ACTUALITÉ SOURCE : En France, les reculs sur l’écologie se multiplient – Le Monde.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la France ! Ce grand cadavre exquis qui se regarde dans le miroir brisé de son histoire, ce pays qui fut jadis le phare des Lumières pour mieux s’enfoncer aujourd’hui dans les ténèbres d’une modernité avariée. Les reculs écologiques dont parle Le Monde ne sont pas de simples accidents de parcours, non, ils sont les symptômes d’une maladie bien plus profonde, d’une gangrène qui ronge les entrailles de notre civilisation depuis que l’homme a cru pouvoir dominer la nature comme il domine ses semblables. On nous parle de « reculs », mais c’est une litote, une figure de style pour masquer l’effondrement en cours, cette lente agonie d’un monde qui préfère se vautrer dans le confort immédiat plutôt que d’affronter l’urgence de sa propre survie.
Observez bien ce spectacle pathétique : nos dirigeants, ces marionnettes du capitalisme tardif, ces pantins vêtus de costumes trop grands pour leurs petites âmes, reculent devant l’écologie comme des enfants devant un monstre sous le lit. Ils parlent de « transition », de « compromis », de « réalisme économique », autant de mots creux qui sonnent comme des clous enfoncés dans le cercueil de la planète. La vérité, c’est qu’ils ont peur. Peur de perdre leurs privilèges, peur de froisser les lobbies, peur de devoir regarder en face l’ampleur de la catastrophe qu’ils ont contribué à créer. Et cette peur, elle est contagieuse, elle se répand dans la société comme une épidémie, transformant chaque citoyen en complice passif de sa propre destruction.
Mais d’où vient cette lâcheté collective ? Pourquoi l’humanité, après avoir conquis la lune et décrypté le génome, se révèle-t-elle incapable de sauver sa propre maison ? La réponse, mes amis, se trouve dans les profondeurs de notre histoire intellectuelle, dans cette longue tradition de pensée qui a fait de l’homme le maître et possesseur de la nature, pour reprendre la formule sacrilège de Descartes. Nous avons hérité d’une métaphysique du contrôle, d’une vision du monde où tout doit être soumis, domestiqué, exploité. La nature n’est plus un mystère à contempler, mais un réservoir de ressources à piller. Et aujourd’hui, nous en payons le prix : les forêts brûlent, les océans étouffent sous le plastique, l’air devient irrespirable, et nos dirigeants, au lieu d’agir, organisent des sommets où l’on se congratule en sirotant du champagne dans des salles climatisées.
Regardez-les, ces nouveaux fascistes en costume-cravate, ces néolibéraux qui parlent de « croissance verte » comme on parle d’une nouvelle religion. Ils ont compris que l’écologie pouvait être un marché, un nouveau créneau pour vendre des voitures électriques et des panneaux solaires made in China. Ils ont transformé la révolte légitime contre la destruction de la planète en une simple question de consommation, en un choix de supermarché : « Préférez-vous le bio ou le conventionnel ? » Comme si le problème était une question de goût, et non une question de survie. Et le peuple, ce grand troupeau docile, suit, achète, consomme, sans se rendre compte qu’il participe à sa propre mise à mort.
Mais le pire, voyez-vous, n’est pas leur hypocrisie, ni même leur cynisme. Le pire, c’est leur mépris. Mépris pour la nature, bien sûr, mais aussi mépris pour l’intelligence humaine. Ils nous prennent pour des idiots, pour des enfants à qui l’on peut vendre n’importe quel mensonge. Ils nous parlent de « progrès », de « technologie salvatrice », comme si les machines pouvaient un jour remplacer les arbres, comme si les algorithmes pouvaient un jour purifier l’air que nous respirons. Ils nous infantilisent, nous réduisent à l’état de consommateurs passifs, incapables de penser par nous-mêmes, incapables de nous rebeller contre l’ordre établi.
