ACTUALITÉ SOURCE : Qui est Monique Barbut, la nouvelle ministre de la Transition écologique ? – Radio France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Monique Barbut. Un nom qui sonne comme une mauvaise blague de comptable en pleine crise existentielle. Une technocrate en costume vert, parachutée dans le marigot politique pour nous vendre l’écologie comme on vend des crédits carbone à des industriels en mal de bonne conscience. Radio France nous offre son portrait, poli, lissé, aseptisé – comme si l’on pouvait réduire une carrière de servante zélée du système à une simple notice biographique. Mais derrière ces lignes courtoises se cache une vérité bien plus sordide : celle d’une bureaucrate qui a fait de la destruction méthodique de la planète un art de vivre, une danse macabre où chaque pas est calculé pour ne jamais froisser les puissants. Et nous voilà, pauvres hères, condamnés à observer cette mascarade en espérant, contre toute raison, qu’un jour, peut-être, quelqu’un osera enfin dire que le roi est nu. Mais non. Le roi porte un tailleur Chanel et sourit en signant des décrets qui enterrent les dernières forêts primaires sous des montagnes de paperasse.
Monique Barbut, c’est l’incarnation parfaite de ce que George Steiner appelait, dans ses moments les plus désespérés, « la trahison des clercs ». Pas une trahison spectaculaire, non – pas de coup d’éclat, pas de manifeste incendiaire, pas de rupture fracassante avec l’ordre établi. Non, une trahison insidieuse, molle, presque polie. Une trahison qui se love dans les couloirs feutrés des institutions internationales, qui murmure à l’oreille des décideurs que oui, bien sûr, l’écologie est importante, mais qu’il faut y aller « progressivement », « pragmatiquement », sans « radicalité ». Une trahison qui transforme les mots les plus subversifs – « transition », « durabilité », « résilience » – en slogans creux, en coquilles vides que l’on agite comme des fétiches pour calmer les foules. Car c’est bien là le génie du système : il ne nie pas les crises, il les absorbe, les digère, les régurgite sous forme de rapports, de conférences, de « feuilles de route ». Et Monique Barbut, avec son CV impeccable – Banque mondiale, Fonds pour l’environnement mondial, cabinets ministériels –, est l’une des grandes prêtresses de cette religion molle, où l’on prie un dieu sans visage pour qu’il nous épargne les conséquences de nos propres folies.
Mais parlons-en, de ce CV. Parlons de cette femme qui a passé sa vie à naviguer entre les institutions les plus cyniques du capitalisme tardif, ces temples où l’on vénère le PIB comme d’autres vénèrent la Vierge Marie. La Banque mondiale, ce monstre froid qui a financé plus de désastres écologiques que de « développements durables » ; le Fonds pour l’environnement mondial, cette machine à laver les consciences des pollueurs, où l’on transforme les crimes contre la biosphère en « externalités négatives » que l’on compense avec des crédits carbone – une invention diabolique, un tour de passe-passe comptable qui permet aux multinationales de continuer à empoisonner la Terre tout en se donnant des airs de philanthropes. Et maintenant, la voilà ministre de la Transition écologique, comme si l’on confiait à un pyromane la direction des pompiers. Mais c’est précisément cela, la perversité du système : il recycle ses propres fossoyeurs, il les habille de vert, leur donne des titres ronflants, et les envoie au front pour nous convaincre que tout va bien, que la catastrophe est « gérable », que nous n’avons qu’à « nous adapter ».
Car c’est bien là le cœur du problème : l’écologie, dans la bouche de Monique Barbut et de ses semblables, n’est plus une lutte, une révolte, une insurrection contre l’ordre mortifère qui nous gouverne. Non, c’est devenu un marché. Un nouveau créneau, une niche économique, un secteur porteur. On ne parle plus de sauver la planète, mais de « verdir l’économie », de « décarboner les industries », de « rendre la croissance soutenable ». Comme si l’on pouvait concilier l’inconciliable, comme si l’on pouvait faire tenir ensemble le productivisme déchaîné et la préservation des écosystèmes. Comme si l’on pouvait, d’un simple trait de plume, effacer des siècles d’exploitation sauvage, de prédation systématique, de destruction organisée. Mais non. La croissance, par définition, est un cancer. Elle ne connaît qu’une loi : toujours plus. Plus de ressources pillées, plus de déchets produits, plus de profits accumulés. Et ceux qui prétendent le contraire ne sont que des illusionnistes, des marchands de rêves, des complices objectifs de la catastrophe en cours.
