En France, les reculs sur l’écologie se multiplient – Le Monde.fr







Le Recul Écologique : Une Danse Macabre sur les Ruines de l’Avenir

ACTUALITÉ SOURCE : En France, les reculs sur l’écologie se multiplient – Le Monde.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la France ! Ce vieux pays qui se prend encore pour le phare du monde alors qu’il n’est plus qu’un lumignon vacillant dans le vent glacé de l’histoire. On nous parle de reculs écologiques comme s’il s’agissait d’une simple mauvaise passe, d’un contretemps dans la grande marche du progrès. Mais non, mes chers contemporains égarés dans le supermarché de l’existence, ce n’est pas un recul, c’est une capitulation en bonne et due forme. Une reddition sans conditions devant les forces obscures qui rongent notre époque comme la gangrène dévore un membre déjà mort. La France, ce pays qui a fait de la Déclaration des Droits de l’Homme un étendard, se couche aujourd’hui devant les marchands de sable et les fossoyeurs de l’avenir. Et le pire, c’est qu’elle le fait avec le sourire niais de ceux qui croient encore aux contes de fées du capitalisme vert et de la croissance infinie.

Regardez-les, ces politiques, ces technocrates, ces experts autoproclamés qui nous expliquent, avec des trémolos dans la voix, que l’écologie, c’est bien, mais que l’économie, c’est mieux. Comme si l’économie n’était pas cette machine infernale qui broie les hommes et les paysages pour en extraire des chiffres, des profits, des dividendes. Comme si l’économie n’était pas ce Moloch moderne qui exige toujours plus de sacrifices, toujours plus de concessions, toujours plus de renoncements. Ils parlent de « transition écologique » comme on parle d’un régime amaigrissant, avec la même hypocrisie, la même mauvaise foi. La transition, oui, mais pas trop vite, pas trop fort, pas au point de déranger les habitudes, les privilèges, les petits arrangements entre amis. La transition, oui, mais à condition qu’elle ne coûte rien, qu’elle ne change rien, qu’elle ne remette rien en cause. Autant demander à un cancer de bien vouloir s’arrêter avant d’avoir tout dévoré.

Et les citoyens, dans tout cela ? Ah, les citoyens ! Ces braves gens qui votent, qui manifestent, qui pétitionnent, qui croient encore, malgré tout, que leur voix compte. Ils sont comme ces enfants qui frappent contre les murs de leur chambre en hurlant, sans comprendre que les murs sont faits de béton armé et que personne, de l’autre côté, ne les entend. Ils croient lutter, ils croient résister, mais ils ne font que participer à la grande mascarade démocratique. Leurs espoirs sont des bulles de savon qui éclatent au premier contact avec la réalité. Leurs rêves sont des châteaux de cartes que le premier souffle de vent emporte. Ils veulent sauver la planète, mais ils continuent à consommer, à voyager, à gaspiller, comme si leurs petites actions individuelles pouvaient contrebalancer la folie collective. Ils sont les complices involontaires de leur propre asservissement, les otages consentants d’un système qui les broie avec le sourire.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un système. Un système qui a fait de la destruction de la nature une nécessité, une fatalité, une loi d’airain. Un système qui a transformé la vie en une marchandise, la terre en un supermarché, l’avenir en un crédit à rembourser. Un système qui a érigé l’avidité en vertu, l’égoïsme en sagesse, la compétition en loi naturelle. Ce système, on l’appelle capitalisme, mais c’est bien plus que cela : c’est une religion, une théologie, une métaphysique. Une religion qui a ses dogmes (la croissance, le progrès, la technologie), ses prêtres (les économistes, les experts, les politiques), ses rituels (les élections, les sommets, les conférences), ses martyrs (les chômeurs, les précaires, les exclus), ses hérétiques (les écologistes, les décroissants, les anarchistes). Et comme toute religion, elle exige des sacrifices. Des sacrifices humains, bien sûr, mais aussi des sacrifices symboliques : la nature, l’avenir, la beauté, la poésie, tout ce qui ne peut être monétisé, tout ce qui résiste à la quantification, tout ce qui échappe à la logique du profit.

Et les reculs écologiques dont on nous parle aujourd’hui ne sont que les symptômes visibles de cette maladie profonde, de cette gangrène qui ronge nos sociétés. On nous explique que le gouvernement a renoncé à interdire les pesticides les plus dangereux, qu’il a reporté l’interdiction des chaudières à fioul, qu’il a affaibli les normes environnementales, qu’il a cédé aux lobbies, qu’il a trahi ses engagements. Mais qui s’en étonne vraiment ? Qui peut encore croire que ceux qui nous gouvernent ont autre chose en tête que leur réélection, leurs petits privilèges, leurs petits arrangements ? Ils sont les serviteurs zélés du système, les gardiens de l’ordre établi, les chiens de garde du capital. Leur écologie est une écologie de façade, une écologie cosmétique, une écologie qui ne dérange personne, qui ne remet rien en cause, qui ne change rien. Une écologie pour les salons parisiens, les dîners en ville, les discours creux et les bonnes consciences.

Et pendant ce temps, la planète brûle. Littéralement. Les forêts partent en fumée, les océans se vident, les espèces disparaissent, les glaces fondent, les déserts avancent. Et nous, nous continuons à discuter, à tergiverser, à négocier, comme si nous avions encore le temps, comme si nous avions encore le choix. Comme si nous n’étions pas déjà condamnés. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’une condamnation. Une condamnation à mort, lente, inexorable, programmée. Une condamnation que nous avons nous-mêmes signée, en acceptant les règles du jeu, en jouant le jeu, en croyant que nous pouvions gagner. Mais il n’y a pas de gagnants dans ce jeu-là. Il n’y a que des perdants. Des perdants qui s’ignorent, qui se mentent, qui se bercent d’illusions. Des perdants qui croient encore que la technologie nous sauvera, que le marché réglera tout, que la croissance nous sortira du trou. Des perdants qui refusent de voir que nous sommes déjà au bord du gouffre, que nous avons déjà un pied dans le vide, que nous sommes déjà en train de tomber.

