Récits pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupations des Français. – WWF France







L’Écologie Populaire ou l’Illusion du Salut Collectif – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Récits pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupations des Français. – WWF France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! L’écologie populaire ! Ce nouveau mantra des bien-pensants, ce baume tiède que l’on agite devant les masses pour leur faire croire qu’elles ont encore un rôle à jouer dans le grand théâtre de la destruction organisée. Le WWF, cette noble institution qui se pare des atours de la vertu écologique, nous propose aujourd’hui de « renouer avec les préoccupations des Français ». Comme si les Français, ces éternels dupés, ces Sisyphe modernes condamnés à pousser leur caddie dans les allées des hypermarchés, avaient encore la moindre emprise sur leur destin. Comme si l’écologie, cette grande machine à culpabiliser les pauvres, pouvait être autre chose qu’un leurre, un os à ronger jeté aux chiens affamés de sens dans un monde où tout n’est plus que marchandise et spectacle.

Mais commençons par le commencement. Qu’est-ce donc que cette « écologie populaire » ? Un oxymore, bien sûr, comme « démocratie libérale » ou « justice sociale ». L’écologie, dans sa version institutionnelle, est une écologie de salon, une écologie pour bobos en quête de rédemption, une écologie qui se contente de recycler les mêmes vieilles recettes : culpabilisation individuelle, petits gestes inutiles, et surtout, surtout, ne surtout pas remettre en cause le système. Le WWF, avec ses rapports bien léchés et ses campagnes chocs, est le parfait exemple de cette écologie aseptisée, une écologie qui parle de « renouer avec les préoccupations des Français » comme on parle de « reconquérir le pouvoir d’achat ». Une écologie qui, au fond, n’est qu’un nouveau produit marketing, un nouveau créneau à exploiter, une nouvelle façon de vendre du rêve à ceux qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Car enfin, de quelles « préoccupations » parle-t-on ? Des préoccupations des Français qui voient leur pouvoir d’achat fondre comme neige au soleil, qui subissent les restructurations, les délocalisations, les licenciements boursiers ? Des préoccupations de ceux qui, dans les zones périurbaines, passent deux heures par jour dans leur voiture pour aller travailler dans un entrepôt Amazon ou un centre d’appels ? Des préoccupations de ces retraités qui doivent choisir entre se chauffer et se soigner ? Non, bien sûr. L’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, c’est une écologie qui se contente de saupoudrer un peu de verdure sur le désastre social, une écologie qui dit : « Voyez, vous pouvez trier vos déchets, manger bio et voter pour des gens qui vous promettent la transition écologique tout en signant des traités de libre-échange qui détruisent vos emplois. » Une écologie qui, au fond, est une écologie de la résignation, une écologie qui dit aux gens : « Vous n’avez pas le choix, mais voici quelques miettes pour vous donner l’illusion que vous en avez un. »

Et c’est là que le bât blesse. Car cette écologie-là, cette écologie des petits pas et des bonnes intentions, est une écologie qui sert avant tout les intérêts du système qu’elle prétend combattre. Elle est le parfait alibi des classes dominantes, qui peuvent ainsi se donner bonne conscience tout en continuant à piller la planète et à exploiter les hommes. « Regardez, nous faisons des efforts ! Nous plantons des arbres, nous recyclons, nous parlons de sobriété heureuse ! » Pendant ce temps, les mêmes qui parlent d’écologie populaire signent des accords commerciaux qui accélèrent la déforestation en Amazonie, financent des projets pétroliers en Afrique, et ferment les yeux sur les crimes environnementaux des multinationales. L’écologie populaire, c’est l’écologie des hypocrites, l’écologie des tartuffes, l’écologie de ceux qui veulent sauver la planète sans jamais remettre en cause le capitalisme, ce grand ogre qui dévore tout sur son passage.

Mais il y a pire encore. Car cette écologie-là, en se présentant comme « populaire », en prétendant parler au nom des « préoccupations des Français », participe d’une vaste entreprise de manipulation. Elle est une écologie qui nie les conflits, qui nie les rapports de force, qui nie les luttes de classes. Elle est une écologie qui dit : « Nous sommes tous dans le même bateau. » Sauf que non. Nous ne sommes pas tous dans le même bateau. Les riches ont leurs yachts, leurs jets privés, leurs villas climatisées. Les pauvres, eux, ont leurs HLM insalubres, leurs emplois précaires, leurs factures d’électricité qui explosent. Et ce sont toujours les mêmes qui paient la note. Toujours les mêmes qui trinquent. Toujours les mêmes qui crèvent.

