L’écologie, une science avant tout – Radio France







L’Écologie, ou l’Art de Se Voiler la Face avec des Équations

ACTUALITÉ SOURCE : L’écologie, une science avant tout – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Alors voilà, encore une fois, on nous sert la soupe tiède du scientisme vert, ce grand opéra où l’on chante les louanges de l’écologie en la réduisant à une affaire de courbes, de modèles climatiques et de protocoles de Kyoto. Radio France, ce temple de la bien-pensance, nous explique avec une gravité de croque-mort que l’écologie, « c’est une science avant tout ». Ah ! La belle affaire ! Comme si l’on pouvait disséquer la pourriture du monde avec des scalpels en acier inoxydable, comme si l’on pouvait mesurer l’agonie des forêts en mégatonnes de CO₂, comme si l’on pouvait sauver les océans avec des algorithmes et des subventions européennes. Mais non, mes chers petits rats de laboratoire en costume trois-pièces, l’écologie n’est pas une science – c’est une guerre. Une guerre contre vous, contre vos maîtres, contre cette civilisation qui préfère compter ses morts plutôt que de les pleurer.

D’abord, comprenons bien ce que signifie cette réduction de l’écologie à une « science ». C’est une manœuvre de domestication, une façon de neutraliser la menace qu’elle représente. Depuis que les premiers prophètes barbus des années 70 ont commencé à hurler que la Terre était en train de crever, le système a trouvé la parade : transformer leur cri en équations, leur révolte en rapports du GIEC, leur désespoir en conférences internationales où l’on se congratule en sirotant du champagne bio. La science, voyez-vous, c’est le langage du pouvoir. C’est avec elle que l’on justifie les OGM, les centrales nucléaires, les méga-bassines, les guerres pour le lithium. C’est avec elle que l’on transforme la catastrophe en « défi technologique », la famine en « opportunité de marché », la sixième extinction de masse en « transition écologique ». La science, c’est le nouveau catéchisme, le nouveau dogme qui permet aux ingénieurs de Monsanto et aux banquiers de la Banque mondiale de dormir tranquilles, en se disant qu’ils « font leur part », comme des bons petits scouts avec leurs badges « développement durable ».

Et puis, il y a cette illusion grotesque que la vérité scientifique suffirait à changer le cours des choses. Comme si les hommes avaient jamais agi par raison ! Comme si les empires s’étaient écroulés parce qu’un rapport avait démontré leur nocivité ! Non, l’histoire se fait dans le sang, la sueur et les larmes, pas dans les colonnes de chiffres des climatologues. Les révolutionnaires de 1789 ne lisaient pas des articles sur l’inégalité des revenus avant de prendre la Bastille – ils avaient faim, ils avaient soif de justice, et ils étaient prêts à tout casser. Aujourd’hui, on nous demande de croire que des graphiques suffiront à réveiller les consciences. Quelle blague ! Les consciences, voyez-vous, sont anesthésiées par le confort, droguées par le consumérisme, lobotomisées par les écrans. On peut bien aligner tous les faits du monde, les hommes préféreront toujours le mensonge qui les arrange. La science, dans ce monde-là, n’est qu’un alibi de plus pour ne rien faire, ou pour faire pire : pour continuer à exploiter, à polluer, à dominer, mais avec des gants blancs et des sourires de communicants.

Prenez le cas du réchauffement climatique. Tout le monde sait. Tout le monde a vu les images des ours polaires affamés, des forêts en feu, des villes englouties. Tout le monde a entendu les cris d’alarme des scientifiques. Et pourtant, rien ne change. Pourquoi ? Parce que la science, aussi précise soit-elle, ne peut rien contre la lâcheté humaine. Parce que les hommes préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter l’horreur de leur propre responsabilité. Parce que les puissants, ceux qui tiennent les rênes de ce monde, ont tout intérêt à ce que rien ne bouge. La science, dans leurs mains, devient un outil de manipulation. On nous dit : « Il est trop tard pour agir radicalement, alors faisons des petits gestes, recyclons nos bouteilles, éteignons nos lumières une heure par an. » Comme si ces pitreries pouvaient suffire à enrayer la machine infernale ! Comme si l’on pouvait soigner un cancer avec des pastilles de menthe ! Non, ce qu’il faudrait, c’est tout casser. Tout brûler. Tout recommencer. Mais ça, bien sûr, personne n’ose le dire. Parce que ça signifierait remettre en cause le système tout entier, et le système, voyez-vous, c’est sacré.

