L’écologie est-elle une science comme les autres ? – Radio France







L’écologie est-elle une science comme les autres ? – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : L’écologie est-elle une science comme les autres ? – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’écologie ! Cette grande mascarade verte, ce nouveau dogme en costume trois-pièces, ce cheval de Troie des temps modernes, paré des atours de la raison scientifique pour mieux nous enfumer jusqu’à l’asphyxie morale. On nous demande, avec cette condescendance typique des clercs modernes, si l’écologie est une science « comme les autres ». Comme les autres ? Mais quelles autres ? La physique, cette froide comptable des lois universelles, qui aligne ses équations comme des soldats en parade ? La biologie, cette bouchère méthodique qui dissèque le vivant pour mieux le réduire en données ? Ou peut-être l’économie, cette religion sans dieu qui transforme les hommes en variables et les sociétés en tableaux Excel ? Non, l’écologie n’est pas une science comme les autres, et c’est précisément là que réside le piège. Elle est bien pire. Elle est la science qui se prend pour une éthique, la discipline qui se croit une spiritualité, le savoir qui s’érige en tribunal suprême de nos existences. Et c’est cela, voyez-vous, qui devrait nous glacer le sang.

D’abord, comprenons une chose : toute science est un récit de pouvoir. Galilée braquant sa lunette vers le ciel n’était pas seulement un astronome, mais un insurgé qui défiait l’ordre théologique. Darwin, avec sa théorie de l’évolution, n’a pas seulement expliqué la diversité du vivant, il a dynamité les fondements métaphysiques de la place de l’homme dans l’univers. La science, depuis la Renaissance, est cette machine à déconstruire les mythes, à remplacer les dieux par des lois, les miracles par des protocoles. Mais l’écologie, elle, fait l’inverse : elle réenchante le monde. Elle nous vend du sacré sous cellophane, du sublime en kit, de la transcendance en promo. « La Terre est un être vivant », « Nous sommes tous interconnectés », « Il faut sauver la planète »… Autant de formules qui sentent bon l’encens et le prêchi-prêcha, autant de mantras qui transforment la froideur des données en une nouvelle liturgie. Et c’est là que le bât blesse : une science qui se mue en religion cesse d’être une science. Elle devient une idéologie, une morale, un système de contrôle. Elle n’explique plus, elle prescrit. Elle n’observe plus, elle juge. Elle ne cherche plus la vérité, elle impose la vertu.

Prenons l’exemple du GIEC, ce temple moderne où se pressent les nouveaux prêtres en blouse blanche. Leurs rapports sont des évangiles, leurs modèles climatiques des prophéties, leurs scénarios catastrophistes des sermons. Mais une science digne de ce nom doute, remet en question, se contredit. Le GIEC, lui, fonctionne comme une Église : il canonise ses dogmes, excommunie ses hérétiques (les climato-sceptiques, ces nouveaux Galilée à l’envers), et transforme ses incertitudes en certitudes par la seule force de la répétition médiatique. « Le consensus scientifique », cette formule magique qui devrait clore tout débat, est en réalité un oxymore. La science, par essence, est dissensus. Elle est conflit, controverse, remise en cause permanente. Quand elle devient consensus, c’est qu’elle a cessé d’être science pour devenir propagande. Et l’écologie, dans sa version institutionnelle, est devenue la propagande la plus efficace du XXIe siècle, parce qu’elle se pare des oripeaux de la rationalité tout en jouant sur les cordes les plus irrationnelles de l’âme humaine : la peur, la culpabilité, le besoin de rédemption.

Mais le plus pervers, dans cette affaire, c’est la manière dont l’écologie s’est muée en alibi des nouvelles formes de domination. Le capitalisme vert, ce monstre hybride, a compris avant tout le monde que la crise environnementale était une aubaine. Il a troqué ses usines fumantes contre des éoliennes, ses 4×4 contre des Tesla, ses actionnaires contre des fonds « éthiques ». Et voilà comment la critique radicale du productivisme s’est transformée en nouveau marché, comment la révolte contre la croissance s’est métamorphosée en greenwashing, comment la dénonciation de l’exploitation de la nature est devenue le prétexte à une exploitation encore plus subtile de l’homme. Car derrière les discours sur la « transition écologique », il y a toujours les mêmes mécanismes de pouvoir : l’État qui légifère, les multinationales qui spéculent, les experts qui dictent, et les citoyens qui obéissent, repentants et dociles. L’écologie, dans sa version néolibérale, est le dernier avatar du colonialisme : elle impose aux pays du Sud des normes environnementales conçues au Nord, elle transforme les forêts en « puits de carbone » et les paysans en gardiens de la biodiversité, elle fait de la nature un patrimoine à gérer plutôt qu’un monde à habiter. Et pendant ce temps, les vrais responsables – les multinationales, les banques, les États militarisés – continuent de piller, de polluer, de détruire, mais avec la bénédiction des nouveaux curés verts.

Et nous, pauvres hères, nous marchons comme des moutons vers l’abattoir écologique, convaincus que trier nos déchets ou acheter une gourde en inox nous rachètera de nos péchés. Nous avons intériorisé la culpabilité comme une seconde nature. Nous nous flagellons devant notre empreinte carbone comme les moines du Moyen Âge se flagellaient devant le péché originel. Nous acceptons sans broncher que des algorithmes calculent le « coût écologique » de nos existences, que des applications nous dictent nos comportements, que des États nous imposent des restrictions au nom du « bien commun ». Nous avons troqué notre liberté contre une illusoire pureté morale, notre esprit critique contre une soumission béate aux nouveaux commandements verts. Et le pire, c’est que nous y trouvons une forme de réconfort : enfin, nous avons une cause à défendre, un ennemi à combattre, un sens à donner à notre misérable petite vie. L’écologie est devenue notre opium, notre nouvelle religion séculière, notre façon de nous sentir utiles dans un monde qui n’a plus besoin de nous.