Alors, que faire ? Faut-il jeter l’écologie avec l’eau du bain ? Bien sûr que non. Mais il faut cesser de se voiler la face. Il faut cesser de croire que l’on peut sauver la planète avec des petits gestes et des bonnes intentions. Il faut cesser de croire que les institutions, les ONG, les partis politiques, sont autre chose que des rouages d’un système qui nous mène droit dans le mur. L’écologie, la vraie, celle qui mérite ce nom, est une écologie de la rupture, une écologie de la révolte, une écologie qui dit non au monde tel qu’il est. Une écologie qui ne se contente pas de « renouer avec les préoccupations des Français », mais qui les pousse à se révolter contre un système qui les broie.

Car le problème n’est pas seulement écologique. Le problème est systémique. Le problème, c’est ce capitalisme prédateur qui transforme tout en marchandise, qui détruit les écosystèmes, qui exploite les hommes, qui nie la dignité humaine. Le problème, c’est cette société du spectacle où tout n’est plus que consommation, où l’on nous vend du rêve en boîte, où l’on nous fait croire que nous sommes libres alors que nous ne sommes que des consommateurs dociles. Le problème, c’est cette démocratie de façade, où l’on nous donne le choix entre deux partis qui défendent les mêmes intérêts, où l’on nous fait croire que notre vote compte alors qu’il ne sert qu’à légitimer un système qui nous méprise.

Et c’est là que l’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, devient dangereuse. Car en se présentant comme une solution, elle désamorce la révolte. Elle dit aux gens : « Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. Continuez à voter, à consommer, à obéir. Nous nous occupons de tout. » Elle est le parfait outil de la domestication des masses, le parfait instrument de la soumission. Elle est l’opium du peuple version XXIe siècle.

Alors, que faire ? Il faut d’abord cesser de croire aux fables. Il faut cesser de croire que les institutions, les ONG, les partis politiques, peuvent changer les choses. Ils ne le peuvent pas, car ils sont partie prenante du système. Ils sont les gardiens de l’ordre établi, les chiens de garde du capitalisme. Il faut cesser de croire que l’on peut réformer le système de l’intérieur. On ne réforme pas un cancer. On l’éradique.

Il faut ensuite cesser de croire que l’écologie peut être autre chose qu’une lutte. Une lutte contre le capitalisme, contre le productivisme, contre le consumérisme. Une lutte pour la justice sociale, pour la dignité humaine, pour la préservation des écosystèmes. Une lutte qui ne se contente pas de « renouer avec les préoccupations des Français », mais qui les pousse à se battre pour un monde meilleur. Un monde où l’on ne mesure plus la richesse en PIB, mais en qualité de vie. Un monde où l’on ne sacrifie plus les hommes et la nature sur l’autel du profit. Un monde où l’on ne se contente plus de survivre, mais où l’on vit vraiment.

Car au fond, l’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, n’est qu’une nouvelle ruse de la raison capitaliste. Une ruse qui consiste à récupérer les luttes, à les vider de leur substance, à les transformer en produits de consommation. Une ruse qui consiste à faire croire aux gens qu’ils peuvent changer les choses en achetant des produits bio, en triant leurs déchets, en votant pour des gens qui leur mentent. Une ruse qui consiste à désamorcer la révolte avant même qu’elle n’éclate.

Mais la révolte, elle, ne se laisse pas si facilement désamorcer. Elle couve sous la cendre, elle gronde dans les profondeurs, elle attend son heure. Et quand elle éclatera, ce ne sera pas pour « renouer avec les préoccupations des Français ». Ce sera pour les dépasser, pour les transcender, pour les emmener vers un ailleurs, vers un monde où l’écologie ne sera plus une mode, mais une nécessité vitale. Un monde où l’écologie ne sera plus une question de petits gestes, mais une question de survie. Un monde où l’écologie ne sera plus une affaire de spécialistes, mais une affaire de tous.

Alors, oui, l’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, est une illusion. Une illusion dangereuse, car elle donne l’impression que l’on peut changer les choses sans rien changer. Mais les illusions, tôt ou tard, se dissipent. Et quand elles se dissipent, il ne reste plus que la vérité. Une vérité crue, brutale, implacable. Une vérité qui dit que le système est pourri jusqu’à la moelle, que les institutions sont complices, que les ONG sont des alibis, que les partis politiques sont des leurres. Une vérité qui dit que la seule issue, c’est la révolte. La révolte contre un monde qui nous nie, qui nous exploite, qui nous détruit.

