ACTUALITÉ SOURCE : Impacts du changement climatique : Atmosphère, Températures et Précipitations – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les ministères ! Ces temples modernes où l’on vénère l’inaction en costume trois-pièces, où l’on célèbre la procrastination bureaucratique avec des rapports aussi épais que les couches de CO₂ qui étouffent notre pauvre planète. « Atmosphère, Températures et Précipitations », quel joli titre pour un enterrement de première classe ! On croirait lire le faire-part de décès de la raison humaine, rédigé par des experts en novlangue climatique, ces nouveaux prêtres d’un culte qui sacrifie l’avenir sur l’autel du présent perpétuel.
Regardez-les, ces technocrates en mal de légitimité, jouer aux apprentis sorciers avec des graphiques et des projections qui sentent déjà le moisi. Leur langage est un chef-d’œuvre d’euphémisme : « impacts », « transition », « aménagement » – des mots qui glissent sur la réalité comme de l’huile sur une poêle brûlante. Ils parlent de « changement climatique » comme on évoquerait une légère perturbation météorologique, alors que c’est l’ensemble du système-Terre qui se rebelle contre l’hubris humain, comme un organisme malade qui rejette enfin son parasite. Et nous, pauvres hères, nous sommes condamnés à regarder ce spectacle pathétique où les mêmes qui ont orchestré le saccage se posent en sauveurs, avec des budgets de communication plus fournis que leurs budgets d’action.
Mais plongeons plus profond, voulez-vous ? Car ce qui se joue ici n’est pas une simple crise environnementale – c’est l’aboutissement logique d’une civilisation qui a fait de la domination sa religion, de la croissance son dogme, et de l’aveuglement volontaire son éthique. Depuis que l’homme a quitté son statut de créature parmi les créatures pour se proclamer maître et possesseur de la nature, comme le disait ce bon Descartes (ce philosophe qui, soit dit en passant, a plus fait pour notre perte que tous les négationnistes climatiques réunis), nous courons vers ce précipice avec la détermination des lemmings, mais avec infiniment plus d’arrogance.
L’atmosphère qui se réchauffe, les températures qui s’emballent, les précipitations qui deviennent capricieuses comme des divas sous cocaïne – tout cela n’est que la manifestation physique d’une maladie spirituelle bien plus profonde. Nous avons perdu le sens du sacré, cette intuition fondamentale que nous ne sommes pas les propriétaires de ce monde, mais ses simples locataires. Et comme tous les mauvais locataires, nous avons laissé la maison dans un état pitoyable, avec des trous dans le toit (la couche d’ozone), des murs fissurés (les écosystèmes effondrés), et une odeur de moisi persistante (les gaz à effet de serre).
Les ministères qui produisent ces rapports savent très bien que leurs recommandations ne seront jamais appliquées à la hauteur des enjeux. Ils savent que derrière les belles paroles se cachent les intérêts des lobbies, les calculs électoraux, et cette peur panique de froisser les puissants. Car le vrai problème, voyez-vous, n’est pas climatique – c’est politique. Nous vivons dans un système qui a institutionnalisé l’irresponsabilité, où les décideurs sont structurellement incapables de penser au-delà du prochain trimestre boursier ou de la prochaine élection. Le capitalisme tardif, ce monstre froid et vorace, a transformé la planète en un gigantesque supermarché où tout est à vendre, y compris l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons.
Et que dire de cette « transition écologique » dont on nous rebat les oreilles ? Un concept aussi vide que les promesses des publicitaires. Transition vers quoi, exactement ? Vers un monde où les mêmes multinationales qui ont empoisonné la Terre continueront à prospérer, mais avec des panneaux solaires sur leurs usines et des arbres en plastique dans leurs bureaux ? Vers une société où l’on nous vendra des voitures « propres » fabriquées par des enfants dans des pays lointains, où l’on nous fera payer des crédits carbone comme on vendait des indulgences au Moyen Âge ? La transition écologique, c’est le nouveau visage du greenwashing, cette pratique obscène qui consiste à repeindre en vert les mêmes logiques de prédation.
Les chiffres, ces idoles modernes, défilent dans les rapports comme des fantômes dans un cauchemar éveillé. +1,5°C, +2°C, +3°C… Des nombres qui ne veulent plus rien dire, tant ils sont abstraits, tant ils sont déconnectés de la réalité concrète des souffrances qu’ils annoncent. Car derrière ces degrés supplémentaires se cachent des millions de vies brisées, des écosystèmes anéantis, des espèces rayées de la surface de la Terre comme on efface une erreur sur un tableau noir. Mais qui s’en soucie vraiment ? Les marchés financiers, eux, continuent de danser leur valse macabre, indifférents à la musique funèbre que joue la biosphère.
Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les complices consentants de notre propre destruction, les acteurs d’une tragédie grecque où le chœur chante en boucle « Circulez, il n’y a rien à voir ! ». Nous avons accepté l’inacceptable : que notre nourriture soit empoisonnée, que notre air soit vicié, que notre eau soit polluée, que nos enfants héritent d’un monde plus hostile que celui que nous avons reçu. Nous avons troqué notre liberté contre des écrans, notre pensée critique contre des slogans, notre humanité contre des likes. Nous sommes devenus les zombies d’un système qui nous dévore de l’intérieur, tout en nous faisant croire que nous sommes les rois du monde.
Mais il y a pire encore : cette résignation douce, ce fatalisme mou qui nous fait accepter l’effondrement comme on accepte la pluie un jour de pique-nique. « On n’y peut rien », murmure-t-on en haussant les épaules, comme si l’histoire était écrite d’avance, comme si nous n’étions que les spectateurs impuissants d’un film dont nous serions pourtant les scénaristes. Cette passivité est le vrai crime de notre époque. Car l’histoire, voyez-vous, n’est pas une fatalité – elle est une création permanente, un champ de possibles où chaque geste, chaque parole, chaque silence compte.
Les ministères qui pondent ces rapports savent très bien que leurs recommandations ne seront jamais à la hauteur. Ils savent que derrière les beaux discours se cachent les mêmes logiques de pouvoir, les mêmes jeux d’intérêts, les mêmes lâchetés. Ils savent que la machine climatique est lancée, et que les freins sont rouillés. Mais ils continuent, par habitude, par devoir, par peur du vide. Comme ces médecins qui, face à un patient en phase terminale, continuent de prescrire des placebos par peur d’avouer leur impuissance.
Alors que faire, me direz-vous ? Comment résister à cette marée montante de désespoir et d’irresponsabilité ? La réponse, voyez-vous, est à la fois simple et terriblement complexe : il faut penser autrement. Il faut briser le miroir des illusions dans lequel nous contemplons notre propre impuissance. Il faut refuser le langage des dominants, ces mots creux qui servent à anesthésier les consciences. Il faut retrouver le sens du sacré, cette intuition profonde que nous faisons partie d’un tout, et que la destruction de ce tout est aussi notre propre destruction.
Car le changement climatique n’est pas une crise environnementale – c’est une crise de civilisation. C’est l’aboutissement logique d’un système qui a fait de la domination son principe, de la croissance son dieu, et de l’individu atomisé son idéal. Pour y faire face, il ne suffira pas de planter des arbres ou de recycler nos déchets. Il faudra repenser de fond en comble notre rapport au monde, notre rapport aux autres, notre rapport à nous-mêmes. Il faudra accepter de renoncer à certaines de nos illusions : l’illusion du progrès infini, l’illusion de la toute-puissance humaine, l’illusion que nous pouvons continuer ainsi sans en payer le prix.
Les Grecs anciens avaient un mot pour cela : hubris. Cette démesure qui pousse les hommes à défier les dieux, et qui se termine toujours par une chute. Nous sommes en train de vivre notre tragédie grecque à l’échelle planétaire. Les ministères, avec leurs rapports et leurs projections, ne sont que le chœur qui commente notre déchéance. Mais contrairement aux héros grecs, nous avons encore le choix. Nous pouvons choisir de continuer notre course folle vers l’abîme, ou nous pouvons choisir de nous arrêter, de regarder autour de nous, et de nous demander : « Est-ce vraiment cela, que nous voulons ? »
La réponse, je crois, est évidente. Mais il faudra du courage pour l’assumer. Du courage, et une foi inébranlable en l’humanité – non pas l’humanité triomphante des technocrates et des marchands, mais cette humanité fragile et précieuse qui, malgré tout, continue de rêver, d’aimer, et de résister.
Analogie finale : Imaginez un instant que la Terre soit un immense corps vivant, un organisme complexe et fragile comme le nôtre. Imaginez que nous, les humains, soyons une sorte de cancer, une prolifération anarchique de cellules qui, dans leur folie de croissance, finissent par étouffer les autres organes, par empoisonner le sang, par déséquilibrer l’ensemble du système. Les rapports des ministères, dans cette analogie, seraient comme les analyses d’un médecin qui, face à un patient en phase terminale, continuerait de prescrire des vitamines et des exercices de respiration, tout en sachant pertinemment que la maladie est trop avancée pour être guérie par des demi-mesures. Le réchauffement climatique, les températures qui s’emballent, les précipitations erratiques – tout cela ne serait que les symptômes d’une fièvre planétaire, les signes avant-coureurs d’une agonie qui pourrait bien être la nôtre. Mais voici le paradoxe : contrairement à un cancer, nous avons conscience de notre propre destructivité. Nous savons ce que nous faisons. Nous savons où nous allons. Et pourtant, nous continuons. Comme si quelque chose en nous, quelque chose de profondément malade, nous poussait à détruire ce qui nous fait vivre. Peut-être est-ce cela, la véritable tragédie de notre époque : non pas que nous soyons condamnés, mais que nous ayons choisi de l’être.