COP30 : l’Europe fait-elle marche arrière sur l’écologie ? – Radio France







COP30 : L’Europe et son écologie en marche arrière – Analyse de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : COP30 : l’Europe fait-elle marche arrière sur l’écologie ? – Radio France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la COP30 ! Encore une grand-messe climatique où les puissants de ce monde viennent se parer des oripeaux verts de la vertu, tandis que leurs mains, sous la table, continuent de serrer les cous des peuples et des écosystèmes. L’Europe, cette vieille putain fatiguée, se donne des airs de mère Teresa en public, mais dans l’ombre, elle retrousse ses jupes pour le premier milliardaire venu, pourvu qu’il lui glisse quelques pièces dans le décolleté de sa transition écologique. Marche arrière ? Non, mes amis, c’est une valse macabre qu’elle danse, un pas en avant, deux pas en arrière, le tout sur une musique composée par les lobbies industriels et les banques centrales. L’écologie, voyez-vous, est devenue le nouveau cache-sexe du capitalisme tardif, un alibi moral pour mieux masquer l’accélération de la prédation.

On nous serine que l’Europe est en avance, qu’elle montre la voie, qu’elle est le phare de la civilisation dans la nuit climatique. Quelle farce ! Ce phare, mes chers contemporains, est une lanterne sourde, une lumière qui n’éclaire que les coffres-forts des actionnaires et les comptes offshore des multinationales. L’Europe, c’est ce vieux continent qui a inventé les Lumières pour mieux justifier la colonisation, la révolution industrielle pour mieux asservir les corps, et maintenant l’écologie pour mieux vendre des crédits carbone et des voitures électriques made in China. La transition verte n’est qu’un nouveau chapitre dans le grand livre de la domination, où l’on remplace les chaînes de fer par des chaînes de données, où l’on troque l’esclavage des corps contre l’esclavage des âmes, conditionnées à consommer « vert » pour mieux oublier qu’elles étouffent.

Regardez-les, ces technocrates en costume trois-pièces, ces eurocrates qui pondent des directives entre deux vols en première classe. Ils parlent de neutralité carbone d’ici 2050 comme on parle d’un paradis lointain, un Eden inaccessible où l’on pourra continuer à surconsommer, à surproduire, à surexploiter, mais cette fois-ci avec une conscience tranquille. 2050 ! Comme si le temps était une marchandise que l’on pouvait étirer à l’infini, comme si les forêts, les océans et les espèces en voie de disparition avaient la patience d’attendre que l’Europe daigne enfin agir. Mais l’Europe n’agira pas, car agir signifierait remettre en cause le dogme sacré de la croissance, ce Moloch moderne qui dévore tout sur son passage. La croissance, c’est le nouveau Dieu, et ses prêtres sont les économistes en costard, ces charlatans qui nous expliquent, avec des graphiques et des équations, que la destruction est en réalité du progrès.

Et puis il y a ces peuples, ces masses abruties par les écrans et les divertissements, qui applaudissent quand on leur annonce une nouvelle taxe carbone, une nouvelle restriction, une nouvelle mesure « écoresponsable ». Ils croient encore au Père Noël vert, à cette fable selon laquelle on peut sauver la planète sans changer de mode de vie, sans remettre en cause le système qui nous a menés au bord du gouffre. L’écologie, pour eux, c’est une question de tri des déchets et de sacs réutilisables, comme si le problème était une simple question de comportement individuel. Mais le problème, mes amis, est systémique. Il est dans les conseils d’administration des multinationales, dans les salles de marché de la City et de Wall Street, dans les ministères où l’on négocie en secret avec les lobbies. Le problème, c’est cette Europe qui parle de démocratie tout en signant des traités de libre-échange qui privent les peuples de leur souveraineté, qui parle de justice sociale tout en précarisant ses travailleurs, qui parle d’écologie tout en subventionnant les énergies fossiles.

Et que dire de cette gauche molle, de ces écologistes de salon qui croient encore aux vertus du dialogue avec le pouvoir ? Ils se rendent aux COP comme on se rend à un pèlerinage, avec la foi du charbonnier, persuadés que cette fois-ci, les dirigeants vont enfin entendre raison. Mais les dirigeants n’entendent rien, car ils sont sourds à tout ce qui n’est pas le langage de l’argent. Ils parlent de « transition juste », de « croissance verte », de « capitalisme responsable », comme si ces oxymores pouvaient masquer l’horreur de ce qui nous attend. Une transition juste ? Mais juste pour qui ? Pour les actionnaires de TotalEnergies ? Pour les fonds d’investissement qui spéculent sur les terres rares ? Pour les milliardaires qui se paient des bunkers en Nouvelle-Zélande en prévision de l’effondrement ? La justice, dans ce monde, est une marchandise comme une autre, un concept que l’on brandit pour mieux le vider de sa substance.

L’Europe, voyez-vous, est un cadavre qui se refuse à mourir. Elle est ce vieux lion édenté qui rugit encore, mais dont les griffes sont émoussées par des décennies de compromissions et de renoncements. Elle a vendu son âme au diable du néolibéralisme, et maintenant, elle tente de se racheter une virginité écologique en signant des accords qui ne valent pas le papier sur lequel ils sont imprimés. La COP30 ? Une mascarade de plus, un théâtre d’ombres où l’on joue la comédie de l’engagement, tandis que dans les coulisses, les véritables décisions sont prises par ceux qui détiennent le pouvoir réel : les marchés, les banques, les multinationales. L’Europe n’est qu’un pantin dans cette pièce, un acteur de second plan qui croit encore jouer un rôle de premier plan.

