde, plus glaçante. Guedj, comme tant d’autres avant lui, est le produit d’un système qui a méthodiquement détruit toute velléité de révolte, toute aspiration à un monde différent. Le néolibéralisme, ce cancer qui ronge les sociétés occidentales depuis quarante ans, a accompli son œuvre : il a transformé la politique en un marché, les idées en des produits, et les électeurs en des consommateurs. Dans ce supermarché des illusions, Guedj n’est qu’un article parmi d’autres, un candidat discount pour une gauche en solde. Il n’a rien à proposer, sinon des recettes éculées, des promesses creuses, et cette nostalgie maladive d’une époque où le PS pouvait encore prétendre incarner quelque chose.
Mais attention, ne nous y trompons pas : cette candidature n’est pas seulement pathétique. Elle est aussi dangereuse. Car elle participe de cette grande entreprise d’abêtissement collectif qui caractérise notre époque. En se présentant, Guedj légitime un système qui n’a plus rien de démocratique. Il donne l’illusion d’un choix, alors qu’en réalité, les dés sont pipés depuis longtemps. Les candidats comme lui sont les complices objectifs de cette mascarade, les idiots utiles d’un pouvoir qui se moque éperdument de leurs petites ambitions. Ils sont les héritiers de ces socialistes qui, dans les années 1980, ont trahi leurs électeurs en adoptant les dogmes libéraux, en privatisant à tour de bras, en abandonnant les classes populaires à leur sort. Guedj, lui, n’a même plus cette excuse : il arrive trop tard, dans un monde où le PS n’est plus qu’une coquille vide, un parti fantôme qui erre dans les limbes de l’histoire.
Et puis, il y a cette question, plus fondamentale encore : que reste-t-il de l’idée même de gauche dans cette candidature ? Rien, ou presque. Guedj incarne cette gauche molle, cette gauche qui a renoncé à toute radicalité, à toute ambition transformatrice. Il est le produit d’une époque où l’on préfère gérer la misère plutôt que de la combattre, où l’on préfère négocier avec le capital plutôt que de le défier. Il est le symptôme d’une gauche qui a perdu son âme, qui a troqué ses rêves d’émancipation contre des compromis sordides, des alliances contre nature, et cette résignation honteuse qui caractérise les temps présents. Comme l’écrivait un philosophe dont le nom m’échappe (mais dont la pensée, elle, ne m’échappe pas) : « La gauche est morte le jour où elle a cessé de croire en la révolution. » Guedj, lui, n’y a jamais cru. Il est né dans un monde où la révolution était déjà un mot tabou, une relique d’un passé révolu. Il est le produit d’une génération qui a grandi dans l’ombre du mur de Berlin, qui a vu s’effondrer les utopies, et qui a choisi de se réfugier dans le pragmatisme le plus plat, le plus désolant.
Mais ne nous y trompons pas : cette résignation n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’un long processus de domestication, d’une entreprise méthodique de dépolitisation des masses. Le néolibéralisme a réussi là où tous les régimes autoritaires ont échoué : il a transformé les citoyens en consommateurs, les militants en clients, et les électeurs en spectateurs passifs d’un spectacle dont ils savent pertinemment qu’il est truqué. Guedj, en se présentant, participe de cette entreprise. Il donne l’illusion d’un choix, alors qu’en réalité, il ne fait que renforcer le statu quo. Il est le complice objectif d’un système qui a tout intérêt à ce que les gens croient encore à la démocratie, alors même qu’elle n’est plus qu’une coquille vide, un simulacre de participation.
Et pourtant, malgré tout cela, il y a quelque chose de profondément humain dans cette candidature. Quelque chose de désespéré, de touchant, presque. Guedj, comme tant d’autres avant lui, est un homme qui refuse de voir la réalité en face. Il croit encore, contre toute évidence, que la politique peut changer les choses. Il croit encore que son petit discours, ses petites propositions, ses petites combines pourront faire la différence. Il est comme ces soldats qui continuent à se battre alors que la guerre est déjà perdue, comme ces marins qui s’accrochent à leur épave alors que la tempête fait rage. Il est l’incarnation de cette foi aveugle en un système qui l’a déjà condamné, de cette espérance tenace qui persiste malgré tout.
Mais cette foi, cette espérance, sont-elles vraiment admirables ? Ne sont-elles pas, au contraire, le signe d’une aliénation profonde, d’une incapacité à voir le monde tel qu’il est ? Guedj, en se présentant, nous rappelle cette vérité cruelle : la politique, aujourd’hui, n’est plus qu’un théâtre d’ombres, un spectacle où les acteurs jouent des rôles qu’ils savent faux, où les promesses sont des mensonges, et où les idéaux ne sont plus que des mots creux. Il est le symptôme d’une époque où la politique a cessé d’être un outil de transformation pour devenir un simple instrument de pouvoir, un moyen de perpétuer l’ordre établi.
