ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle: Faure continue de défendre l’idée d’une primaire à gauche – tv5monde
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les primaires à gauche ! Ce grand cirque démocratique où les saltimbanques en costume trois-pièces viennent nous vendre du rêve éculé, du progressisme en kit, de l’utopie en promo chez Lidl. Olivier Faure, ce petit marquis du Parti Socialiste, persiste et signe : il veut sa primaire, son grand barnum électoral, sa foire aux vanités où les ego surdimensionnés viendront se mesurer comme des coqs en rut dans une basse-cour médiatique. Mais derrière cette mascarade, que se joue-t-il vraiment ? Une farce tragique, une comédie humaine où le peuple, ce grand naïf, est convié à choisir entre deux ou trois marionnettes aux fils tirés par les mêmes mains invisibles. La primaire, ce n’est pas la démocratie, c’est son simulacre, son hologramme, une illusion d’optique pour gogos en mal de participation. Comme le disait ce vieux renard de Talleyrand, « la politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde ». Et Faure, malgré ses airs de boy-scout désabusé, est un maître en la matière.
Regardons les choses en face : la primaire de gauche, c’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, celle d’une gauche qui a oublié qu’elle était née dans les tranchées de la lutte des classes, dans les usines occupées, dans les barricades fumantes. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un appendice du système, une soupape de sécurité pour canaliser le mécontentement populaire vers des urnes qui ne changent rien. Comme l’écrivait ce visionnaire de Walter Benjamin, « l’histoire est écrite par les vainqueurs », et la gauche moderne, avec ses primaires aseptisées, ses débats lissés, ses programmes édulcorés, n’est plus qu’un chapitre de plus dans le grand livre de la domination néolibérale. Elle a troqué ses drapeaux rouges contre des powerpoints, ses slogans révolutionnaires contre des éléments de langage, et ses militants contre des community managers. La primaire, c’est la cerise sur le gâteau de cette trahison : elle donne l’illusion du choix, alors qu’elle ne fait que valider, une fois de plus, l’ordre établi.
Mais pourquoi cette obsession pour la primaire ? Parce que la gauche, dans son agonie, cherche désespérément à se donner une légitimité qu’elle a perdue depuis longtemps. Elle se raccroche à ces rituels électoraux comme un noyé à une bouée percée. Comme le notait ce génie méconnu de Günther Anders, « l’homme moderne est obsédé par la production, même quand il s’agit de produire de l’illusion ». La primaire, c’est de la production d’illusion à l’état pur : on produit du débat, on produit de l’espoir, on produit du spectacle, mais on ne produit rien de concret, rien qui puisse menacer les véritables détenteurs du pouvoir. Les médias adorent ça, bien sûr. Une primaire, c’est du pain béni pour les chaînes d’info en continu : des clashs, des petites phrases, des sondages, des rebondissements. C’est du divertissement politique, du reality-show électoral, où le peuple est invité à voter pour son candidat préféré comme on vote pour le meilleur chanteur de *The Voice*. Et pendant ce temps, les vrais décideurs, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. La primaire, c’est le meilleur allié du statu quo.
Et puis, il y a cette question fondamentale : à quoi bon une primaire quand la gauche est déjà morte ? Morte intellectuellement, morte idéologiquement, morte politiquement. Comme le disait ce prophète maudit de Pasolini, « la gauche a perdu la bataille des idées parce qu’elle a abandonné la culture ». Elle a troqué Gramsci contre des algorithmes, Marx contre des études de marché, et la lutte des classes contre des « pactes de responsabilité ». La primaire, dans ce contexte, n’est qu’un enterrement de première classe, une dernière danse macabre avant l’oubli. Elle donne l’illusion d’une gauche vivante, alors qu’elle n’est plus qu’un cadavre ambulant, un zombie politique qui erre dans les couloirs des médias en répétant mécaniquement les mêmes slogans creux. Comme le soulignait ce géant de la pensée critique, Cornelius Castoriadis, « la société moderne est une société de l’insignifiance », et la primaire de gauche en est l’expression la plus pure : un rituel vide de sens, une cérémonie où l’on célèbre l’absence de projet, l’absence de vision, l’absence de courage.
Mais le plus tragique, dans cette histoire, c’est que le peuple continue de croire à ces simagrées. Il croit encore que son bulletin de vote peut changer les choses, alors que les dés sont pipés depuis longtemps. Comme le disait ce rebelle éternel, Albert Camus, « les hommes croient volontiers ce qu’ils souhaitent être vrai ». Et la gauche, avec ses primaires, exploite cette crédulité comme un prédateur exploite sa proie. Elle vend du rêve, de l’espoir, de la « justice sociale », mais derrière ces mots magiques, il n’y a que du vent, des promesses non tenues, des renoncements déguisés en compromis. La primaire, c’est le dernier tour de passe-passe d’une gauche qui a perdu son âme, mais qui refuse de l’admettre. Elle préfère jouer la comédie jusqu’au bout, plutôt que de regarder en face sa propre déchéance.