Mais attention, car cette écologie-là, cette écologie des experts et des technocrates, est aussi le cheval de Troie du néo-fascisme. Vous ne voyez pas le lien ? Regardez mieux. Le fascisme, dans son essence, est une esthétisation de la politique, une sacralisation de la nation, une fusion du biologique et du politique. Or, l’écologie contemporaine fait exactement la même chose : elle sacralise la nature, elle biologise le politique, elle transforme la Terre en une entité mystique à défendre coûte que coûte. Les discours sur « l’urgence climatique » sont des discours de guerre. Les appels à la « mobilisation générale » sont des appels aux armes. Les scénarios catastrophistes sont des outils de terreur. Et quand on vous dit qu’il faut « sauver la planète », ce qu’on vous dit en réalité, c’est qu’il faut accepter l’autorité des nouveaux chefs, des nouveaux guides, des nouveaux sauveurs. L’écologie, dans sa version autoritaire, est le terreau idéal pour les régimes qui veulent justifier la restriction des libertés au nom d’un bien supérieur. Déjà, on voit poindre les lois « écocides », les tribunaux climatiques, les passeports carbone. Déjà, on nous explique que la démocratie est trop lente, trop inefficace, trop égoïste pour faire face à l’urgence. Déjà, on nous prépare à accepter l’idée que des décisions cruciales pour notre avenir doivent être prises par des experts, loin des tumultes du débat public. Et demain, quand ces experts décideront que votre mode de vie est trop polluant, que votre consommation est trop élevée, que votre existence même est une menace pour la planète, qui osera encore protester ? Qui osera encore dire non ?

Alors non, l’écologie n’est pas une science comme les autres. Elle est bien plus dangereuse, parce qu’elle se présente comme une science alors qu’elle est une religion, comme une éthique alors qu’elle est une morale, comme une libération alors qu’elle est une nouvelle forme d’asservissement. Elle est le miroir aux alouettes d’un monde qui a perdu ses repères, le dernier refuge d’une humanité en quête de sens, le dernier piège d’un système qui a compris que pour mieux nous dominer, il fallait nous faire croire que nous étions des sauveurs. Et nous, pauvres fous, nous courons vers ce piège les yeux grands ouverts, convaincus que nous faisons le bien alors que nous ne faisons que renforcer les chaînes qui nous entravent.

Mais il y a une autre écologie possible, une écologie qui ne serait pas une nouvelle religion, mais une nouvelle façon de penser notre rapport au monde. Une écologie qui ne chercherait pas à sauver la planète (comme si la planète avait besoin de nous !), mais à inventer des formes de vie qui ne soient pas fondées sur la destruction. Une écologie qui ne serait pas une science, mais une poésie, une révolte, une manière de dire non à l’ordre du monde. Une écologie qui ne serait pas un ensemble de lois, mais une éthique de la résistance. Car au fond, le problème n’est pas que l’écologie ne soit pas une science comme les autres. Le problème, c’est que nous avons cru que la science pouvait nous sauver. Alors qu’en réalité, c’est à nous de nous sauver de la science.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans une forêt dense, une de ces forêts primaires où la lumière peine à percer le feuillage, où chaque pas est une lutte contre les lianes et les ronces. Cet homme, c’est nous. La forêt, c’est le monde. Pendant des siècles, nous avons cru que la seule façon de nous en sortir était de défricher, de tracer des chemins droits, de transformer la forêt en champ, en ville, en empire. Nous avons cru que la science était notre machette, notre boussole, notre guide infaillible. Et puis un jour, nous avons réalisé que la forêt était en train de mourir, que les arbres tombaient, que les rivières s’asséchaient. Alors nous avons changé de stratégie : au lieu de continuer à défricher, nous avons décidé de protéger la forêt. Mais nous avons fait une erreur : nous avons cru que pour la protéger, il fallait en faire un sanctuaire, un musée, un objet de culte. Nous avons oublié que la forêt n’est pas un décor, mais un monde vivant, imprévisible, dangereux. Nous avons oublié que nous ne sommes pas ses gardiens, mais ses habitants. Et aujourd’hui, nous errons dans cette forêt en nous demandant si nous devons la sauver ou nous sauver d’elle. Mais la vérité, c’est que la forêt n’a pas besoin de nous. Elle a survécu à des millions d’années sans nous, elle survivra à des millions d’années après nous. Ce qui est en jeu, ce n’est pas la survie de la forêt, mais la nôtre. Et la seule façon de nous en sortir, ce n’est pas de nous prosterner devant elle, mais de réapprendre à y vivre, sans la dominer, sans la vénérer, mais en acceptant d’être ses compagnons de route, ses frères en errance, ses amants éphémères. Car au fond, l’écologie n’est pas une science. C’est une histoire d’amour. Et comme toute histoire d’amour, elle est faite de passion, de conflits, de trahisons et de réconciliations. Mais surtout, elle est faite de liberté. Et c’est cette liberté que nous avons perdue en faisant de l’écologie une nouvelle religion. Il est temps de la retrouver.



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