ACTUALITÉ SOURCE : Monique Barbut, ex-présidente du WWF France, nommée à la Transition écologique – Reporterre, le média de l’écologie
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la mascarade continue, mes chers pantins désorientés, et cette fois-ci, c’est une ancienne grande prêtresse du WWF, Monique Barbut, qui se voit offrir les clés du royaume empoisonné de la « Transition écologique ». Une nomination qui sent le moisi, le déjà-vu, le théâtre d’ombres où l’on recycle les mêmes marionnettes usées jusqu’à la corde, en leur donnant des titres ronflants pour mieux endormir les masses. Mais derrière ce spectacle bien huilé, que se cache-t-il vraiment ? Une farce tragique, une comédie macabre où l’écologie, ce grand idéal qui aurait pu être le dernier souffle de résistance contre la barbarie néolibérale, se retrouve une fois de plus domestiquée, neutralisée, transformée en un simple accessoire de communication pour une classe dirigeante qui n’a jamais eu d’autre projet que de perpétuer son propre pouvoir.
Observons d’abord le personnage, Monique Barbut, cette figure qui incarne à merveille ce que l’on pourrait appeler le « comportementalisme écologique », cette doctrine molle et insidieuse qui consiste à faire croire que l’on peut sauver la planète en jouant les bons élèves dans le grand cirque du capitalisme vert. Ancienne présidente du WWF France, elle a passé des années à naviguer dans les eaux troubles des institutions internationales, ces monstres bureaucratiques où l’on parle beaucoup, où l’on signe des traités en grande pompe, mais où l’on agit peu, ou plutôt où l’on agit dans le sens des intérêts bien compris des puissants. Le WWF, cette ONG qui a longtemps été le symbole d’une écologie « respectable », c’est-à-dire une écologie qui ne dérange pas trop, qui ne remet pas en cause les fondements mêmes du système, mais qui préfère négocier des compromis boiteux avec les multinationales, ces prédateurs modernes qui ont transformé la nature en un simple réservoir de ressources à exploiter.
Qu’a-t-elle accompli, cette grande dame de l’écologie institutionnelle ? Elle a participé à ces grands-messes où l’on se congratule mutuellement pour avoir « sensibilisé » les populations, où l’on célèbre les « avancées » symboliques, comme si planter quelques arbres ou réduire de 0,5 % les émissions de CO2 d’une entreprise pétrolière était une victoire. Mais pendant ce temps, la machine continue de tourner, implacable, broyant les écosystèmes, les cultures locales, les vies humaines, au nom d’une croissance économique qui n’est qu’un leurre, une fiction commode pour justifier l’accumulation sans fin de richesses entre les mains d’une infime minorité. « La croissance verte », ce oxymore grotesque, ce mensonge éhonté qui prétend concilier l’inconciliable : le profit et la préservation de la vie. Comme si l’on pouvait guérir un cancer en lui injectant des cellules saines tout en continuant à le nourrir de poison.
Et maintenant, la voilà propulsée à la tête de la « Transition écologique », ce concept fourre-tout, cette auberge espagnole où chacun peut venir piocher ce qui l’arrange. Mais une transition vers quoi, au juste ? Vers un monde où les mêmes logiques de domination persistent, simplement repeintes en vert ? Vers une société où l’on continuera à surexploiter les ressources, mais en plantant des panneaux solaires pour se donner bonne conscience ? Vers un futur où les inégalités sociales seront toujours aussi criantes, mais où l’on aura remplacé les sacs plastiques par des sacs en papier recyclé ? La transition écologique, dans le cadre néolibéral qui est le nôtre, n’est qu’un leurre, une opération de communication destinée à faire croire que le système est capable de se réformer de l’intérieur, alors qu’il est structurellement incapable de le faire. Comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « ils ne veulent pas voir que ce qui est tombé doit aussi être poussé ». Le capitalisme, ce Moloch insatiable, ne peut pas se réformer, il ne peut que s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions, ou être renversé par une révolution radicale qui en finisse une fois pour toutes avec la logique du profit.