Et c’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. Car Monique Barbut n’est pas une idiote. Elle sait très bien ce qu’elle fait. Elle sait que les mots qu’elle emploie, les politiques qu’elle défend, les compromis qu’elle négocie, ne changeront rien. Elle sait que la « transition écologique » qu’elle promeut est une chimère, un leurre, une façon de gagner du temps pour que le système puisse continuer à fonctionner sans entraves. Mais elle sait aussi que le peuple, lui, a besoin de croire. Besoin de se raccrocher à des symboles, à des figures, à des espoirs. Alors elle joue son rôle. Elle sourit, elle serre des mains, elle signe des accords qui ne seront jamais appliqués. Elle est l’incarnation parfaite de ce que Hannah Arendt appelait « la banalité du mal » – non pas un monstre, non pas un fanatique, mais une fonctionnaire zélée, une exécutante docile, une rouage parfaitement huilé dans la grande machine à broyer les rêves et les révoltes.
Mais attention : cette banalité n’est pas innocente. Elle est le fruit d’un long travail d’abrutissement, d’une entreprise méthodique de déshumanisation. Car pour en arriver là, pour accepter de servir un système qui détruit tout ce qui fait de nous des êtres vivants, il faut avoir renoncé à une partie de soi. Il faut avoir intériorisé l’idée que la fin justifie les moyens, que la realpolitik prime sur l’éthique, que le pouvoir est une fin en soi. Il faut avoir accepté de devenir un rouage, un exécutant, un technicien de la domination. Et c’est précisément cela, le piège néolibéral : il ne se contente pas de nous exploiter, il nous transforme en complices de notre propre exploitation. Il nous persuade que nous sommes libres alors que nous ne sommes que des consommateurs, des producteurs, des variables d’ajustement dans une équation économique qui nous dépasse. Et Monique Barbut, avec son parcours sans faute, est l’archétype de cette aliénation consentie, de cette soumission volontaire à l’ordre établi.
Mais il y a pire encore. Car derrière cette façade de technocrate bienveillante se cache une réalité bien plus sombre : celle d’un néo-fascisme écologique, d’une écologie autoritaire qui, sous couvert de sauver la planète, justifie toutes les régressions, toutes les violences, toutes les atteintes aux libertés. On l’a vu avec le covidisme, cette parenthèse cauchemardesque où l’on nous a vendu le confinement comme une « mesure écologique », où l’on nous a expliqué que la fin du monde justifiait la suspension de toutes les règles démocratiques. Et maintenant, avec la crise climatique, on nous prépare la même chose : des états d’urgence permanents, des gouvernements de technocrates, des restrictions de plus en plus draconiennes au nom de la « survie de l’humanité ». Monique Barbut, avec son profil de gestionnaire froide et efficace, est l’une des figures de proue de cette dérive. Elle incarne cette idée monstrueuse selon laquelle la fin justifie les moyens, selon laquelle il faut sacrifier les libertés pour sauver la planète. Comme si l’on pouvait sauver quoi que ce soit en devenant ce que l’on prétend combattre.
Car c’est là le paradoxe ultime : ceux qui prétendent nous sauver sont souvent ceux qui nous ont conduits au bord du gouffre. Les mêmes qui ont pillé les ressources, empoisonné les sols, réchauffé l’atmosphère, sont ceux qui, aujourd’hui, nous expliquent comment « transitionner » vers un monde plus « durable ». Les mêmes qui ont construit des centrales à charbon, des usines polluantes, des villes invivables, sont ceux qui, maintenant, nous vendent des éoliennes et des voitures électriques comme des solutions miracles. Et nous, pauvres naïfs, nous les écoutons. Nous les croyons. Nous leur donnons les rênes du pouvoir, comme si, par quelque miracle, ils allaient soudain se métamorphoser en sauveurs. Mais non. Ils ne changeront pas. Ils ne peuvent pas changer. Car leur pouvoir, leur richesse, leur légitimité, reposent précisément sur la destruction qu’ils prétendent combattre. Ils sont comme ces médecins qui empoisonnent leurs patients avant de leur vendre des antidotes. Des charlatans. Des criminels en costume-cravate.
