Jérôme Guedj : « Je suis aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle » – Radio France







L’Échiquier des Ombres – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Jérôme Guedj : « Je suis aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle » – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, encore un. Un de plus. Un de ces hommes qui croient que le pouvoir se mendie comme une aumône, qu’il suffit de tendre la main vers le ciel électoral pour que les nuages s’écartent et laissent tomber une couronne de laurier en plastique. Jérôme Guedj, donc. Un nom qui sonne comme un écho lointain dans le grand théâtre des illusions démocratiques, où les acteurs changent, mais le script reste le même : une farce tragique écrite par des mains invisibles, celles des oligarques, des technocrates et des marchands d’armes. Il se présente, dit-il, « aujourd’hui ». Comme si ce mot avait encore un sens. Comme si « aujourd’hui » n’était pas déjà englouti par les dettes, les algorithmes et les guerres qui ne disent pas leur nom. Mais non, il y croit. Ou du moins, il fait semblant d’y croire, car dans ce monde où la politique n’est plus qu’un spectacle de marionnettes, la sincérité est une monnaie si dévaluée qu’elle en devient suspecte.

Observons-le, ce Guedj, ce candidat de plus, ce fantôme qui hante les studios de Radio France comme un spectre en quête d’un corps à habiter. Il incarne, malgré lui, l’une des plus grandes tragédies de notre époque : la réduction de la pensée politique à une série de slogans creux, de postures calculées et de promesses qui s’évaporent dès qu’elles touchent le sol. Il est le produit d’un système qui a méthodiquement vidé la démocratie de sa substance, ne laissant derrière lui qu’une coquille vide, un simulacre où les citoyens ne sont plus que des consommateurs de discours, des clients passifs d’un marché électoral où les idées sont des produits jetables. Et pourtant, il ose. Il ose se lever et dire : « Je suis candidat. » Comme si cela suffisait. Comme si le simple fait de se déclarer pouvait conjurer l’absurdité d’un monde où le pouvoir réel n’appartient plus aux élus, mais aux banques, aux lobbies et à ces mystérieuses « forces du marché » qui dictent leur loi dans l’ombre.

Mais revenons à l’essentiel, à cette question qui devrait hanter chaque citoyen, chaque penseur, chaque artiste : pourquoi ? Pourquoi, dans un monde où les démocraties libérales se transforment peu à peu en régimes autoritaires déguisés, où les libertés individuelles sont sacrifiées sur l’autel de la « sécurité », où les inégalités atteignent des sommets vertigineux, pourquoi un homme comme Guedj croit-il encore que la solution réside dans une candidature présidentielle ? La réponse, hélas, est simple : parce qu’il est lui-même prisonnier de l’illusion. Parce qu’il a intériorisé le mythe selon lequel le changement viendra d’en haut, des urnes, des palais, des institutions. Parce qu’il refuse de voir que le pouvoir, le vrai, celui qui broie les vies et façonne les destins, ne se trouve plus dans ces lieux. Il est ailleurs, dans les conseils d’administration des multinationales, dans les salles de trading où se jouent les vies de millions de personnes, dans les algorithmes qui décident qui aura droit à un prêt, à un logement, à une vie décente. La politique, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, n’est plus qu’un leurre, une distraction pour occuper les masses pendant que les véritables maîtres du monde poursuivent leur œuvre de destruction méthodique.

Et pourtant, malgré tout cela, malgré l’évidence de cette impuissance programmée, des hommes comme Guedj continuent de se lever, de parler, de promettre. Pourquoi ? Parce que l’humanité a besoin de mythes, même quand ils sont morts. Parce que nous sommes des êtres de croyance, et que sans ces illusions, sans ces récits qui nous donnent l’impression d’agir, de compter, nous sombrerions dans le désespoir. La démocratie, telle qu’elle est vécue aujourd’hui, n’est plus qu’un mythe parmi d’autres, un conte pour enfants qui nous berce en nous faisant croire que nos voix comptent. Mais la réalité est tout autre. La réalité, c’est que les élections ne sont plus qu’un rituel, une cérémonie où l’on sacrifie notre temps, notre énergie, notre foi, sur l’autel d’un système qui nous méprise. Les candidats, qu’ils s’appellent Guedj, Macron, Le Pen ou Mélenchon, ne sont que les prêtres de cette religion décadente, des hommes et des femmes qui récitent des prières vides en espérant que nous y croirons encore un peu.

Mais il y a pire. Il y a cette idée, insidieuse, que la politique est une affaire de professionnels, de spécialistes, de gens « compétents ». Comme si la gestion d’un pays pouvait être réduite à une équation mathématique, à un tableau Excel, à une série de décisions prises par des technocrates en costume-cravate. Comme si l’humain, avec ses peurs, ses espoirs, ses rêves, pouvait être réduit à une donnée, à un chiffre, à un point sur une courbe. Guedj, comme tant d’autres, incarne cette dérive. Il est le produit d’une époque où la politique a été vidée de sa dimension humaine, où elle n’est plus qu’une affaire de gestion, de « gouvernance », de « réformes structurelles ». Une époque où l’on ne parle plus de justice, de solidarité, de fraternité, mais de « compétitivité », de « flexibilité », de « croissance ». Une époque où les mots ont perdu leur sens, où les idéaux ont été remplacés par des indicateurs économiques, où l’on mesure la réussite d’un pays non pas au bonheur de ses citoyens, mais à son PIB.