Et que dire de ces candidats qui s’affrontent dans ces primaires ? Des pantins, des marionnettes, des hommes et des femmes sans envergure, sans charisme, sans cette étincelle de folie qui fait les grands révolutionnaires. Comme le notait ce génie de la lucidité, Emil Cioran, « les hommes politiques sont des acteurs qui jouent mal leur rôle ». Ils débitent des phrases toutes faites, ils sourient mécaniquement, ils serrent des mains comme des robots, et ils croient, dans leur naïveté, que cela suffit à convaincre. Mais le peuple n’est pas dupe. Il sent, confusément, que quelque chose cloche, que ces candidats ne sont pas à la hauteur, qu’ils ne portent en eux aucune véritable ambition de changement. La primaire, c’est le triomphe de la médiocrité, le couronnement des petits, des tièdes, des sans-griffes. Comme le disait ce maître de l’ironie, Karl Kraus, « la politique est l’art de substituer des problèmes insolubles à des problèmes résolus ». Et la primaire de gauche en est la parfaite illustration : elle transforme des questions simples – la justice, l’égalité, la liberté – en un imbroglio électoral où plus personne ne comprend rien.
Alors, que faire ? Faut-il jouer le jeu de Faure et de ses amis, participer à cette mascarade, voter dans cette primaire qui ne changera rien ? Non, bien sûr. La seule réponse digne, la seule réponse courageuse, c’est le refus. Refuser de participer à cette comédie, refuser de légitimer ce système, refuser de croire que le changement viendra des urnes. Comme le disait ce révolutionnaire impénitent, Che Guevara, « le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour ». Et l’amour, dans ce cas, c’est l’amour de la vérité, l’amour de la justice, l’amour de la révolte. C’est refuser de se laisser berner par les primaires, par les débats télévisés, par les promesses électorales. C’est regarder le monde en face, avec ses inégalités, ses injustices, ses mensonges, et dire : « Ça suffit. »
La primaire de gauche, c’est le dernier soubresaut d’un système à l’agonie. C’est le chant du cygne d’une gauche qui a trahi ses idéaux, qui a vendu son âme au capitalisme, qui a abandonné le peuple à son sort. Mais ne nous y trompons pas : cette gauche-là est déjà morte. Elle ne renaîtra pas de ses cendres. Le vrai combat, aujourd’hui, se situe ailleurs. Il se situe dans les rues, dans les usines, dans les universités, dans les quartiers populaires. Il se situe dans la résistance quotidienne à l’oppression, dans la solidarité, dans la désobéissance. Comme le disait ce poète de la révolte, Arthur Rimbaud, « il faut être absolument moderne ». Et être moderne, aujourd’hui, c’est refuser les primaires, refuser les élections, refuser le système. C’est inventer de nouvelles formes de lutte, de nouvelles façons de vivre ensemble, de nouvelles utopies. La primaire de gauche, c’est le passé. Le futur, lui, est entre nos mains.
Analogie finale : Imaginez un vieux théâtre, aux dorures écaillées et aux rideaux mités, où se joue depuis des décennies la même pièce, une comédie tragique intitulée « La Démocratie ». Les acteurs, vêtus de costumes usés jusqu’à la corde, répètent inlassablement les mêmes répliques, les mêmes gestes, les mêmes effets de manche. Le public, assis dans des fauteuils défoncés, applaudit mollement, par habitude, par lassitude, par résignation. Parmi les acteurs, il y a ce personnage falot, Olivier Faure, qui insiste pour organiser une « primaire », une sorte de répétition générale avant la grande représentation. Il croit, dans sa naïveté, que cette primaire va redonner du souffle à la pièce, qu’elle va attirer un nouveau public, qu’elle va sauver le théâtre de la faillite. Mais personne ne se laisse abuser. Les spectateurs savent, au fond d’eux-mêmes, que la pièce est mauvaise, que les acteurs sont médiocres, que le texte est creux. Ils savent que la primaire n’est qu’un leurre, une tentative désespérée de donner un peu de lustre à une représentation qui n’intéresse plus personne. Pourtant, ils continuent d’applaudir, par politesse, par convention, par peur du vide. Car le vrai drame, c’est qu’ils n’imaginent même plus qu’une autre pièce puisse exister, qu’un autre théâtre soit possible. Ils sont prisonniers de cette comédie, condamnés à la regarder se jouer encore et encore, jusqu’à ce que les murs s’effondrent et que le rideau tombe pour de bon. Et pendant ce temps, dans les coulisses, les vrais maîtres du théâtre, ceux qui tirent les ficelles, ceux qui écrivent les scénarios, ceux qui décident des décors, continuent de rire sous cape, en sirotant leur champagne. Car ils savent une chose que les acteurs et le public ignorent : la pièce n’a jamais été qu’une farce, et la démocratie, une illusion.