Alors que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les espoirs ? Comment lutter contre cette entreprise systématique de déshumanisation ? La réponse est simple, et pourtant si difficile à mettre en œuvre : il faut refuser. Refuser les compromis, refuser les demi-mesures, refuser les faux-semblants. Il faut dire non à cette écologie molle, à cette transition tiède, à cette résilience aseptisée. Il faut reprendre les mots, les concepts, les idées, et leur redonner leur sens originel, subversif, révolutionnaire. Il faut cesser de croire que le système peut se réformer de l’intérieur, qu’il suffit de changer de ministre, de loi, de gouvernement, pour que tout aille mieux. Non. Le système est pourri jusqu’à la moelle. Il faut le détruire. Pas le réformer. Le détruire, et en construire un autre, radicalement différent, fondé sur d’autres valeurs, d’autres principes, d’autres rêves.
Et pour cela, il faut d’abord se libérer de l’illusion du pouvoir. Il faut comprendre que les Monique Barbut de ce monde ne sont que des marionnettes, des exécutants, des pantins dont les fils sont tirés par d’autres, plus puissants, plus invisibles, plus cyniques. Il faut cesser de croire que le changement viendra d’en haut, des institutions, des gouvernements. Non. Le changement viendra d’en bas, des marges, des luttes, des révoltes. Il viendra de ceux qui refusent de se soumettre, qui préfèrent la prison à la compromission, la misère à la soumission. Il viendra de ceux qui, comme le disait Camus, « préfèrent la justice sans la victoire à la victoire sans la justice ».
Alors oui, Monique Barbut est notre ministre de la Transition écologique. Et alors ? Qu’est-ce que cela change, au fond ? Rien. Car le vrai pouvoir n’est pas dans les ministères, les banques, les institutions. Le vrai pouvoir est dans la rue, dans les forêts, dans les luttes, dans les rêves. Il est dans ces milliers de mains qui refusent de se tendre pour mendier des miettes, qui préfèrent se serrer pour construire autre chose. Il est dans ces voix qui refusent de se taire, qui hurlent leur colère, leur désespoir, leur espérance. Il est dans ces cœurs qui refusent de se laisser corrompre, qui préfèrent la folie à la raison, la révolte à la résignation.
Alors continuons. Continuons à lutter, à rêver, à espérer. Continuons à refuser, à résister, à nous rebeller. Car c’est seulement ainsi que nous pourrons, un jour, peut-être, construire un monde où l’écologie ne sera plus une affaire de technocrates en costume vert, mais une évidence, une nécessité, une façon d’être au monde. Un monde où les Monique Barbut n’auront plus leur place, car elles n’auront plus rien à vendre, plus rien à justifier, plus rien à trahir.
Analogie finale : Monique Barbut est comme ces prêtres aztèques qui, au sommet des pyramides, arrachaient le cœur de leurs victimes en invoquant les dieux. Sauf que dans son cas, les dieux s’appellent PIB, croissance, compétitivité. Et la victime, c’est nous. C’est la Terre. C’est l’avenir. Elle brandit son couteau rituel, sourire aux lèvres, et nous explique que c’est pour notre bien, que c’est nécessaire, que c’est la seule voie possible. Mais nous savons, nous, que ce n’est qu’un sacrifice de plus sur l’autel du capitalisme. Un sacrifice inutile, absurde, monstrueux. Alors nous détournons les yeux, nous serrons les poings, et nous attendons. Nous attendons le jour où, enfin, quelqu’un osera dire non. Où quelqu’un prendra ce couteau des mains du prêtre et le plantera dans le cœur du système. Ce jour-là, peut-être, les dieux mourront. Et nous, enfin, nous serons libres.