Mais non, on préfère nommer des figures comme Monique Barbut, des technocrates de l’écologie, des gestionnaires de crise qui savent parler le langage des puissants, qui savent négocier, composer, diluer les revendications les plus radicales dans le grand bain tiède du réalisme politique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le réalisme politique, cette doctrine qui consiste à dire que « c’est mieux que rien », que « c’est un premier pas », que « il faut y aller progressivement ». Mais progressivement vers quoi ? Vers l’abîme, bien sûr, car le temps presse, et chaque compromis, chaque recul, chaque renoncement est une victoire pour ceux qui veulent maintenir le statu quo. Comme le disait ce visionnaire d’André Gorz, « l’écologie politique n’est pas une question de gestion, mais de rupture ». Et c’est bien cette rupture que les Barbut et consorts veulent éviter à tout prix, car elle remettrait en cause leur propre position, leur propre pouvoir, leur propre légitimité.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi toujours ces figures issues du sérail, ces anciens hauts fonctionnaires, ces anciens dirigeants d’ONG modérées, ces experts autoproclamés qui ont fait carrière dans le système et qui sont donc, par définition, incapables de le remettre en cause ? Pourquoi ne pas nommer des paysans, des ouvriers, des autochtones, des militants de terrain, ceux qui luttent au quotidien contre les projets destructeurs, ceux qui vivent déjà la catastrophe écologique et qui savent, mieux que quiconque, ce qu’il faudrait faire ? Parce que ces gens-là dérangent, bien sûr. Parce qu’ils ne parlent pas le langage policé des salons parisiens, parce qu’ils n’ont pas fait l’ENA ou Sciences Po, parce qu’ils osent dire tout haut ce que les autres pensent tout bas : que le roi est nu, que le système est pourri jusqu’à la moelle, et qu’il n’y a pas de solution dans le cadre des institutions actuelles.
Mais non, on préfère les Barbut, les Hulot, les Jouzel, ces écologistes de salon qui savent si bien jouer le jeu des médias, qui savent si bien se vendre, qui savent si bien donner l’illusion que quelque chose est en train de changer. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : donner l’illusion du changement pour éviter le changement réel. Comme le disait ce génie méconnu de Guy Debord, « le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image ». Et c’est bien cette image que nous vendent les Barbut et consorts : l’image d’une écologie respectable, présentable, compatible avec le système, une écologie qui ne fait pas peur aux actionnaires, qui ne fait pas peur aux politiques, qui ne fait pas peur aux médias. Une écologie aseptisée, désinfectée, dépolitisée, réduite à une simple question technique, à une affaire de spécialistes, de gens « sérieux », de gens « responsables ».
Mais l’écologie n’est pas une question technique, c’est une question politique, une question de pouvoir, une question de choix de société. Et ces choix, ce sont les puissants qui les font, pas les Barbut. Les puissants qui décident de construire des autoroutes plutôt que des lignes de train, des centres commerciaux plutôt que des forêts, des usines polluantes plutôt que des éco-quartiers. Les puissants qui décident de sacrifier des vies humaines au nom du profit, qui décident de laisser crever des populations entières plutôt que de remettre en cause leur mode de vie. Et les Barbut, dans tout ça ? Elles sont là pour donner une caution morale à ces choix, pour dire que « tout est fait pour limiter les dégâts », que « des efforts sont consentis », que « la transition est en marche ». Mais une transition vers quoi ? Vers un monde où les riches continueront à s’enrichir, où les pauvres continueront à crever, où la nature continuera à être pillée, mais où l’on aura bonne conscience, car on aura recyclé ses déchets et éteint la lumière en quittant une pièce.
Et puis, il y a cette autre dimension, plus insidieuse encore : l’écologie comme outil de contrôle social. Car oui, l’écologie peut aussi être un moyen de justifier de nouvelles formes de domination, de nouvelles restrictions, de nouvelles surveillances. On l’a vu avec le covid, où les mesures sanitaires ont servi de prétexte à un renforcement sans précédent de l’État policier, où les libertés individuelles ont été sacrifiées sur l’autel de la « sécurité collective ». Et demain, ce sera au nom de l’écologie que l’on justifiera de nouvelles privations, de nouvelles interdictions, de nouvelles formes de répression. « Vous voulez sauver la planète ? Alors acceptez de vivre dans 20 m², de manger des insectes, de renoncer à votre voiture, à vos voyages, à votre confort. Acceptez de vous soumettre à un contrôle permanent de votre empreinte carbone, de vos déplacements, de vos consommations. Acceptez de devenir un sujet docile, un citoyen modèle, un éco-citoyen. » Et les Barbut, dans tout ça ? Elles seront là pour nous expliquer que c’est pour notre bien, que c’est nécessaire, que c’est le prix à payer pour « sauver la planète ». Mais sauver la planète pour qui ? Pour les mêmes qui l’ont détruite ? Pour les mêmes qui continuent à la piller ? Pour les mêmes qui nous vendent aujourd’hui des solutions toutes faites, des kits de survie en mode « greenwashing » ?
