La proportionnelle, « un débat de présidentielle » qui n’aboutira pas avant 2027, estime la porte-parole du gouvernement – Le Berry Républicain







La Proportionnelle : Le Grand Théâtre des Illusions Démocratiques

ACTUALITÉ SOURCE : La proportionnelle, « un débat de présidentielle » qui n’aboutira pas avant 2027, estime la porte-parole du gouvernement – Le Berry Républicain

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la proportionnelle ! Ce mot-valise qui sent la naphtaline des vieilles promesses, ce hochet agité par les bateleurs de la politique comme un os devant un chien affamé. On nous parle de « débat de présidentielle », comme si ces mots, assemblés avec la solennité d’un notaire lisant un testament, pouvaient encore faire battre les cœurs. Mais non. La proportionnelle, c’est le fantôme de Banquo dans le banquet démocratique : elle est là, elle hante les discours, elle fait frémir les plus naïfs, mais personne ne la touchera avant 2027, nous assure-t-on avec cette condescendance des puissants qui savent que le peuple oublie toujours. Et c’est précisément là que réside la perversion du système. Pas dans l’absence de réforme, mais dans l’illusion même de son possible avènement. Car une démocratie qui se nourrit de promesses non tenues est une démocratie qui se cannibalise, qui se dévore de l’intérieur, comme un serpent avalant sa propre queue jusqu’à n’être plus qu’un nœud de chair pourrissante.

Observons un instant ce ballet macabre. La proportionnelle, nous dit-on, serait « un débat de présidentielle ». Quelle élégance dans la formulation ! Comme si les élections présidentielles étaient autre chose qu’une grand-messe où l’on vient communier avec des idées pré-mâchées, où l’on se prosterne devant des hommes providentiels qui promettent monts et merveilles avant de retourner à leurs combines une fois élus. Le débat, en politique, est une denrée rare, un luxe que les puissants s’offrent entre eux, dans l’intimité feutrée des salons parisiens, loin des oreilles indiscrètes du vulgaire. La présidentielle, c’est le moment où l’on sort les grands mots, où l’on agite les grands principes, où l’on fait mine de s’affronter sur l’avenir du pays. Mais au fond, tout le monde sait que ces débats sont des leurres, des leurres aussi gros que les poissons que l’on pêche en haute mer. La proportionnelle, dans ce contexte, n’est qu’un appât de plus, un leurre scintillant jeté à la face des électeurs pour leur faire croire qu’ils ont encore un rôle à jouer dans cette mascarade.

Et puis, il y a cette petite phrase assassine : « qui n’aboutira pas avant 2027 ». Comme si 2027 était une date lointaine, une échéance presque mythique, un horizon si flou qu’il en devient insaisissable. Mais 2027, c’est demain. C’est dans quatre ans. Quatre ans, c’est le temps qu’il faut pour élever un enfant, pour écrire un roman, pour voir une forêt pousser. Quatre ans, c’est une éternité en politique, surtout quand on sait que les promesses, une fois faites, ont la mémoire courte. Dire que la proportionnelle n’aboutira pas avant 2027, c’est avouer, sans le dire, qu’elle n’aboutira jamais. Car entre-temps, les circonstances auront changé, les priorités se seront déplacées, et les mêmes qui promettent aujourd’hui reporteront demain, prétextant une crise, une guerre, une urgence quelconque. La démocratie, voyez-vous, est une machine à ajourner, à différer, à remettre sine die. Elle fonctionne sur le principe de l’éternel report, comme ces dettes que l’on ne rembourse jamais parce que l’on compte sur la mort du créancier pour s’en libérer.

Mais pourquoi cette peur de la proportionnelle ? Pourquoi ce refus obstiné de laisser le peuple s’exprimer pleinement, sans filtre, sans distorsion ? La réponse est simple : la proportionnelle, c’est le chaos. Pas le chaos au sens apocalyptique du terme, non, mais le chaos au sens où l’entendaient les Grecs anciens, ce désordre fécond d’où naissent les grandes idées, les grands bouleversements. La proportionnelle, c’est la fin des majorités absolues, c’est l’avènement d’une politique où les compromis sont la règle, où les alliances se font et se défont au gré des débats, où les petites voix ont enfin le droit de se faire entendre. Et ça, les puissants ne peuvent pas le tolérer. Car une démocratie proportionnelle, c’est une démocratie où le pouvoir n’est plus concentré entre les mains d’une poignée d’hommes, mais dilué, dispersé, partagé. C’est une démocratie où les partis extrêmes, ceux que l’on aime tant diaboliser, auraient enfin leur place, non pas comme épouvantails, mais comme acteurs à part entière du jeu politique. Et ça, c’est insupportable pour ceux qui croient détenir la vérité, pour ceux qui pensent que la politique est une science exacte, pour ceux qui voient dans le peuple une masse informe qu’il faut guider, éduquer, et au besoin, mater.

