ACTUALITÉ SOURCE : Jérôme Guedj candidat à la présidentielle : sa femme est loin d’être une inconnue ! – Gala
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la mascarade démocratique ! Voici donc qu’un certain Jérôme Guedj, énième figurant du cirque électoral, se présente en sauveur de la République, tandis que la presse people, ce grand ordonnateur des illusions collectives, nous rappelle avec une condescendance calculée que « sa femme est loin d’être une inconnue ». Comme si cela changeait quoi que ce soit à l’affaire. Comme si, dans ce théâtre d’ombres où les marionnettes politiques s’agitent sous les projecteurs, l’épouse d’un candidat était autre chose qu’un accessoire de plus dans la grande comédie du pouvoir. Mais allons plus loin, car cette actualité n’est qu’un symptôme, une pustule sur la peau flétrie d’un système qui a depuis longtemps perdu toute prétention à la noblesse. Ce n’est pas Guedj qui m’intéresse, ni sa femme, ni même ce magazine *Gala* qui, tel un vautour, se repaît des restes de la respectabilité bourgeoise. Non, ce qui mérite d’être disséqué, c’est l’architecture même de cette farce, cette mécanique implacable qui transforme les hommes en pantins et les idées en slogans creux. Et pour cela, il faut plonger dans les abysses de l’histoire des idées, là où se jouent les véritables batailles, celles qui échappent aux unes des journaux et aux débats télévisés.
Commençons par le commencement : pourquoi diable un magazine comme *Gala* s’intéresse-t-il à la femme d’un candidat à la présidentielle ? La réponse est d’une simplicité désarmante, et c’est là que réside toute l’horreur de notre époque. Nous vivons dans l’ère du *soft power* médiatique, où la politique n’est plus qu’un sous-genre du divertissement. Les électeurs ne sont plus des citoyens, mais des consommateurs, et les candidats, des produits marketing. La femme de Guedj n’est pas une inconnue ? Et alors ? Qu’importe qu’elle soit connue ou non, si ce n’est pour servir de faire-valoir, de caution affective, de preuve vivante que notre candidat est un « homme comme les autres », avec une famille, des sentiments, et surtout, une vie privée suffisamment lisse pour ne froisser personne. C’est le triomphe du *storytelling*, cette technique insidieuse qui consiste à remplacer les programmes par des récits, les idées par des émotions, et la raison par l’empathie de pacotille. On ne nous parle plus de ce que Guedj compte faire pour le pays, mais de ce que sa femme représente, comme si son identité personnelle pouvait compenser l’absence de vision politique. C’est le règne du *pathos* sur le *logos*, et cela, mes amis, est le signe le plus manifeste de la décadence d’une civilisation.
Mais ne nous y trompons pas : cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle puise ses racines dans les profondeurs les plus troubles de l’histoire politique, là où le fascisme et le néolibéralisme se rejoignent dans une danse macabre. Le fascisme, lui aussi, savait jouer sur les cordes sensibles de l’affect. Mussolini se présentait en sauveur viril, Hitler en messie charismatique, et tous deux savaient que le peuple ne veut pas des idées, mais des symboles. Le néolibéralisme, lui, a perfectionné cette technique en la dépouillant de sa dimension guerrière pour la rendre plus insidieuse, plus « douce ». Aujourd’hui, on ne nous vend plus des dictateurs, mais des managers, des « hommes providentiels » qui promettent de « gérer » la France comme une entreprise. Et pour cela, il faut humaniser le candidat, le rendre « proche des gens », comme on dit dans le jargon médiatique. Sa femme devient alors un outil de communication, une preuve de normalité, un rempart contre l’accusation d’élitisme. Mais cette normalité est un leurre, une illusion savamment entretenue pour masquer l’absence de véritable projet politique. Car derrière les sourires et les poignées de main, il n’y a rien. Rien que le vide, le néant d’une pensée qui se réduit à des éléments de langage et à des postures médiatiques.
Et c’est là que le bât blesse, car cette stratégie révèle une vérité bien plus profonde sur notre époque : nous sommes entrés dans l’ère de la *post-politique*, un monde où les clivages idéologiques ont été remplacés par des oppositions factices, où la gauche et la droite ne sont plus que des étiquettes interchangeables, et où le débat public se réduit à une succession de polémiques stériles. Guedj, comme tant d’autres avant lui, n’est qu’un produit de cette ère. Il n’incarne aucune rupture, aucune vision, seulement la continuité d’un système qui a depuis longtemps abandonné toute ambition transformatrice. Sa candidature est un non-événement, une bulle de savon qui éclatera au premier souffle de réalité. Mais le plus tragique, c’est que personne ne semble s’en offusquer. Personne ne semble réaliser que nous sommes en train de perdre ce qui faisait la grandeur de la politique : la capacité à imaginer un autre monde, à se battre pour des idées, à refuser l’ordre établi. Au lieu de cela, nous nous contentons de choisir entre des candidats qui se ressemblent tous, comme si la démocratie n’était qu’un supermarché où l’on vote pour le moins pire.