Car c’est bien là le piège : l’écologie institutionnelle, celle des Barbut, celle des COP, celle des traités internationaux, n’est qu’un leurre, une opération de diversion destinée à nous faire croire que le système peut se réformer, alors qu’il est structurellement incapable de le faire. Comme le disait ce prophète maudit de Günther Anders, « nous sommes des apprentis sorciers qui avons perdu le mode d’emploi de nos propres inventions ». Et c’est bien cela, le drame : nous savons ce qu’il faudrait faire, mais nous n’avons pas le pouvoir de le faire, car ce pouvoir est entre les mains de ceux qui ont tout intérêt à ce que rien ne change. Alors on nomme des Barbut, on organise des COP, on signe des traités, on fait des discours, on plante des arbres, on recycle ses déchets, et pendant ce temps, la machine continue de tourner, implacable, broyant tout sur son passage.
Mais il y a une autre voie, une voie radicale, une voie qui refuse les compromis, les demi-mesures, les faux-semblants. Une voie qui dit non à la domestication de l’écologie, non à sa récupération par le système, non à sa transformation en un simple accessoire de communication. Une voie qui dit que l’écologie n’est pas une question de gestion, mais de révolution, une révolution qui doit balayer les puissants, les prédateurs, les destructeurs, pour laisser place à un monde où la vie, sous toutes ses formes, sera enfin respectée. Une révolution qui doit commencer par une prise de conscience : nous ne sommes pas des consommateurs, nous ne sommes pas des sujets, nous ne sommes pas des pantins. Nous sommes des êtres humains, et nous avons le droit, le devoir, de vivre dans un monde qui ne soit pas une gigantesque machine à broyer les vies et les rêves.
Alors oui, la nomination de Monique Barbut est une farce, une comédie macabre, un symptôme de plus de la maladie qui ronge notre époque. Mais elle est aussi une occasion de se réveiller, de refuser les leurres, les illusions, les mensonges. De dire non à l’écologie des Barbut, et oui à une écologie radicale, une écologie de la rupture, une écologie qui ne négocie pas avec les puissants, mais qui les combat. Car comme le disait ce grand rebelle d’Henry David Thoreau, « il n’y a pas de gouvernement qui vaille la peine d’être soutenu, si ce n’est un gouvernement qui se fonde sur la justice ». Et la justice, aujourd’hui, passe par une remise en cause radicale de ce système qui détruit la planète et les hommes. Alors, à nous de choisir : continuer à jouer le jeu des Barbut, ou enfin dire non, et tracer notre propre voie, une voie de résistance, de révolte, de révolution.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand navire, un Titanic moderne, voguant vers l’iceberg de sa propre destruction. Les passagers, paniqués, se tournent vers le capitaine et son équipage, espérant qu’ils sauront éviter le désastre. Mais le capitaine, au lieu de changer de cap, se contente de nommer un nouveau responsable de la « Transition nautique », une ancienne hôtesse de bord reconvertie dans la gestion des crises, qui promet de « sensibiliser » les passagers aux dangers de la navigation, de « recycler » les gilets de sauvetage, et d’organiser des exercices d’évacuation pour « préparer l’avenir ». Pendant ce temps, les machinistes, dans les entrailles du navire, continuent de pousser les chaudières à fond, les officiers supérieurs sirotent leur champagne en première classe, et les passagers de troisième, entassés dans les cales, sentent déjà l’eau glacée leur monter aux chevilles. Et nous, nous restons là, à regarder cette mascarade, à applaudir mollement les discours de l’hôtesse, à croire que tout va s’arranger, que le navire est insubmersible, que la « Transition nautique » va nous sauver. Mais l’iceberg est là, tout proche, et personne, surtout pas l’hôtesse Barbut, ne semble vouloir changer de cap. Alors, que faire ? Attendre passivement que le navire coule, ou enfin se révolter, prendre le contrôle de la barre, et tracer une nouvelle route, une route qui nous mène vers des eaux plus clémentes, vers un horizon où la vie, et non la mort, sera enfin notre destination ?