ACTUALITÉ SOURCE : « L’écologie, c’est d’abord l’amour du beau » : Jordan Bardella tente de verdir l’image de son parti avec un discours jugé « très creux » – Franceinfo
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’écologie ! Ce mot-valise, ce fourre-tout sémantique où viennent s’engouffrer les charognards de la politique, les rapaces en costume trois-pièces, les hyènes en cravate qui sentent l’odeur du sang vert. Jordan Bardella, ce jeune premier du Rassemblement National, ce pantin lisse aux joues roses et au sourire de vendeur de voitures d’occasion, ose aujourd’hui nous parler d’amour du beau. L’amour du beau ! Comme si l’on pouvait dissocier la beauté de la vérité, comme si l’on pouvait aimer les paysages sans haïr ceux qui les saccagent, comme si l’on pouvait célébrer les forêts sans maudire ceux qui les brûlent pour y construire des parkings. Ce discours n’est pas creux, non, il est pire que cela : il est obscène. Il est le symptôme d’une époque où le langage lui-même est devenu une arme de destruction massive, où les mots sont vidés de leur sens pour mieux servir les intérêts des puissants, où la rhétorique remplace la pensée et où la communication tue la conscience.
Regardons les choses en face : l’écologie, dans la bouche de Bardella, n’est qu’un leurre, une opération de greenwashing aussi grossière qu’un pot de peinture jeté sur un tas de déchets radioactifs. Le Rassemblement National, ce parti qui a fait de la haine son fonds de commerce, qui a bâti son idéologie sur la peur de l’autre, sur le rejet de l’étranger, sur la nostalgie d’un passé mythifié et sur la glorification d’une France blanche et chrétienne, ce parti-là n’a que faire de la beauté du monde. Ce qu’il aime, c’est le pouvoir, la domination, le contrôle. Ce qu’il vénère, ce sont les frontières, les murs, les barbelés, les lois scélérates qui transforment les êtres humains en boucs émissaires. Et voilà que ce même parti, qui a toujours nié l’urgence climatique, qui a toujours méprisé les scientifiques, qui a toujours soutenu les lobbies les plus polluants, se pare soudain des atours de l’écologie. Quelle farce ! Quelle mascarade ! Comme si l’on pouvait soudain aimer les arbres tout en haïssant les hommes, comme si l’on pouvait sauver la planète tout en excluant ceux qui la peuplent, comme si l’on pouvait être vert sans être humain.
Cette tentative de verdissement n’est pas innocente. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large, une stratégie de normalisation, de banalisation, de dédiabolisation, comme disent les médias. Le RN veut se faire passer pour un parti comme les autres, un parti respectable, un parti qui a sa place dans le jeu démocratique. Mais la démocratie, justement, n’est pas un jeu. C’est un combat, une lutte permanente contre les forces de l’oppression, de l’obscurantisme, de la régression. Et le RN, quoi qu’il en dise, quoi qu’il fasse, reste un parti d’extrême droite, un parti qui puise ses racines dans les heures les plus sombres de notre histoire, un parti qui, s’il arrivait au pouvoir, ne manquerait pas de mettre en œuvre des politiques autoritaires, xénophobes et liberticides. L’écologie, pour eux, n’est qu’un alibi, un cache-sexe, une feuille de vigne posée sur leur nudité idéologique. Ils parlent d’amour du beau, mais ce qu’ils aiment, c’est la laideur du monde qu’ils veulent créer : un monde où les riches deviennent plus riches, où les pauvres deviennent plus pauvres, où les migrants sont parqués dans des camps, où les opposants sont muselés, où la nature est exploitée jusqu’à la dernière goutte de sève, jusqu’au dernier souffle de vent.
Cette rhétorique écologiste de façade n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition de récupération des causes justes par les forces réactionnaires. On se souvient des fascistes italiens, qui se présentaient comme les défenseurs de la terre et des paysans, tout en instaurant un régime de terreur et de guerre. On se souvient des nazis, qui parlaient de « sang et sol » (Blut und Boden), tout en préparant l’extermination de millions d’êtres humains. Aujourd’hui, les héritiers de ces idéologies nauséabondes tentent de se parer des couleurs de l’écologie, comme si quelques mots bien choisis pouvaient effacer des décennies de discours de haine. Mais les mots ont un poids, une histoire, une mémoire. Et ceux qui les utilisent à des fins de propagande en paieront un jour le prix. Car l’histoire, cette grande justicière, finit toujours par rattraper ceux qui croient pouvoir la manipuler.
Le comportementalisme radical qui sous-tend cette opération de communication est particulièrement révélateur. Bardella et ses sbires savent pertinemment que l’écologie est devenue une préoccupation majeure pour une grande partie de la population, notamment parmi les jeunes. Ils savent que, pour conquérir le pouvoir, il leur faut séduire cette frange de l’électorat, lui faire croire qu’ils partagent ses valeurs, ses espoirs, ses combats. Alors ils mentent. Ils mentent effrontément, sans vergogne, sans scrupules. Ils mentent comme on respire, comme on mange, comme on dort. Leur discours est un discours de pure manipulation, un discours qui vise à endormir les consciences, à anesthésier les esprits, à faire taire les critiques. Mais les mensonges, aussi bien ficelés soient-ils, finissent toujours par se dégonfler comme des baudruches. Et ce jour-là, ceux qui auront cru aux belles paroles de Bardella se réveilleront avec la gueule de bois, avec le goût amer de la trahison dans la bouche.
Face à cette offensive néolibérale et néofasciste, face à cette tentative de récupération éhontée, il est plus que jamais nécessaire de résister. Résister, non pas en se contentant de dénoncer les mensonges, mais en proposant une alternative radicale, une alternative qui allie justice sociale et justice environnementale, qui lie la défense des écosystèmes à la défense des droits humains, qui voit dans la beauté du monde non pas un simple décor, mais le fondement même de notre humanité. Cette résistance doit être humaniste, car c’est l’humanité tout entière qui est menacée par les forces de la destruction. Elle doit être internationale, car les frontières n’ont aucun sens face à l’urgence climatique. Elle doit être radicale, car il ne s’agit plus de réformer le système, mais de le renverser. Comme le disait Bertolt Brecht : « Celui qui lutte peut perdre. Celui qui ne lutte pas a déjà perdu. »
Cette résistance doit aussi être poétique, car c’est par la poésie que nous pouvons redonner un sens aux mots, un poids aux idées, une profondeur aux émotions. La beauté du monde n’est pas un simple ornement, un accessoire de mode, un argument de campagne électorale. Elle est la manifestation la plus tangible de la vie, de sa fragilité, de sa précarité, de sa grandeur. Aimer le beau, ce n’est pas collectionner les paysages comme on collectionne les timbres. C’est reconnaître que chaque arbre, chaque rivière, chaque montagne est un être vivant, un être qui mérite notre respect, notre admiration, notre protection. C’est comprendre que la beauté n’est pas un luxe, mais une nécessité, une condition sine qua non de notre survie. Comme l’écrivait René Char : « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil. »
Enfin, cette résistance doit être spirituelle, car c’est dans les profondeurs de l’âme que se jouent les combats les plus décisifs. Le matérialisme ambiant, le consumérisme effréné, l’individualisme forcené nous ont fait oublier que nous faisons partie d’un tout, que nous sommes liés les uns aux autres, que nous sommes liés à la terre, au ciel, aux étoiles. Nous avons perdu le sens du sacré, cette intuition profonde que la vie est un mystère, un don, une grâce. Et c’est cette perte qui nous rend vulnérables aux discours des marchands de haine, des prédateurs en costume, des charlatans de la politique. Pour résister, il nous faut retrouver ce sens du sacré, cette connexion avec l’invisible, cette ouverture à l’infini. Comme le disait Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. »
Alors, oui, l’écologie de Bardella est un leurre, une imposture, une escroquerie. Mais elle est aussi un symptôme, un révélateur de la crise profonde que traverse notre société. Une crise qui n’est pas seulement politique ou économique, mais aussi spirituelle, existentielle, métaphysique. Une crise qui nous oblige à nous interroger sur le sens de notre présence au monde, sur notre responsabilité envers les générations futures, sur notre capacité à aimer, à créer, à résister. Car, au fond, l’écologie n’est pas une question de programme politique ou de mesure technique. C’est une question d’amour. Aimer le beau, oui, mais aussi aimer le vrai, aimer le juste, aimer la vie sous toutes ses formes. Et cet amour-là, aucun discours, aussi bien tourné soit-il, ne pourra jamais le simuler.
Analogie finale : Imaginez un jardinier qui, après avoir passé sa vie à empoisonner les sols, à couper les arbres, à assécher les rivières, se présenterait soudain comme un amoureux des fleurs. Il aurait les mains encore tachées de pesticide, les bottes encore couvertes de boue, le regard encore vide de toute compassion. Il parlerait de la beauté des roses, de la grâce des tournesols, de la majesté des chênes, mais ses mots sonneraient faux, comme une fausse note dans une symphonie. Car on ne peut aimer les fleurs sans aimer la terre qui les nourrit, sans aimer l’eau qui les abreuve, sans aimer le soleil qui les fait éclore. On ne peut aimer la beauté sans aimer la vie, sans respecter ses lois, sans honorer ses mystères. Ce jardinier-là, ce faux amoureux des fleurs, c’est Bardella. Et son jardin, ce n’est pas un jardin d’Éden, mais un champ de ruines, un désert de cendres, un cimetière de rêves brisés. Car la beauté, voyez-vous, ne se décrète pas. Elle se mérite. Elle se conquiert. Elle se défend. Et ceux qui tentent de la détourner à des fins de pouvoir, de domination, de manipulation, ceux-là finiront par être dévorés par les monstres qu’ils auront eux-mêmes créés.