Et cette révolte, elle ne viendra pas des salons feutrés du WWF. Elle ne viendra pas des rapports bien léchés des experts. Elle ne viendra pas des discours creux des politiques. Elle viendra des rues, des usines, des campagnes. Elle viendra de ceux qui n’ont plus rien à perdre, de ceux qui ont tout à gagner. Elle viendra de ceux qui refusent de se soumettre, de ceux qui refusent de se résigner. Elle viendra de ceux qui savent que l’écologie n’est pas une question de petits gestes, mais une question de survie. Une question de vie ou de mort.

Alors, oui, l’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, est une impasse. Mais elle est aussi un symptôme. Le symptôme d’un monde qui se meurt, qui étouffe sous le poids de ses contradictions. Le symptôme d’un système qui ne peut plus se reproduire qu’en se niant lui-même. Le symptôme d’une humanité qui, face à l’abîme, cherche désespérément une issue. Et cette issue, elle ne viendra pas des institutions. Elle ne viendra pas des experts. Elle ne viendra pas des politiques. Elle viendra de nous. De notre capacité à nous révolter, à nous organiser, à nous battre. De notre capacité à dire non. Non à un monde qui nous détruit. Non à un système qui nous exploite. Non à une écologie qui nous ment.

Car au fond, l’écologie populaire, ce n’est pas une question de « renouer avec les préoccupations des Français ». C’est une question de les dépasser, de les transcender, de les emmener vers un ailleurs. Vers un monde où l’écologie ne sera plus une mode, mais une nécessité. Vers un monde où l’écologie ne sera plus une question de petits gestes, mais une question de survie. Vers un monde où l’écologie ne sera plus une affaire de spécialistes, mais une affaire de tous. Vers un monde où l’écologie ne sera plus une illusion, mais une réalité. Une réalité crue, brutale, implacable. Une réalité qui nous dit que nous n’avons plus le choix. Que nous devons nous battre. Que nous devons nous révolter. Que nous devons dire non. Non à un monde qui nous nie. Non à un système qui nous exploite. Non à une écologie qui nous ment.

Alors, oui, l’écologie populaire, telle que la conçoit le WWF, est une impasse. Mais elle est aussi une chance. La chance de nous réveiller. La chance de nous révolter. La chance de nous battre. La chance de dire non. Non à un monde qui nous détruit. Non à un système qui nous exploite. Non à une écologie qui nous ment. La chance, en somme, de redevenir humains. De redevenir vivants.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans le désert, assoiffé, épuisé, les lèvres gercées par le soleil. Il marche, il marche encore, espérant trouver une oasis, un puits, une source d’eau vive. Soudain, il aperçoit au loin une silhouette. C’est un marchand, un de ces trafiquants qui vendent de l’eau aux voyageurs égarés. L’homme se précipite, suppliant, les mains tendues. Le marchand sourit, sort une bouteille d’eau fraîche, et la lui tend. « Voici, dit-il, bois, et tu seras sauvé. » L’homme s’empare de la bouteille, boit avidement, et sent la vie revenir en lui. Mais au bout de quelques gorgées, il s’arrête, regarde le marchand, et comprend. Cette eau, il doit la payer. Et il n’a rien. Pas un sou, pas un bijou, pas même un vêtement à échanger. Le marchand sourit à nouveau, et lui dit : « Ne t’inquiète pas. Tu peux me payer plus tard. En nature. En travail. En soumission. » L’homme comprend alors qu’il n’est pas sauvé. Qu’il vient simplement de troquer une mort contre une autre. Qu’il vient de passer de la soif à l’esclavage. Et qu’il n’y a pas d’issue. Pas dans ce désert. Pas avec ces marchands. Pas dans ce monde. Alors, il jette la bouteille, se relève, et se remet en marche. Non plus vers l’oasis, mais vers l’horizon. Vers l’inconnu. Vers la révolte. Car il sait maintenant que la seule eau qui peut le sauver, c’est celle qu’il ira chercher lui-même. Qu’il ira voler. Qu’il ira conquérir. Qu’il ira prendre, coûte que coûte, aux marchands et à leurs semblables. Car il sait maintenant que la liberté, comme l’eau, ne se mendie pas. Elle se prend.



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