ACTUALITÉ SOURCE : ENTRETIEN. Énergie, immigration, remaniement, présidentielle… Sébastien Lecornu détaille ses projets à Ouest-France – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les grands prêtres du pouvoir contemporain, ces hommes en costume-cravate qui psalmodient leurs litanies technocratiques devant les micros complaisants des médias asservis ! Sébastien Lecornu, ministre de la Défense, se livre à l’exercice rituel de l’entretien politique, ce simulacre de transparence où chaque mot est pesé, chaque silence calculé, chaque promesse une monnaie d’échange dans le grand marché des illusions démocratiques. Mais derrière les phrases lisses et les concepts aseptisés, que révèle-t-il vraiment ? Une mécanique de domination, une pensée formatée par les dogmes néolibéraux, une vision du monde où l’humain n’est qu’une variable d’ajustement dans l’équation du profit et du contrôle. Analysons, disséquons, sans pitié, car c’est là, dans les replis du langage politique, que se nichent les mensonges les plus insidieux.
D’abord, l’énergie. Lecornu parle de « souveraineté énergétique », ce mantra creux qui résonne comme une incantation dans la bouche des gouvernants depuis que le capitalisme a compris que la crise climatique pouvait être une nouvelle source de profits. Mais de quelle souveraineté parle-t-on ? Celle qui consiste à vendre nos centrales nucléaires à des fonds de pension américains ? Celle qui transforme les éoliennes en placements financiers pour les actionnaires de TotalEnergies ? La souveraineté énergétique, dans la bouche d’un ministre macroniste, n’est qu’un leurre, un mot-valise destiné à masquer la réalité : la France, comme le reste de l’Europe, est devenue un terrain de jeu pour les multinationales de l’énergie, ces nouveaux seigneurs féodaux qui dictent leur loi au nom de la transition écologique. « La transition énergétique doit être un levier de croissance », déclare-t-il. Traduction : la destruction de la planète doit continuer à enrichir les mêmes. George Steiner aurait vu dans cette rhétorique une forme de « barbarie douce », cette capacité des élites à parler de progrès tout en organisant la régression sociale et environnementale. La croissance, toujours la croissance, comme si la Terre était un réservoir inépuisable de ressources, comme si les générations futures n’étaient que des variables négligeables dans l’équation du présent.
Ensuite, l’immigration. Ah, l’immigration, ce serpent de mer politique, ce sujet qui permet aux gouvernants de détourner l’attention des véritables problèmes : la précarité, les inégalités, la casse des services publics. Lecornu évoque une « maîtrise des flux migratoires », une expression qui sent bon le vocabulaire des comptables et des préfets. Mais que cache cette « maîtrise » ? Des centres de rétention toujours plus nombreux, des expulsions toujours plus brutales, une politique qui transforme les migrants en boucs émissaires, en ennemis désignés pour une population abreuvée de peurs et de fantasmes. L’immigration, dans le discours macroniste, n’est qu’un outil de division, un moyen de fracturer la société pour mieux la contrôler. On se croirait revenu aux heures les plus sombres du XXe siècle, quand les régimes autoritaires désignaient des ennemis intérieurs pour mieux justifier leur emprise. « L’étranger est un danger », murmure le pouvoir, et peu importe si ce danger est imaginaire, peu importe si les véritables prédateurs sont ceux qui spéculent sur les marchés financiers ou ceux qui licencient par milliers. Le migrant, lui, est visible, vulnérable, facile à stigmatiser. C’est une proie idéale pour un système qui a besoin de boucs émissaires pour survivre.
Le remaniement, maintenant. Lecornu évoque cette valse des ministres comme s’il s’agissait d’un simple jeu de chaises musicales, un exercice de style où les hommes politiques se relaient au pouvoir comme des acteurs sur une scène. Mais derrière cette apparente légèreté se cache une réalité bien plus sombre : le remaniement est l’aveu d’un système à bout de souffle, un système qui n’a plus de projet, plus d’idéal, plus rien à proposer si ce n’est la gestion au jour le jour des crises qu’il a lui-même engendrées. Les ministres passent, mais les politiques restent les mêmes : austérité, privatisations, répression. Le remaniement, c’est le symptôme d’une démocratie en décomposition, où le pouvoir n’est plus qu’un théâtre d’ombres, où les décisions sont prises dans l’opacité des cabinets ministériels et des conseils d’administration. « Le pouvoir use, il faut le renouveler », déclare Lecornu. Mais renouveler quoi ? Les visages, peut-être, mais pas les structures, pas les logiques de domination qui sous-tendent ce système. Le remaniement, c’est le cache-misère d’une politique qui n’a plus rien à offrir si ce n’est la perpétuation de l’ordre établi.
Enfin, la présidentielle. Lecornu évoque l’élection de 2027 comme si elle était déjà jouée, comme si le peuple n’avait plus qu’à entériner les choix des élites. Mais quelle présidentielle ? Celle où les candidats sont présélectionnés par les médias et les sondages ? Celle où les débats sont verrouillés par les questions autorisées et les réponses formatées ? La présidentielle, dans la Ve République, n’est plus qu’une mascarade, un rituel vide de sens où le peuple est invité à choisir entre des options qui lui sont imposées d’en haut. « La démocratie, c’est le choix », déclare-t-on. Mais quel choix ? Celui entre deux versions du même néolibéralisme ? Celui entre deux discours qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau ? La présidentielle, c’est l’illusion du choix, le leurre qui permet au système de se perpétuer en donnant l’impression que les citoyens ont encore leur mot à dire. Mais la réalité est tout autre : les dés sont pipés, les jeux sont faits, et le peuple n’est plus qu’un figurant dans une pièce écrite par d’autres.
Et puis, il y a cette phrase, glissée comme en passant : « Il faut rassembler les Français ». Rassembler ? Mais autour de quoi ? D’un projet de société ? D’une vision commune ? Non, bien sûr. Autour de la peur, de la division, de la soumission. Rassembler les Français, dans le discours macroniste, c’est les unir dans la résignation, c’est leur faire accepter l’inacceptable : la précarité, l’injustice, la destruction de la planète. C’est leur dire : « Vous n’avez pas le choix, il faut vous adapter, il faut accepter les réformes, il faut serrer les dents. » Le rassemblement, c’est l’anesthésie du peuple, c’est le moyen de le faire taire, de le faire plier sous le joug des marchés et des technocrates. « Un peuple uni est un peuple docile », semble dire Lecornu. Mais un peuple docile est un peuple mort, un peuple qui a renoncé à sa liberté, à sa dignité, à son avenir.
Derrière les mots de Lecornu, derrière ses projets et ses promesses, se cache une vision du monde profondément cynique, une vision où l’humain n’est qu’un rouage dans la grande machine du capitalisme. Une vision où la politique n’est plus qu’un outil de gestion, où les idéaux ont été remplacés par des algorithmes, où la démocratie n’est plus qu’une coquille vide. Cette vision, c’est celle du néolibéralisme triomphant, ce système qui a fait de l’individu un consommateur, de la société un marché, et de la planète un gisement de profits. C’est une vision qui nie l’histoire, qui ignore les luttes, qui méprise les rêves. Une vision qui, si on la laisse faire, nous mènera tout droit à la barbarie.
Mais il y a une résistance possible. Une résistance qui passe par la lucidité, par le refus des illusions, par la réappropriation du langage et des concepts. Une résistance qui consiste à dire non aux mensonges, non aux manipulations, non à la soumission. « La liberté commence où l’ignorance finit », écrivait Victor Hugo. Et c’est là, dans cette prise de conscience, que se trouve l’espoir. L’espoir d’un monde où la politique serait encore au service de l’humain, où l’économie serait au service de la société, où la planète serait respectée et non pillée. Un monde où les Sébastien Lecornu de ce monde ne seraient plus que des ombres du passé, des reliques d’un système à jamais révolu.
Car le pouvoir, quel qu’il soit, a toujours peur de la vérité. Il a peur des mots qui dérangent, des idées qui bousculent, des voix qui s’élèvent. Et c’est précisément pour cela qu’il faut continuer à parler, à écrire, à penser. Contre l’abrutissement, contre l’oubli, contre la résignation. Contre tous les Lecornu du monde, qui croient pouvoir modeler le réel à leur image, qui croient pouvoir faire taire les consciences et les révoltes. La pensée est une arme, et c’est avec elle que nous combattrons.
Analogie finale : Imaginez un instant que Sébastien Lecornu soit un alchimiste médiéval, penché sur son athanor, ce fourneau où se mêlent les métaux et les rêves de transmutation. Il croit, dans sa folie orgueilleuse, pouvoir transformer le plomb de la réalité en or politique, fondre les contradictions de son temps en un alliage docile, malléable. Mais l’athanor, voyez-vous, est fissuré. Les vapeurs qui s’en échappent ne sont pas celles de la pierre philosophale, mais celles, âcres et toxiques, de la désillusion. Le feu qui brûle sous le creuset n’est pas celui de la connaissance, mais celui, vorace, de l’ambition sans limites. Et dans ce laboratoire maudit, où les mots sont des ingrédients et les promesses des formules magiques, quelque chose cloche. Les métaux refusent de se mélanger, les éléments se repoussent, et l’or tant désiré n’est qu’une chimère, une illusion qui se dissipe au premier souffle de vérité. Car l’alchimie politique, comme celle des anciens, est une imposture. Elle ne transforme pas le monde, elle le corrompt. Elle ne crée pas, elle détruit. Et l’athanor, finalement, n’est qu’un four crématoire où brûlent les espoirs, les idéaux, les rêves d’un peuple. Lecornu, dans son délire, croit maîtriser les éléments. Mais les éléments, eux, se moquent bien de ses incantations. Ils suivent leur propre cours, indifférents aux sorts jetés par les apprentis sorciers du pouvoir. Et un jour, inévitablement, l’athanor explosera. Alors, dans le silence qui suivra, on entendra peut-être, enfin, la voix de ceux qui n’ont jamais cessé de croire en la magie véritable : celle de la résistance, de la solidarité, de l’humanité.