Et puis, il y a cette autre imposture : l’idée que l’écologie serait une affaire de spécialistes, de technocrates, d’experts en tout genre. Comme si le simple citoyen n’avait pas son mot à dire, comme si la survie de la planète était une question trop complexe pour être comprise par le commun des mortels. C’est le vieux rêve platonicien, cette idée que seuls les « sages », les « savants », les « élus » peuvent gouverner le monde. Sauf que les « sages » d’aujourd’hui, ce sont les mêmes qui nous ont menés dans le mur. Ce sont les mêmes qui nous expliquent que la croissance est nécessaire, que le progrès est inévitable, que la technologie nous sauvera. Ce sont les mêmes qui nous vendent des voitures électriques fabriquées par des enfants en Afrique, des éoliennes construites sur des terres volées aux peuples autochtones, des « solutions vertes » qui ne font que déplacer le problème ailleurs. L’écologie, si elle doit être quelque chose, doit être l’affaire de tous. Pas des experts. Pas des politiques. Pas des multinationales. Mais des gens ordinaires, ceux qui subissent la pollution, ceux qui voient leur terre mourir sous leurs yeux, ceux qui refusent de se laisser empoisonner en silence.

Alors oui, l’écologie est une science – mais une science parmi d’autres, et surtout pas la plus importante. Parce que la vraie question n’est pas de savoir combien de degrés la température va monter d’ici 2100. La vraie question, c’est : comment en est-on arrivés là ? Comment une espèce intelligente a-t-elle pu se transformer en parasite, en cancer pour sa propre planète ? Comment a-t-on pu accepter l’idée que la nature était une ressource à exploiter, et non un monde à habiter ? Comment a-t-on pu laisser une poignée de fous furieux décider du sort de milliards d’êtres vivants ? La science ne répondra pas à ces questions. Elle ne peut pas. Parce que ces questions sont politiques, philosophiques, métaphysiques. Elles touchent à l’essence même de ce que signifie être humain. Et c’est là que le bât blesse : car nos sociétés modernes, nos démocraties libérales, nos économies de marché, n’ont plus aucune réponse à apporter à ces questions. Elles ne savent plus que produire, consommer, jeter. Elles ne savent plus que compter, mesurer, optimiser. Elles ont perdu le sens du sacré, le respect de la vie, l’humilité devant l’inconnu.

Alors, que faire ? D’abord, arrêter de croire aux miracles. Arrêter de croire que la science nous sauvera. Arrêter de croire que les politiques feront ce qu’il faut. Arrêter de croire que les multinationales deviendront soudainement vertueuses. La seule chose qui puisse nous sauver, c’est une révolution. Pas une révolution de palais, pas une révolution de technocrates, mais une révolution des consciences. Une révolution qui remette en cause tout ce que nous avons appris à vénérer : la croissance, le progrès, la technologie, le confort. Une révolution qui nous force à regarder en face l’horreur de notre monde, et à dire : « Ça suffit. » Une révolution qui nous pousse à agir, non pas par calcul, non pas par intérêt, mais par amour. Amour pour cette Terre qui nous porte, amour pour ces forêts qui respirent, amour pour ces océans qui chantent. Amour pour la vie, tout simplement.

Car au fond, l’écologie n’est pas une science. C’est une prière. Une prière désespérée, adressée à un monde qui ne veut plus entendre. Une prière pour que, peut-être, il ne soit pas trop tard. Pour que, peut-être, nous puissions encore sauver quelque chose de cette folie. Mais pour cela, il faut d’abord accepter de tout perdre. Il faut accepter de renoncer à nos privilèges, à nos certitudes, à nos illusions. Il faut accepter de redevenir des humains, fragiles, vulnérables, mortels. Il faut accepter de vivre, enfin, au lieu de seulement survivre.

Analogie finale : Imaginez un homme debout sur le pont d’un navire en train de couler. Autour de lui, les passagers s’affairent, mesurent la vitesse à laquelle l’eau monte, calculent le temps qu’il reste avant que le bateau ne sombre. Certains discutent de la meilleure façon de colmater les brèches, d’autres proposent des plans pour évacuer les passagers, d’autres encore se disputent sur la responsabilité du naufrage. Pendant ce temps, l’homme sur le pont regarde l’horizon, et il comprend une chose : peu importe les calculs, peu importe les plans, peu importe les disputes. Le bateau va couler. La seule question qui vaille, c’est : que faire de ce temps qui reste ? Continuer à mesurer, à discuter, à se voiler la face ? Ou sauter à l’eau, et nager, nager de toutes ses forces, vers quelque chose – n’importe quoi – qui ressemble à un rivage ? L’écologie scientifique, c’est l’art de mesurer la vitesse à laquelle le navire coule. L’écologie vraie, celle qui sauve, c’est l’art de sauter à l’eau avant qu’il ne soit trop tard.



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