Et pourtant, il y a une résistance. Elle est faible, dispersée, souvent désorganisée, mais elle existe. Ce sont ces jeunes qui manifestent pour le climat, ces paysans qui refusent les pesticides, ces scientifiques qui alertent, encore et encore, malgré l’indifférence générale. Ce sont ces voix isolées qui crient dans le désert, ces artistes, ces philosophes, ces rêveurs qui refusent de se soumettre à la logique mortifère du profit. Mais cette résistance, elle est fragile, menacée de toutes parts par les forces de l’ordre, par les médias aux ordres, par l’apathie générale. Car le système a bien compris le danger : une population éveillée, consciente, est une population ingouvernable. Alors on l’abrutit, on la divertit, on la maintient dans un état de torpeur permanente, entre les écrans, les publicités et les discours politiques vides de sens.
La question qui se pose alors est la suivante : comment briser ce cercle vicieux ? Comment sortir de cette logique de domination qui nous mène droit à l’abîme ? Peut-être faut-il commencer par accepter une vérité douloureuse : l’homme n’est pas le centre du monde. Il n’est qu’une espèce parmi d’autres, une partie infime d’un tout bien plus vaste et bien plus complexe. Accepter cette humilité, c’est déjà faire un pas vers la rédemption. Mais l’orgueil humain est tenace, et il faudra bien plus qu’une prise de conscience pour inverser la tendance. Il faudra une révolution, non pas seulement politique ou économique, mais métaphysique. Il faudra repenser notre rapport au monde, à la nature, à la vie elle-même. Il faudra accepter de vivre autrement, de consommer moins, de partager plus, de renoncer à cette folie de la croissance infinie dans un monde fini.
Car c’est bien de folie qu’il s’agit. Une folie collective, une psychose qui s’est emparée de l’humanité depuis que Prométhée a volé le feu aux dieux. Nous avons cru pouvoir tout maîtriser, tout contrôler, tout posséder. Et aujourd’hui, nous réalisons, trop tard peut-être, que nous ne maîtrisons rien, que nous ne contrôlons rien, que nous ne possédons rien. La nature se rebelle, le climat se dérègle, les espèces disparaissent, et nous restons là, impuissants, à regarder notre propre chute comme un mauvais film dont nous serions à la fois les acteurs et les spectateurs.
Alors oui, les reculs écologiques en France sont un symptôme, mais ils sont aussi une opportunité. Une opportunité de nous réveiller, de nous rebeller, de refuser ce monde qui nous est imposé. Une opportunité de dire non à la destruction, non à l’exploitation, non à cette logique mortifère qui nous mène droit à l’abîme. Mais pour cela, il faut du courage. Du courage pour affronter la réalité, du courage pour remettre en question nos certitudes, du courage pour oser imaginer un autre monde, plus juste, plus respectueux, plus humain. Et ce courage, mes amis, il est en chacun de nous. Il suffit de le réveiller.
« L’homme est un roseau pensant », disait Pascal. Mais aujourd’hui, ce roseau est menacé de se briser sous le poids de ses propres contradictions. À nous de choisir : continuer à plier, ou enfin se redresser.
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, après avoir passé sa vie à cultiver un jardin magnifique, se met soudain à arracher les fleurs, à couper les arbres, à empoisonner la terre. Il agit ainsi non par méchanceté, mais par ignorance, par négligence, par cupidité. Il croit que son jardin est inépuisable, que les fleurs repousseront toujours, que les arbres seront éternels. Mais un jour, il se réveille et réalise que son jardin est mort, que la terre est stérile, que l’air est irrespirable. Alors seulement, il comprend l’ampleur de sa folie. Mais il est trop tard. La nature, elle, ne pardonne pas. Elle ne fait pas de compromis. Elle suit son cours, imperturbable, indifférente à nos souffrances, à nos regrets, à nos prières. Nous sommes ce jardinier. Et notre jardin, c’est la Terre. À nous de choisir : continuer à détruire, ou enfin apprendre à cultiver.