ACTUALITÉ SOURCE : Budget 2026 : que devient l’écologie ? – Reporterre, le média de l’écologie
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le budget 2026 ! Ce chiffre maudit, ce sceau de cire sur le parchemin d’une civilisation qui se noie dans son propre vomi industriel. Reporterre, ce média qui se veut le dernier rempart avant l’abîme, nous interroge avec une candeur presque touchante : que devient l’écologie dans ce grand cirque budgétaire ? Comme si l’écologie avait jamais été autre chose qu’un hochet agité par des technocrates en mal de légitimité, une carotte molle pendue devant le nez d’un âne déjà trop épuisé pour avancer. Mais allons-y, dévidons cette pelote de mensonges institutionnels, de lâchetés politiques et de résignations collectives, car c’est là, dans les chiffres et les pourcentages, que se niche la vérité la plus crue : l’écologie n’est plus qu’un cadavre maquillé, une dépouille que l’on promène en procession pour apaiser les dieux de la culpabilité occidentale.
Commençons par le commencement, par cette grande farce historique où l’homme, ce singe savant, a cru pouvoir domestiquer la nature comme on dompte un fauve – avec des chaînes dorées et des promesses de viande fraîche. Depuis la révolution industrielle, cette grande orgie de charbon et de sueur, l’humanité a érigé le productivisme en religion, et le PIB en dieu unique. Les prêtres de ce culte, économistes et politiques, nous ont seriné que la croissance était la seule voie vers le salut, que consommer plus, produire plus, polluer plus, c’était le prix à payer pour le paradis terrestre. Et voilà qu’aujourd’hui, alors que les forêts brûlent, que les océans étouffent sous le plastique et que les espèces disparaissent à un rythme inédit depuis l’extinction des dinosaures, ces mêmes prêtres nous sortent leur grand livre des comptes : le budget 2026. Comme si l’on pouvait mettre un prix sur l’apocalypse, comme si l’on pouvait négocier avec la fin du monde en alignant des colonnes de chiffres.
Mais que trouve-t-on dans ce budget ? Des miettes, des clopinettes, des aumônes jetées aux écologistes comme on jette des os à des chiens affamés. On parle de « transition écologique », de « verdissement de l’économie », de « neutralité carbone », mais ces mots ne sont que des leurres, des leurres sémantiques pour masquer l’impuissance, voire la complicité, des gouvernements face au capitalisme prédateur. Car l’écologie, la vraie, celle qui remettrait en cause les fondements mêmes de notre système économique, est une menace pour l’ordre établi. Elle exige une décroissance, une sobriété, un renoncement aux illusions du progrès infini. Et ça, mes chers amis, c’est intolérable pour les maîtres du monde. Alors on nous sert une écologie light, une écologie compatible avec la croissance, une écologie qui ne dérange personne, surtout pas les actionnaires de TotalEnergies ou de Bayer-Monsanto. Comme le disait si bien Günther Anders, ce philosophe oublié qui avait vu plus loin que les autres : « Nous sommes des apprentis sorciers, mais nous refusons d’être des apprentis. » Nous jouons avec les forces de la destruction, mais nous refusons d’en assumer les conséquences.
Et que dire de cette mascarade démocratique où l’on nous fait croire que nos voix comptent ? Les budgets, les lois, les traités internationaux ne sont que des leurres pour endormir les masses. Derrière les discours lénifiants des ministres et des experts, il y a les lobbies, les banques, les multinationales qui tirent les ficelles. L’écologie est devenue un marché, un nouveau créneau pour les start-ups vertes et les fonds d’investissement « responsables ». On nous vend des voitures électriques comme on nous vendait des 4×4 il y a vingt ans, avec la même rhétorique du progrès et de la liberté. Mais une voiture électrique reste une voiture, et une voiture, même propre, reste un symbole de cette société individualiste et consumériste qui nous mène droit dans le mur. Comme l’écrivait Ivan Illich, ce prophète maudit de notre époque : « La vitesse est le moyen par lequel l’homme moderne fuit le monde et se fuit lui-même. » Nous fuyons l’urgence écologique en accélérant toujours plus, en consommant toujours plus, en produisant toujours plus de déchets, de CO2, de désespoir.