Car ne nous y trompons pas : la proportionnelle, c’est une question de pouvoir. Pas de démocratie, pas de représentation, pas de justice électorale. Non. C’est une question de pouvoir, pur et simple. Les partis dominants, ceux qui bénéficient du système actuel, savent pertinemment que la proportionnelle les affaiblirait. Elle les obligerait à composer, à négocier, à faire des concessions. Elle les forcerait à reconnaître que leur vision du monde n’est pas la seule, que leurs certitudes ne sont pas des dogmes, que leurs intérêts ne sont pas ceux de la nation. Et ça, c’est une pilule trop amère à avaler. Alors on tergiverse, on temporise, on repousse. On invoque la stabilité, la gouvernabilité, l’intérêt supérieur de la nation. On agite le spectre de l’ingouvernabilité, comme si un pays ne pouvait fonctionner que sous la férule d’un seul homme, d’un seul parti, d’une seule idéologie. Comme si la démocratie était une machine trop fragile pour supporter la diversité, le débat, la contradiction.

Et puis, il y a cette autre peur, plus insidieuse, plus sournoise : la peur de l’inconnu. Car la proportionnelle, c’est l’inconnu. C’est l’avènement d’une politique où les cartes sont rebattues, où les règles du jeu changent, où les certitudes s’effondrent. Et ça, les hommes politiques ne peuvent pas le supporter. Ils sont comme ces joueurs de poker qui, après avoir triché pendant des années, se retrouvent soudain face à un jeu où les cartes sont distribuées équitablement. Ils tremblent, ils suent, ils paniquent. Parce qu’ils savent que sans leurs combines, sans leurs magouilles, sans leurs petits arrangements entre amis, ils ne sont plus rien. Ils ne sont plus que des hommes ordinaires, avec leurs faiblesses, leurs doutes, leurs contradictions. Et ça, c’est insupportable pour ceux qui ont bâti leur carrière sur l’illusion de leur toute-puissance.

Alors on nous parle de « débat de présidentielle », comme si ces mots pouvaient encore avoir un sens. Comme si la présidentielle était autre chose qu’un spectacle, une comédie où les acteurs jouent leur rôle avec tant de conviction qu’ils finissent par y croire eux-mêmes. Mais la vérité, c’est que la présidentielle est un leurre, une illusion, un miroir aux alouettes. Elle donne l’illusion du choix, l’illusion de la liberté, l’illusion de la démocratie. Mais au fond, tout est déjà joué d’avance. Les dés sont pipés, les cartes sont truquées, et les jeux sont faits. La proportionnelle n’aboutira pas avant 2027, nous dit-on. Mais en réalité, elle n’aboutira jamais. Parce que ceux qui détiennent le pouvoir n’ont aucun intérêt à le partager. Parce que la démocratie, la vraie, celle où le peuple décide vraiment, est une menace pour l’ordre établi. Parce que les hommes politiques, quels qu’ils soient, préfèrent toujours le confort des certitudes à l’aventure de la liberté.

Et c’est là que réside la tragédie de notre époque. Nous vivons dans un monde où les mots ont perdu leur sens, où les promesses sont des mensonges, où les débats sont des simulacres. Nous vivons dans un monde où la démocratie est devenue une coquille vide, un mot creux que l’on agite comme un drapeau pour mieux masquer la réalité du pouvoir. La proportionnelle, c’est le symbole de cette décadence. C’est le symptôme d’une démocratie malade, d’un système politique qui a perdu le contact avec la réalité, qui préfère les illusions aux vérités, les mensonges aux promesses. Et nous, pauvres électeurs, pauvres citoyens, nous sommes condamnés à regarder ce spectacle, impuissants, résignés, comme des spectateurs dans un théâtre où la pièce est déjà écrite, où les acteurs jouent leur rôle avec une telle conviction qu’ils finissent par nous faire douter de la réalité du monde.