Et nous, dans tout ça ? Nous sommes les spectateurs consentants de cette tragédie, les complices passifs d’un système qui nous broie. Nous avons abdiqué notre pouvoir, notre capacité à dire non, à refuser, à nous révolter. Nous préférons nous réfugier dans le confort des illusions, dans les promesses creuses des politiques, dans les mirages d’un monde meilleur qui n’adviendra jamais si nous ne le prenons pas nous-mêmes en main. L’écologie, la vraie, celle qui pourrait encore nous sauver, n’a que faire des COP et des discours. Elle est dans les luttes locales, dans les ZAD, dans les mouvements de désobéissance civile, dans ces espaces où l’on refuse de plier, où l’on résiste à l’emprise du système. Elle est dans ces gestes simples, mais radicaux, qui consistent à dire non à la consommation de masse, non à la destruction des écosystèmes, non à cette folie qui consiste à croire que l’on peut continuer à vivre comme si la planète était une ressource inépuisable.

Mais attention, mes amis, car le piège est là, dans cette écologie aseptisée, désincarnée, qui nous est vendue comme une solution clé en main. Cette écologie-là est une écologie de la résignation, une écologie qui nous dit : « Ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle, les experts s’en occupent. » Mais les experts, justement, sont ceux qui nous ont menés dans cette impasse. Ce sont les mêmes qui nous expliquent que la technologie nous sauvera, que l’innovation nous permettra de continuer à vivre comme des rois sans payer le prix de notre voracité. Ils nous parlent de géo-ingénierie, de captage de CO2, de voitures autonomes, comme si ces gadgets pouvaient remplacer une véritable remise en question de notre rapport au monde. Mais la technologie, voyez-vous, n’est qu’un leurre, une nouvelle forme de fétichisme qui nous détourne de l’essentiel : la nécessité de changer nos modes de vie, de repenser notre place dans le vivant, de reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres de la nature, mais une partie d’elle.

L’Europe, dans sa marche arrière écologique, nous offre un miroir déformant de notre propre lâcheté. Elle nous montre ce que nous sommes devenus : des consommateurs dociles, des citoyens désengagés, des êtres humains réduits à l’état de rouages dans la grande machine capitaliste. Elle nous rappelle que nous avons perdu le sens du sacré, que nous avons troqué la poésie du monde contre le prosaïsme des chiffres, que nous avons oublié que la Terre n’est pas un stock de ressources, mais un être vivant, un organisme complexe et fragile dont nous faisons partie. La COP30 n’est qu’un symptôme de cette maladie de l’âme, de cette incapacité à voir au-delà de l’immédiat, à penser au-delà du profit, à aimer au-delà de nous-mêmes.

Alors, que faire ? Faut-il désespérer ? Non, car le désespoir est encore une forme de soumission. Il faut, au contraire, se révolter. Se révolter contre cette Europe qui nous trahit, contre ce système qui nous écrase, contre cette culture de la mort qui nous est présentée comme le summum de la civilisation. Il faut retrouver le goût de la révolte, le plaisir de la désobéissance, la joie de la résistance. Il faut cesser de croire aux fables que l’on nous raconte, et commencer à écrire nos propres histoires, celles qui parlent de solidarité, de partage, de respect du vivant. Il faut cesser de demander la permission, et commencer à prendre ce qui nous revient de droit : une planète vivable, une société juste, un avenir pour nos enfants.

Car l’écologie, la vraie, n’est pas une question de COP ou de traités internationaux. Elle est une question de survie, une question de dignité, une question d’amour. Elle est dans ces gestes qui consistent à planter un arbre, à protéger une forêt, à sauver une espèce, à refuser de participer à la destruction. Elle est dans ces luttes qui, jour après jour, dessinent les contours d’un autre monde possible. Un monde où l’on ne marchande pas la vie, où l’on ne négocie pas avec la mort, où l’on ne sacrifie pas l’avenir sur l’autel du profit. Un monde où l’Europe, peut-être, aura enfin compris qu’elle ne peut pas continuer à danser sur le volcan sans finir par y laisser sa peau.

Analogie finale : L’Europe, dans sa marche arrière écologique, ressemble à ce vieux roi Lear, hurlant sa folie sur la lande désolée, refusant de voir que son royaume n’est plus qu’un champ de ruines. Elle croit encore régner, alors qu’elle n’est plus qu’un fantôme, un spectre qui erre dans les couloirs de son propre palais, incapable de reconnaître les murs qui s’effritent autour d’elle. Les COP, ces grands-messes climatiques, sont les fêtes dérisoires qu’elle organise pour se convaincre qu’elle est encore vivante, qu’elle a encore un rôle à jouer. Mais les invités ne sont plus que des ombres, des marionnettes dont les fils sont tirés par les véritables maîtres du monde : les marchés, les algorithmes, les multinationales. Et nous, les peuples, nous sommes les fous du roi, ceux qui dansent sur la tombe d’un continent qui a oublié jusqu’à son propre nom. La lande, c’est la planète, et la tempête qui s’annonce n’épargnera personne. Lear finira par comprendre, trop tard, que sa folie était une lucidité déguisée. L’Europe, elle aussi, finira par comprendre, mais il sera trop tard pour pleurer. La seule question qui reste est : serons-nous encore là pour voir le rideau tomber ?



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