Et puis il y a cette lâcheté collective, cette incapacité à regarder la vérité en face. Nous savons, au fond de nous, que notre mode de vie est insoutenable, que nos enfants hériteront d’une planète exsangue, d’un monde où l’air sera irrespirable, où l’eau sera rare, où les guerres se multiplieront pour le contrôle des dernières ressources. Mais nous préférons nous voiler la face, nous réfugier dans le déni, dans le divertissement, dans cette grande foire aux vanités qu’est devenue notre société. Les réseaux sociaux, les séries télévisées, les jeux vidéo, tout cela n’est que de la poudre aux yeux, un opium pour le peuple moderne. Comme le disait Adorno, dans une formule d’une cruauté implacable : « La culture de masse est la barbarie devenue système. » Nous sommes des barbares civilisés, des sauvages en costume-cravate, et notre budget 2026 en est la preuve éclatante.
Mais revenons à ce budget, à ces chiffres qui dansent devant nos yeux comme des serpents hypnotiques. On nous parle de milliards d’euros pour la « transition écologique », mais ces milliards sont déjà engloutis avant même d’être dépensés. Ils iront aux grandes entreprises, aux mêmes qui ont pillé la planète pendant des décennies, aux mêmes qui financent les campagnes électorales et les think tanks libéraux. L’écologie, dans ce contexte, n’est qu’un alibi, une caution morale pour un système qui n’a que faire de la morale. Comme le disait si bien Hannah Arendt, dans une phrase qui résonne comme un glas : « Le plus grand mal n’est pas commis par ceux qui veulent faire le mal, mais par ceux qui regardent et laissent faire. » Nous regardons, et nous laissons faire. Nous votons, et nous laissons faire. Nous manifestons, et nous laissons faire. Car au fond, nous sommes complices. Complices de cette machine infernale qui broie les hommes et la nature au nom du profit.
Et que dire de cette résistance molle, de cette opposition tiède qui se contente de pétitions en ligne et de marches symboliques ? Les écologistes, les vrais, ceux qui refusent de se compromettre avec le système, sont marginalisés, diabolisés, traités de rêveurs ou d’utopistes. On leur oppose les « réalistes », ceux qui savent que « l’économie prime », que « la croissance est indispensable », que « l’écologie coûte cher ». Mais ces réalistes sont des aveugles, des aveugles volontaires qui refusent de voir que le coût de l’inaction sera bien plus élevé que celui de l’action. Comme le disait le poète René Char, dans une formule d’une lucidité terrifiante : « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » Nous sommes les héritiers d’un monde en ruine, et nous n’avons même pas la décence de nous battre pour le sauver.
Alors, que devient l’écologie dans le budget 2026 ? Elle devient ce qu’elle a toujours été : un leurre, une illusion, une promesse non tenue. Elle devient le cache-sexe d’un système qui a fait de la destruction son fonds de commerce. Elle devient le dernier mensonge d’une civilisation qui préfère mourir que de remettre en cause ses dogmes. Mais attention, car les mensonges finissent toujours par être démasqués. Les illusions finissent toujours par se dissiper. Et quand la vérité éclatera, quand les peuples comprendront enfin qu’on les a bernés, qu’on les a sacrifiés sur l’autel du profit, alors il sera peut-être trop tard. Comme le disait Walter Benjamin, dans une image d’une puissance inoubliable : « Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais une tempête souffle du paradis ; elle s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir, auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête, c’est ce que nous appelons le progrès. »
Le budget 2026, c’est cette tempête. L’écologie sacrifiée, c’est ce monceau de ruines. Et nous, pauvres fous, nous continuons à danser sur ce tas de décombres, en espérant que la musique ne s’arrêtera jamais.
Analogie finale : Imaginez un homme, debout sur une plage, les pieds dans l’eau. La marée monte, lentement mais inexorablement. Il le sait, il voit les vagues lécher ses chevilles, puis ses mollets, puis ses genoux. Mais il ne bouge pas. Il reste là, immobile, comme hypnotisé par le spectacle de sa propre fin. Autour de lui, d’autres hommes et femmes font de même. Certains rient, d’autres pleurent, d’autres encore prient. Mais aucun ne recule. Aucun ne fuit. Car fuir, ce serait admettre que la mer va les engloutir, que leur monde est en train de disparaître. Alors ils restent, jusqu’à ce que l’eau leur arrive à la taille, puis à la poitrine, puis au cou. Et même alors, même quand ils sentent le froid de la mort les envelopper, ils ne bougent pas. Ils préfèrent se noyer que de renoncer à leur illusion. Le budget 2026, c’est cette plage. L’écologie sacrifiée, c’est cette marée. Et nous, nous sommes ces hommes et ces femmes, debout dans l’eau, attendant la fin.