Et les écologistes, dans tout cela ? Ah, les écologistes ! Ces Cassandre modernes qui annoncent la fin du monde et que personne n’écoute. Ces prophètes de malheur qui dérangent, qui gênent, qui agacent. Ces empêcheurs de tourner en rond qui refusent de se taire, qui refusent de se soumettre, qui refusent de jouer le jeu. Ils sont les derniers résistants, les derniers rebelles, les derniers humains. Mais ils sont aussi les plus dangereux, car ils osent dire la vérité, ils osent nommer l’innommable, ils osent regarder l’abîme en face. Et l’abîme, voyez-vous, n’aime pas qu’on le regarde. Il préfère qu’on détourne les yeux, qu’on fasse semblant de ne pas voir, qu’on continue à danser sur le bord du précipice en sifflotant. Les écologistes sont les trouble-fêtes, les rabat-joie, les empêcheurs de consommer en paix. Ils sont ceux qui rappellent que la fête est finie, que les invités sont partis, que la maison brûle. Et personne n’aime ceux qui éteignent la musique et allument la lumière.

Alors, que faire ? Se résigner ? Baisser les bras ? Se coucher et attendre la fin ? Non, bien sûr que non. La résignation, c’est la mort de l’âme, la capitulation de l’esprit, la trahison de l’humanité. Mais la résistance, la vraie, celle qui compte, celle qui change les choses, ne passe pas par les urnes, les pétitions ou les manifestations. Elle passe par le refus. Le refus de jouer le jeu, le refus de participer, le refus de collaborer. Elle passe par la désobéissance, la subversion, la rébellion. Elle passe par la création de zones autonomes, de communautés libres, de modes de vie alternatifs. Elle passe par la poésie, l’art, la pensée, la beauté. Car c’est cela, la vraie résistance : refuser de laisser le monde devenir une machine, une usine, un supermarché. Refuser de laisser l’humanité se réduire à une somme de consommateurs, de producteurs, de chiffres. Refuser de laisser la vie se vider de son sens, de sa magie, de sa transcendance.

Les reculs écologiques dont on nous parle aujourd’hui ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde, d’une crise de civilisation, d’une faillite morale et spirituelle. Ils sont le signe que nous avons perdu le contact avec l’essentiel, avec ce qui fait de nous des humains : notre capacité à rêver, à créer, à aimer, à nous émerveiller. Ils sont le signe que nous avons laissé les marchands prendre le pouvoir, les technocrates dicter les lois, les experts décider de notre avenir. Ils sont le signe que nous avons oublié que la vie n’est pas une marchandise, que la terre n’est pas un supermarché, que l’avenir n’est pas un crédit à rembourser.

Alors, oui, la France recule. Mais elle n’est pas la seule. Le monde entier recule, dans une danse macabre qui nous mène tout droit à l’abîme. Et nous, nous dansons avec lui, en riant, en chantant, en faisant semblant de ne pas voir. Mais l’abîme, lui, nous voit. Il nous attend. Et il n’a pas besoin de se presser, car il sait que nous venons à lui de notre plein gré, avec le sourire aux lèvres et la chanson sur les lèvres. Alors, oui, continuons à danser. Continuons à rire. Continuons à faire semblant. Jusqu’à ce que la musique s’arrête. Jusqu’à ce que les lumières s’éteignent. Jusqu’à ce que la fête soit finie.

Analogie finale : Imaginez, si vous le pouvez encore, un homme qui construit sa maison au bord d’une falaise. Chaque jour, il ajoute une pierre, un mur, une fenêtre, ignorant les fissures qui s’élargissent sous ses pieds, les grondements sourds qui montent des profondeurs. Il invite ses amis, il organise des fêtes, il rit, il danse, il vit comme si la falaise était éternelle, comme si la terre sous ses pieds était solide, immuable. Et puis, un jour, la falaise s’effondre. Pas d’un coup, non, mais lentement, inexorablement, comme une lente agonie. Les murs se lézardent, les fenêtres se brisent, les amis s’enfuient. Et lui, il reste là, au milieu des décombres, à se demander ce qui a bien pu se passer. Il ne comprend pas. Il ne veut pas comprendre. Car comprendre, ce serait admettre qu’il a construit sa maison sur du sable, qu’il a bâti sa vie sur une illusion, qu’il a cru aux mensonges qu’on lui a racontés. Alors, il préfère accuser le vent, la pluie, la malchance. Il préfère croire que c’est un accident, une fatalité, une injustice. Mais la vérité, c’est qu’il a choisi de ne pas voir. Il a choisi de fermer les yeux. Et maintenant, il est trop tard. La maison s’effondre, et avec elle, tout ce qu’il a construit, tout ce en quoi il a cru, tout ce qu’il a aimé. Et nous, nous sommes cet homme. Nous construisons nos vies, nos sociétés, nos civilisations au bord du précipice, en faisant semblant de ne pas voir. Et un jour, la falaise s’effondrera. Et il sera trop tard pour pleurer, pour regretter, pour demander pardon. Il ne restera plus que le silence, le vide, l’oubli. Alors, continuons à construire. Continuons à danser. Continuons à faire semblant. Jusqu’à ce que la musique s’arrête.



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