Alors, que reste-t-il ? Que reste-t-il de cette gauche qui a tant promis, et si peu tenu ? Que reste-t-il de ces idéaux d’égalité, de justice, de solidarité, qui ont animé des générations de militants ? Rien, ou presque. Guedj, en se présentant, nous rappelle cette vérité terrible : la gauche est morte, et elle ne ressuscitera pas. Elle est morte parce qu’elle a renoncé à ses rêves, parce qu’elle a choisi le réalisme contre l’utopie, la gestion contre la transformation. Elle est morte parce qu’elle a préféré les compromis sordides aux combats héroïques, les petites phrases aux grands discours, les calculs mesquins aux ambitions démesurées.
Mais peut-être est-ce là le sens profond de cette candidature : nous rappeler que la politique, aujourd’hui, n’est plus qu’un champ de ruines. Que les idéaux sont morts, que les rêves sont enterrés, et que les hommes comme Guedj ne sont plus que les fossoyeurs d’un monde qui n’existe plus. Peut-être est-ce là le message ultime de cette mascarade : nous dire que la politique, telle que nous l’avons connue, est terminée. Qu’il est temps de chercher autre chose, de rêver à autre chose, de croire en autre chose. Que la démocratie représentative n’est plus qu’une illusion, un leurre, une machine à broyer les espoirs et les rêves.
Alors, que faire ? Faut-il désespérer ? Faut-il renoncer ? Non, bien sûr. Mais il faut cesser de croire aux miracles, cesser de croire que la politique, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, peut changer les choses. Il faut cesser de croire aux hommes providentiels, aux sauveurs, aux candidats qui promettent monts et merveilles. Il faut cesser de croire que le système peut se réformer de l’intérieur, qu’il suffit de voter pour le bon candidat pour que tout change. Non, il faut aller plus loin. Il faut imaginer d’autres formes de lutte, d’autres modes d’action, d’autres façons de penser le monde. Il faut cesser de croire que la politique se réduit à un bulletin de vote, à un débat télévisé, à une campagne électorale. Il faut cesser de croire que les institutions, telles qu’elles sont, peuvent encore servir à quelque chose.
Car le vrai combat, aujourd’hui, n’est pas dans les urnes. Il est dans la rue, dans les usines, dans les quartiers populaires. Il est dans ces luttes quotidiennes pour la dignité, pour la justice, pour la survie. Il est dans ces mouvements qui refusent de se laisser enfermer dans le cadre étroit de la démocratie représentative, qui refusent de jouer le jeu d’un système qui les a déjà condamnés. Le vrai combat, aujourd’hui, est celui des gilets jaunes, des zadistes, des syndicalistes, des militants associatifs. C’est le combat de ceux qui refusent de se laisser abattre, qui refusent de se laisser domestiquer, qui refusent de croire que tout est perdu.
Guedj, lui, n’est qu’un symptôme. Un symptôme de cette maladie qui ronge la politique française : l’incapacité à penser au-delà du cadre existant, l’incapacité à imaginer un monde différent. Mais il est aussi, malgré lui, un révélateur. Un révélateur de cette vérité cruelle : la politique, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, est morte. Et il est temps d’enterrer ses cadavres, de tourner la page, et de commencer à écrire une nouvelle histoire.
Analogie finale :
La candidature de Jérôme Guedj est comme ces lanternes que l’on allume dans la nuit pour guider les marins égarés. Elles brillent d’une lueur vacillante, promettant une terre ferme, un port sûr. Mais en réalité, elles ne sont que des leurres, des feux follets qui attirent les navires vers les récifs, vers les eaux noires où ils se briseront. Guedj, lui, est cette lanterne. Il brille d’une lumière pâle, promettant un avenir radieux, une gauche renouvelée, un socialisme enfin débarrassé de ses vieux démons. Mais en réalité, il n’est qu’un leurre, un feu follet qui attire les électeurs vers les récifs du désenchantement, vers les eaux glacées de la résignation. Et ceux qui le suivront, ceux qui croiront en ses promesses, ceux qui espéreront encore en une politique qui a depuis longtemps cessé d’exister, ceux-là se briseront sur les rochers de la réalité, comme tant d’autres avant eux. Car la mer est vaste, et les lanternes sont nombreuses. Mais les ports sûrs, eux, sont rares. Et ceux qui existent ne sont pas ceux que l’on croit.