Et c’est là que réside la véritable tragédie. Car derrière cette candidature, derrière ce geste qui se veut héroïque, se cache une soumission. Une soumission à l’ordre établi, à cette logique néolibérale qui a transformé les États en entreprises, les citoyens en clients, et la démocratie en un vaste supermarché où l’on vote comme on choisit un produit. Guedj, en se présentant, en acceptant les règles du jeu, participe à cette mascarade. Il donne une légitimité à un système qui n’en a plus. Il nous dit, en substance : « Croyez encore. Croyez que les choses peuvent changer de l’intérieur. Croyez que vos voix comptent. » Mais c’est un mensonge. Un mensonge nécessaire, peut-être, pour éviter l’effondrement total, pour maintenir l’illusion d’un monde où les choses ont encore un sens. Mais un mensonge tout de même.

Alors, que faire ? Faut-il renoncer ? Faut-il se résigner à cette impuissance, à cette soumission ? Non, bien sûr. Mais il faut d’abord comprendre que le changement ne viendra pas des urnes. Il ne viendra pas de ces hommes et de ces femmes qui, comme Guedj, croient encore que la politique est une affaire de pouvoir, de postes, de titres. Le changement viendra d’ailleurs. Il viendra de ceux qui refusent de jouer le jeu, de ceux qui résistent, qui créent, qui inventent de nouvelles formes de vie, de nouvelles manières d’être ensemble. Il viendra des artistes, des penseurs, des anonymes, de tous ceux qui, dans l’ombre, travaillent à construire un monde où la politique ne sera plus une affaire de professionnels, mais une affaire de tous. Un monde où la démocratie ne sera plus un simulacre, mais une réalité vivante, où chacun aura sa place, sa voix, son pouvoir.

Car c’est cela, la véritable résistance. Non pas voter pour un candidat de plus, mais refuser de participer à cette mascarade. Non pas espérer un sauveur, mais se sauver soi-même. Non pas attendre que les choses changent, mais les changer, ici et maintenant, dans nos vies, dans nos quartiers, dans nos villes. La politique, la vraie, ne se joue pas dans les palais. Elle se joue dans la rue, dans les usines, dans les écoles, dans les hôpitaux. Elle se joue dans ces lieux où les gens se rassemblent, discutent, agissent. Elle se joue dans ces moments où l’on refuse de se soumettre, où l’on dit non, où l’on invente autre chose.

Guedj, en se présentant, nous rappelle une vérité terrible : nous sommes seuls. Seuls face à ce système qui nous écrase, qui nous méprise, qui nous vole notre humanité. Mais cette solitude est aussi une force. Car elle nous oblige à nous prendre en main, à nous organiser, à créer nos propres espaces de liberté, nos propres formes de résistance. Elle nous oblige à devenir des sujets, et non plus des objets, des acteurs, et non plus des spectateurs. Elle nous oblige à inventer une nouvelle politique, une politique qui ne sera plus une affaire de pouvoir, mais une affaire de vie.

Alors, oui, Guedj est candidat. Et alors ? Qu’est-ce que cela change ? Rien. Ou si peu. Car le vrai combat, le seul qui vaille, se joue ailleurs. Il se joue dans ces moments où l’on refuse de se laisser abrutir par les écrans, par les discours, par les illusions. Il se joue dans ces instants où l’on se lève et où l’on dit : « Assez. » Assez de cette comédie. Assez de ces mensonges. Assez de cette soumission. Le vrai pouvoir, celui qui peut tout changer, est entre nos mains. Il suffit de le prendre.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans une forêt dense, une de ces forêts où les arbres sont si hauts qu’ils cachent le ciel, où les branches s’entrelacent comme les doigts d’une main géante, étouffant toute lumière. Cet homme, c’est nous. La forêt, c’est le monde tel qu’il est devenu : un labyrinthe de mensonges, de fausses pistes, de pièges tendus par ceux qui veulent nous garder prisonniers. Guedj, et tous ceux qui, comme lui, croient encore que le salut viendra d’en haut, sont comme ces guides qui promettent de nous sortir de la forêt, mais qui, en réalité, ne font que nous y enfoncer davantage. Ils nous disent : « Suivez-moi, je connais le chemin. » Mais ils ne connaissent rien. Ils ne voient même pas que la forêt n’est pas une forêt, mais une prison. Une prison dont les murs sont faits de dettes, de peurs, de désirs artificiels, une prison dont les gardiens sont invisibles, mais omniprésents. Alors, que faire ? Attendre un sauveur ? Non. Le seul moyen de sortir de cette forêt, c’est de cesser de marcher. De s’arrêter. De regarder autour de soi. De voir que les arbres ne sont pas des obstacles, mais des alliés. Que la forêt n’est pas une prison, mais un lieu de vie, un lieu où tout est possible, à condition de savoir écouter, de savoir voir. Le vrai chemin ne se trouve pas en haut, dans les cimes inaccessibles, mais en bas, dans la terre, dans les racines, dans ces forces invisibles qui lient les êtres entre eux. Le vrai pouvoir n’est pas dans les palais, mais dans ces moments où l’on se rassemble, où l’on partage, où l’on crée. La forêt n’est pas une prison. Elle est un jardin. Et c’est à nous de le cultiver.



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