Mais il y a pire encore. Il y a cette idée, insidieuse, que la proportionnelle serait une panacée, une solution miracle à tous les maux de la démocratie. Comme si le simple fait de changer le mode de scrutin pouvait suffire à redonner du sens à la politique, à rendre le peuple maître de son destin. Comme si la proportionnelle était une fin en soi, et non un moyen parmi d’autres. Car la proportionnelle, aussi juste soit-elle, ne changera rien si les hommes qui l’appliquent sont les mêmes que ceux qui gouvernent aujourd’hui. Elle ne changera rien si les partis politiques restent des machines à produire des carriéristes, des opportunistes, des hommes sans conviction. Elle ne changera rien si les électeurs continuent à voter par habitude, par peur, par résignation, plutôt que par adhésion à un projet, à une vision, à une idée. La proportionnelle, sans une refonte profonde de notre rapport à la politique, sans une remise en cause radicale de nos institutions, sans une véritable révolution culturelle, n’est qu’un leurre de plus, une illusion de plus, un miroir aux alouettes de plus.

Alors oui, la proportionnelle n’aboutira pas avant 2027. Et même si elle aboutissait, elle ne changerait rien. Parce que le problème n’est pas le mode de scrutin. Le problème, c’est nous. C’est notre résignation, notre passivité, notre incapacité à imaginer un autre monde. Le problème, c’est cette idée que la politique est une affaire de spécialistes, de technocrates, d’experts, et que nous, simples citoyens, n’avons qu’à nous taire et à obéir. Le problème, c’est cette démocratie qui n’en est plus une, qui n’est plus qu’un mot, une coquille vide, un simulacre. Et tant que nous n’aurons pas compris cela, tant que nous n’aurons pas le courage de nous révolter, de nous battre, de refuser ce monde tel qu’il est, la proportionnelle restera ce qu’elle est aujourd’hui : un débat de présidentielle, un hochet agité par les puissants pour mieux nous endormir.

Alors, que faire ? Comment sortir de cette impasse ? Comment redonner du sens à la démocratie, à la politique, à notre vie collective ? Peut-être faut-il commencer par refuser les illusions, par rejeter les mensonges, par dénoncer les leurres. Peut-être faut-il cesser de croire que la proportionnelle, ou toute autre réforme, pourra changer les choses. Peut-être faut-il comprendre que le changement ne viendra pas d’en haut, mais d’en bas, de nous, des citoyens, des hommes et des femmes qui refusent ce monde tel qu’il est. Peut-être faut-il inventer de nouvelles formes de démocratie, de nouvelles manières de faire de la politique, de nouvelles façons de vivre ensemble. Peut-être faut-il cesser de croire que la politique est une affaire de partis, d’élections, de scrutins, et comprendre qu’elle est d’abord une affaire de résistance, de révolte, de création.

Car au fond, la proportionnelle n’est qu’un symptôme. Le vrai problème, c’est la démocratie elle-même, ou plutôt, ce qu’elle est devenue. Une démocratie sans peuple, sans débat, sans contradiction. Une démocratie où les mots n’ont plus de sens, où les promesses sont des mensonges, où les élections sont des simulacres. Une démocratie qui n’en est plus une, qui n’est plus qu’un mot, une coquille vide, un miroir aux alouettes. Et tant que nous n’aurons pas compris cela, tant que nous n’aurons pas le courage de nous révolter, de refuser ce monde tel qu’il est, la proportionnelle restera ce qu’elle est aujourd’hui : un débat de présidentielle, un hochet agité par les puissants pour mieux nous endormir.

Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, chaque printemps, promet de planter un arbre fruitier dans son jardin. Il en parle avec passion, il décrit les fruits juteux, les branches robustes, l’ombre bienfaisante. Les années passent, et chaque printemps, il renouvelle sa promesse, avec la même ferveur, la même conviction. Mais l’arbre ne vient jamais. Les saisons défilent, les promesses s’accumulent, et le jardin reste vide. Un jour, un enfant lui demande : « Pourquoi ne plantes-tu pas cet arbre ? » Le jardinier répond, avec un sourire triste : « Parce que si je le plante, il faudra que je partage les fruits. » La proportionnelle, c’est cet arbre que l’on ne plante jamais. Parce que ceux qui détiennent le pouvoir savent que s’ils le plantent, ils devront partager les fruits. Et ça, ils ne peuvent pas le supporter. Alors ils promettent, ils tergiversent, ils reportent. Et le jardin reste vide, année après année, promesse après promesse. Jusqu’à ce que plus personne ne croie aux promesses. Jusqu’à ce que le jardin soit envahi par les ronces, et que l’ombre des arbres qui n’ont jamais poussé ne soit plus qu’un lointain souvenir.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *