Récits pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupations des Français. – WWF France







L’Écologie Populaire : Une Fable pour Temps d’Effondrement – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Récits pour une écologie populaire : renouer avec les préoccupations des Français. – WWF France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les récits ! Toujours les récits ! Comme si l’humanité, cette grande malade chronique, pouvait se soigner par des contes de fées verts, des fables où le loup WWF se fait agneau pour mieux endormir les masses. « Renouer avec les préoccupations des Français », dit-on. Mais quelles préoccupations, au juste ? Celles des Français qui crèvent à petit feu dans des zones pavillonnaires transformées en déserts sociaux, où l’on vous vend du « vert » comme on vous vendait du « progrès » il y a cinquante ans ? Ou celles des Français qui, le ventre vide, regardent les bobos parisiens leur expliquer comment trier leurs déchets tout en sirotant leur latte bio à dix euros ? L’écologie populaire, voyez-vous, c’est le nouveau cache-sexe du capitalisme vert, ce monstre hybride qui a compris une chose : pour continuer à piller la planète, il faut d’abord piller les consciences.

Regardez bien cette mascarade. Le WWF, cette ONG qui a longtemps joué les pompiers pyromanes en finançant des projets « durables » qui ressemblaient étrangement à des opérations de greenwashing pour multinationales, nous sort aujourd’hui son grand récit humaniste. Comme si l’écologie pouvait être « populaire » sans être d’abord révolutionnaire. Comme si l’on pouvait soigner le cancer du productivisme avec des pansements en papier recyclé. Les Français, nous dit-on, sont préoccupés par l’environnement. Bien sûr qu’ils le sont ! Qui ne le serait pas en voyant les fleuves empoisonnés, les forêts rasées, les océans transformés en soupes de plastique ? Mais de là à croire que ces préoccupations peuvent se traduire en actions sans remettre en cause l’ordre économique qui les a engendrées, il y a un gouffre. Un gouffre que le WWF et ses semblables s’empressent de combler avec des mots creux, des « récits » qui sentent la communication bien léchée, le storytelling de cabinet ministériel.

L’histoire de la pensée nous a pourtant appris une chose : les grands récits ne sont jamais innocents. Ils sont les instruments des dominants, les outils par lesquels on façonne les consciences pour les rendre dociles. Le récit du « progrès », au XIXe siècle, a justifié la colonisation, l’industrialisation à outrance, l’exploitation des corps et des terres. Aujourd’hui, le récit de l’ »écologie populaire » sert à justifier la même chose : une transition douce, une adaptation molle, une révolution sans révolutionnaires. On nous parle de « renouer » avec les préoccupations des Français, comme si ces préoccupations n’étaient pas déjà le produit d’un système qui les a formatées, anesthésiées, rendues compatibles avec sa propre survie. Le Français moyen, celui qui trie ses déchets mais prend l’avion trois fois par an, celui qui achète des légumes bio mais roule en SUV, celui-là est le produit parfait du capitalisme vert. Il a intégré la culpabilité écologique comme il a intégré la culpabilité fiscale : une petite voix qui lui murmure qu’il pourrait faire mieux, mais surtout pas au point de remettre en cause son confort, ses habitudes, sa petite vie bien rangée.

Et c’est là que le bât blesse. L’écologie populaire, telle qu’elle est vendue par le WWF et consorts, n’est qu’une écologie de la résignation. Une écologie qui accepte le cadre néolibéral comme une donnée immuable, comme si l’on pouvait soigner la gangrène en changeant de pansement. On nous parle de « transition », mais jamais de rupture. On nous parle de « consommation responsable », mais jamais de décroissance. On nous parle de « récits », mais jamais de vérité. Car la vérité, voyez-vous, c’est que l’écologie ne sera populaire que lorsqu’elle deviendra incompatible avec le système qui la tue. Tant que l’on pourra être « écolo » en achetant des produits labellisés, en votant pour des partis qui promettent le « développement durable » (quelle oxymore !), en signant des pétitions en ligne, alors l’écologie restera ce qu’elle est aujourd’hui : un alibi pour les puissants, un exutoire pour les consciences tourmentées, une soupape de sécurité pour un système en surchauffe.

Prenez l’exemple de ces « préoccupations des Français » que le WWF prétend vouloir capter. Quelles sont-elles, au fond ? La peur de l’effondrement, bien sûr. La peur de voir ses enfants grandir dans un monde invivable. La peur de perdre ce qui reste de nature, de beauté, de sacré. Mais ces peurs, le système les a déjà domestiquées. Il les a transformées en marché. Le marché de la peur écologique, c’est le nouveau filon : on vous vend des assurances contre les catastrophes climatiques, des kits de survie pour l’apocalypse, des stages de résilience pour apprendre à vivre dans un monde en ruine. L’écologie populaire, dans cette optique, n’est qu’un nouveau segment de consommateurs. Des consommateurs anxieux, certes, mais des consommateurs tout de même. Des gens qui achètent des livres sur la collapsologie en se disant que, peut-être, ils auront le temps de finir leur retraite avant que tout ne s’effondre.

Et c’est là que le comportementalisme radical entre en jeu. Car le système ne se contente pas de vendre des produits « verts ». Il vend aussi des comportements, des attitudes, des façons de penser. Il formate les esprits pour qu’ils acceptent l’inacceptable. Regardez comment on parle de l’écologie aujourd’hui : on vous explique que « chaque geste compte », que « vous pouvez faire la différence ». Comme si le problème était individuel, et non systémique. Comme si le salut venait des petits gestes, et non d’une remise en cause radicale de l’ordre économique. C’est le même discours que celui du néolibéralisme : « Vous êtes responsable de votre succès, de votre bonheur, de votre salut écologique. » Sauf que, bien sûr, cette responsabilité est une illusion. Une illusion qui permet de détourner l’attention des véritables responsables : les multinationales, les gouvernements, les institutions financières qui continuent de piller la planète en toute impunité.

La résistance humaniste, face à cette mascarade, ne peut être que radicale. Elle doit refuser les récits lénifiants, les fables rassurantes, les solutions molles. Elle doit dire la vérité, même si cette vérité est insupportable : nous sommes dans une impasse, et la seule issue est une rupture totale avec le système qui nous y a menés. Une rupture qui passe par la décroissance, par la relocalisation, par la remise en cause de la propriété privée, par la fin de la logique du profit. Une rupture qui ne peut être que révolutionnaire, car le système ne se réformera pas de lui-même. Il ne lâchera rien sans combat. Et c’est là que le bât blesse, car les Français, dans leur grande majorité, ne veulent pas de cette rupture. Ils veulent une écologie qui ne les dérange pas, qui ne remette pas en cause leur petit confort, leurs petites habitudes. Une écologie qui leur permette de continuer à consommer, à voyager, à vivre comme avant, mais en « vert ».

C’est pourquoi l’écologie populaire, telle qu’elle est promue par le WWF, est une impasse. Une impasse qui mène tout droit à l’effondrement, mais en douceur, avec des récits apaisants pour accompagner la chute. Car le système a compris une chose : pour survivre, il doit intégrer ses propres contradictions. Il doit faire croire qu’il peut se réformer de l’intérieur, qu’il peut devenir « durable », « responsable », « éthique ». Mais c’est un leurre. Un leurre dangereux, car il donne l’illusion que le changement est possible sans douleur, sans sacrifice, sans combat. Or, l’histoire nous a appris que les grands changements ne se font jamais sans violence. Sans violence contre l’ordre établi, bien sûr, mais aussi sans violence contre soi-même, contre ses propres habitudes, contre ses propres illusions.

Alors, que faire ? D’abord, refuser les récits. Refuser les fables vertes, les contes de fées écologiques, les solutions toutes faites. Ensuite, regarder la réalité en face : nous sommes en train de détruire la planète, et rien, dans le système actuel, ne peut arrêter cette destruction. Enfin, agir. Pas en triant ses déchets, pas en signant des pétitions, mais en s’attaquant aux racines du mal. En refusant de participer au système, en boycottant les multinationales, en créant des alternatives locales, en résistant à l’ordre économique. En un mot : en devenant des révolutionnaires. Car l’écologie populaire, la vraie, celle qui peut encore sauver quelque chose, ne sera pas une écologie de la résignation, mais une écologie de la révolte.

Comme le disait un vieux sage : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » Aujourd’hui, le mal, c’est le système qui nous mène à l’effondrement. Et ceux qui le regardent sans rien faire, ce sont les millions de Français qui trient leurs déchets en espérant que cela suffira. L’écologie populaire, si elle veut avoir un sens, doit être une écologie de l’action. Une écologie qui ne se contente pas de raconter des histoires, mais qui change le cours de l’Histoire.

Analogie finale : Imaginez un homme perdu dans une forêt en flammes. Autour de lui, les arbres brûlent, les animaux fuient, l’air est irrespirable. Que fait-il ? Il pourrait courir, essayer de trouver une issue, un cours d’eau, un refuge. Mais non. Il s’assoit, sort un carnet, et commence à écrire une belle histoire sur la forêt. Une histoire où les arbres ne brûlent pas, où les animaux vivent en paix, où l’air est pur. Une histoire où tout est beau, tout est simple, tout est possible. Il écrit, il écrit, et pendant ce temps, les flammes se rapprochent. Bientôt, elles l’encerclent. Il lève les yeux, sourit, et murmure : « Au moins, j’aurai laissé un beau récit. » Puis il brûle, avec sa forêt, avec ses illusions, avec ses mots. Le WWF et ses récits écologiques, c’est cet homme-là. Ils écrivent de belles histoires pendant que la forêt brûle. Et nous, nous sommes les arbres, les animaux, les flammes. Nous brûlons, et eux nous racontent des contes.



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