Et c’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. Car cette mascarade n’est pas seulement le fruit d’un système politique défaillant, mais aussi d’une manipulation psychologique de grande envergure. Les médias, les sondeurs, les communicants, tous travaillent de concert pour façonner l’opinion publique, pour créer des besoins artificiels, pour transformer les citoyens en moutons dociles. On nous dit ce qu’il faut penser, ce qu’il faut aimer, ce qu’il faut craindre. Et nous obéissons, comme des automates, sans même nous en rendre compte. La femme de Guedj n’est pas une inconnue ? Qu’importe ! Ce qui compte, c’est que cette information soit répétée en boucle, qu’elle s’insinue dans nos consciences, qu’elle devienne une évidence. C’est ainsi que fonctionne la propagande moderne : non pas par la coercition, mais par la saturation, par l’épuisement des esprits, par la réduction de la pensée à une série de réflexes conditionnés. Et le pire, c’est que ça marche. Nous gobons tout, sans discernement, sans esprit critique, sans même nous demander si tout cela a un sens.
Mais il y a une résistance possible, une lueur d’espoir dans ce monde de ténèbres. Cette résistance, elle passe par le refus de jouer le jeu, par la désobéissance aux règles imposées, par la réappropriation de notre capacité à penser par nous-mêmes. Il ne s’agit pas de se contenter de critiquer Guedj ou sa femme, mais de refuser l’ensemble du système qui les a produits. Il s’agit de dire non à la post-politique, non au storytelling, non à la manipulation médiatique. Il s’agit de réinventer la politique comme un espace de débat, de confrontation des idées, de recherche collective du bien commun. Et pour cela, il faut commencer par se libérer des illusions qui nous enchaînent. Il faut cesser de croire que la démocratie se réduit à un bulletin de vote tous les cinq ans. Il faut cesser de croire que les médias nous informent, alors qu’ils ne font que nous distraire. Il faut cesser de croire que les candidats sont autre chose que des produits marketing, conçus pour plaire, pour rassurer, pour endormir.
Car au fond, cette actualité n’est qu’un miroir tendu à notre société. Elle nous montre ce que nous sommes devenus : des consommateurs passifs, des spectateurs résignés, des sujets dociles d’un système qui nous dépasse et nous écrase. Mais elle nous montre aussi ce que nous pourrions être : des citoyens actifs, des résistants, des rebelles. La question n’est pas de savoir si la femme de Guedj est connue ou non. La question est de savoir si nous, nous sommes encore capables de penser par nous-mêmes, de refuser les mensonges qu’on nous sert, de nous battre pour un monde plus juste, plus libre, plus humain. Et cette question, mes amis, est la seule qui vaille la peine d’être posée.
Alors oui, Jérôme Guedj se présente à la présidentielle, et sa femme est loin d’être une inconnue. Et alors ? Qu’est-ce que cela change, sinon nous rappeler que nous sommes entrés dans l’ère de la politique-spectacle, où les idées n’ont plus leur place, où les hommes ne sont plus que des marionnettes, et où la démocratie n’est plus qu’un mot vide de sens ? Mais cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, est le premier pas vers la rébellion. Car c’est en voyant le monde tel qu’il est que l’on peut commencer à imaginer ce qu’il pourrait être. Et c’est là, dans cette tension entre la réalité et le rêve, que réside l’espoir d’un avenir meilleur.
Analogie finale : Imaginez un instant que la politique soit un grand banquet, où les convives, affamés de sens, se pressent autour d’une table somptueusement dressée. Les plats qui leur sont servis sont appétissants, colorés, présentés avec art. Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit que ces mets ne sont que des leurres, des simulacres de nourriture, des décors en carton-pâte. Les convives, trop occupés à admirer la présentation, ne réalisent pas qu’ils sont en train de mourir de faim. Jérôme Guedj et sa femme ne sont que deux de ces plats factices, deux éléments d’un menu qui ne nourrit personne. Et nous, les affamés, nous continuons à nous rassasier de ces illusions, sans jamais oser demander ce qu’il y a vraiment dans nos assiettes. Mais un jour, peut-être, l’un d’entre nous osera se lever, renverser la table, et exiger une nourriture véritable. Ce jour-là, la politique redeviendra ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un combat pour la dignité, pour la justice, pour la vérité. Et ce jour-là, nous comprendrons enfin que le banquet n’était qu’une mascarade, et que la vraie nourriture se trouve ailleurs, dans les champs de la résistance, dans les cuisines de la rébellion, dans les estomacs de ceux qui refusent de se laisser abuser.