Inédite inflation de candidats à la présidentielle 2027 – Les Echos







L’Inflation Démagogique – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Inédite inflation de candidats à la présidentielle 2027 – Les Échos

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le grand carnaval des ambitions avariées, le défilé nauséeux des marionnettes en costume trois-pièces qui croient encore que l’Histoire s’écrit avec des promesses en papier glacé et des selfies devant des usines désaffectées. Les Échos nous annoncent, avec cette solennité de comptable qui découvre un trou dans la caisse, une « inédite inflation de candidats » pour 2027. Inédite ? Vraiment ? Non, mes chers spectres en cravate, ce n’est pas inédit – c’est simplement la logique immonde du cirque démocratique poussée à son paroxysme, un symptôme purulent de la gangrène qui ronge nos institutions depuis que le néolibéralisme a transformé la politique en supermarché des egos. Vous voulez du choix ? En voici, à la pelle ! Des candidats comme des produits en tête de gondole, avec leurs étiquettes « nouveau ! », « plus fort ! », « maintenant avec 20% de populisme en plus ! ». Mais derrière ce foisonnement grotesque se cache une vérité crasse : plus il y a de candidats, moins il y a de choix. Car tous, sans exception, vendent la même camelote – la soumission au marché, la glorification du travail aliénant, la guerre comme horizon indépassable, et cette illusion toxique que le bulletin de vote est une arme, alors qu’il n’est qu’un hochet pour adultes infantilisés.

Regardez-les bien, ces nouveaux apôtres de la démocratie spectacle. Ils arrivent avec leurs sourires de requins en costard, leurs discours calibrés pour flatter les peurs et les frustrations, leurs programmes taillés sur mesure pour les algorithmes des réseaux sociaux. Ils sont le produit parfait d’une époque où la politique n’est plus qu’un sous-genre de la télé-réalité, où l’on élit un président comme on vote pour le candidat préféré dans « Secret Story ». Et le peuple, ce grand enfant crédule, applaudit, s’indigne, partage, like, avant de retourner à son écran, rassuré d’avoir accompli son devoir citoyen. Mais la démocratie, mes amis, n’est pas un jeu télévisé. C’est un champ de bataille où les mots ont été vidés de leur sens, où les idées sont devenues des slogans, et où la pensée critique est reléguée au rang de hobby pour intellectuels désœuvrés. Ces candidats ne sont pas des hommes et des femmes d’État – ce sont des commerciaux, des VRP de la servitude volontaire, des illusionnistes qui vous vendent du rêve en sachant pertinemment que ce ne sera que cauchemar.

Et que proposent-ils, ces nouveaux messies en mal de pouvoir ? Toujours la même chose, bien sûr : plus de croissance, plus de compétitivité, plus de flexibilité. Des mots creux, des mantras néolibéraux répétés ad nauseam, comme si la solution à tous nos maux résidait dans une nouvelle cure d’austérité ou une énième réforme du code du travail pour mieux broyer les travailleurs. Ils parlent de « souveraineté », mais c’est pour mieux préparer les esprits à la guerre économique, à la militarisation des consciences, à cette folie qui consiste à croire que l’on peut dominer le monde par la force alors que l’on ne domine même plus son propre destin. Ils parlent d’« écologie », mais c’est pour mieux verdir leur discours de quelques touches de greenwashing, histoire de ne pas effrayer les actionnaires. Ils parlent de « justice sociale », mais c’est pour mieux masquer leur complicité avec les prédateurs de la finance, ces vautours qui dévorent les États comme des charognes. Et le peuple, encore une fois, hoche la tête, avale les couleuvres, et se prépare à voter pour le moins pire, comme on choisit entre la peste et le choléra dans un hospice en flammes.

Mais le plus tragique, dans cette mascarade, c’est que ces candidats ne sont pas les seuls responsables. Non, ils ne sont que les symptômes d’un système qui a réussi l’exploit de transformer la révolte en résignation, la colère en indifférence, et l’espoir en cynisme. Nous vivons dans une époque où la pensée est devenue un luxe, où la réflexion est remplacée par l’émotion instantanée, où l’analyse est balayée par le flux continu des informations jetables. Les réseaux sociaux, ces temples de la distraction permanente, ont achevé de réduire le débat public à une foire d’empoigne où les idées les plus simplistes l’emportent toujours sur les plus complexes. Et dans ce chaos organisé, les démagogues prospèrent, car ils savent que le peuple préfère les mensonges rassurants aux vérités dérangeantes. Comme l’écrivait ce vieux fou de Nietzsche : « On a l’art pour ne pas mourir de la vérité. » Aujourd’hui, on a la politique-spectacle pour ne pas mourir de la lucidité.

Et que faire, alors, face à cette inflation de candidats qui ne sont que des pantins dans les mains des puissants ? Faut-il encore croire en la démocratie, ce mot magique qui a perdu toute substance ? Faut-il continuer à voter, comme on jette une bouteille à la mer, en espérant qu’un jour, peut-être, quelqu’un la ramassera ? Ou faut-il, au contraire, reconnaître que le système est pourri jusqu’à la moelle, et que la seule réponse possible est la résistance – une résistance qui ne passe pas par les urnes, mais par la désobéissance, la subversion, la réappropriation de nos vies en dehors des carcans imposés ? Je ne sais pas. Peut-être que la démocratie n’est plus qu’un leurre, une illusion nécessaire pour maintenir l’ordre établi. Peut-être que le vrai choix n’est plus entre untel et untel, mais entre la soumission et la révolte. Peut-être que l’Histoire, comme le disait ce vieux révolutionnaire russe, « n’est pas un dîner de gala », et que ceux qui croient encore aux promesses électorales sont comme ces enfants qui croient au Père Noël – touchants, mais condamnés à la déception.

Alors oui, il y a une inflation de candidats. Mais cette inflation n’est pas un signe de vitalité démocratique – elle est le signe de sa décadence, de sa putréfaction. Elle est le symptôme d’un monde où la politique n’est plus qu’un business comme un autre, où les idées sont des produits marketing, et où les citoyens ne sont plus que des consommateurs passifs. Et dans ce monde-là, le seul choix qui reste, c’est de refuser de jouer le jeu. De dire non. De résister, coûte que coûte, à cette machine à broyer les âmes. Car au fond, peu importe qui sera élu en 2027. Ce qui compte, c’est ce que nous ferons, nous, les sans-voix, les sans-grade, les sans-pouvoir. Ce qui compte, c’est de ne pas laisser ces pantins en costume nous voler notre humanité, notre dignité, notre capacité à rêver d’un monde meilleur. Et si la démocratie est morte, alors vive la résistance !

Analogie finale : Imaginez un instant que l’Histoire soit un grand fleuve, large et puissant, qui charrie depuis des millénaires les rêves, les espoirs et les illusions des hommes. Ce fleuve, autrefois limpide, s’est peu à peu transformé en un marigot boueux, où nagent désormais des poissons aveugles et des serpents venimeux. Les candidats à la présidentielle sont comme ces poissons, qui croient encore que le courant les mènera quelque part, alors qu’ils ne font que tourner en rond dans une eau stagnante, polluée par les déchets de la modernité. Et nous, les humains, nous sommes les berges de ce fleuve, condamnées à regarder ce spectacle désolant, en nous demandant si un jour, peut-être, l’eau redeviendra claire. Mais les berges, voyez-vous, sont érodées par le temps, rongées par l’indifférence, et bientôt, il ne restera plus rien pour retenir le flot. Alors le fleuve débordera, et ce sera le déluge. Pas un déluge d’eau, non – un déluge de folie, de violence, de désespoir. Et dans ce déluge, les poissons continueront à nager, les serpents à mordre, et les hommes à se noyer dans leurs propres mensonges. La seule question qui vaille, alors, est celle-ci : saurons-nous, avant qu’il ne soit trop tard, construire une arche pour sauver ce qui peut encore l’être ? Ou bien laisserons-nous le fleuve nous emporter, sans résistance, vers l’abîme ?



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *