Environnement : toute l’actu environnement – France 24







L’Environnement ou l’Art de Danser sur un Volcan – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Environnement : toute l’actu environnement – France 24

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’environnement ! Ce mot-valise, ce concept fourre-tout, ce hochet agité par les médias comme une clochette devant un chat affamé. On nous abreuve de « toute l’actualité environnementale », comme si l’on pouvait résumer l’effondrement d’un monde en une rubrique bien propre, bien lissée, bien conforme aux attentes des actionnaires de France 24. Mais derrière les images de forêts qui brûlent, de glaciers qui fondent et de politiques qui sourient en plantant des arbres, se cache une vérité bien plus sordide : l’environnement, aujourd’hui, n’est plus un sujet. C’est un symptôme. Le symptôme d’une civilisation qui a troqué sa conscience contre des algorithmes, sa dignité contre des likes, et son avenir contre des dividendes trimestriels.

Regardez-les, ces nouveaux prêtres de l’écologie médiatique, ces experts autoproclamés qui défilent sur les plateaux avec leurs graphiques en couleurs et leurs prévisions catastrophistes. Ils parlent de « transition écologique », de « neutralité carbone », de « croissance verte », comme si ces mots avaient encore un sens. Comme si l’on pouvait soigner un cancer avec des pansements. Comme si l’on pouvait éteindre un incendie en soufflant dessus. La vérité, c’est que l’environnement est devenu un marché, un nouveau terrain de jeu pour les mêmes prédateurs qui ont déjà saigné l’économie, la culture et l’âme humaine. On nous vend des voitures électriques fabriquées par des enfants en Chine, des « crédits carbone » qui permettent aux multinationales de continuer à polluer en toute bonne conscience, et des « sommets pour le climat » où les dirigeants signent des accords qu’ils ne respecteront jamais. C’est le grand cirque de la culpabilisation collective : on nous fait porter le poids de la destruction planétaire, alors que 71% des émissions de CO2 sont produites par seulement 100 entreprises. Mais chut, ne le dites pas trop fort, cela pourrait fausser le récit.

Et puis il y a cette hypocrisie fondamentale, ce mensonge originel qui sous-tend toute la mascarade : l’idée que l’on peut concilier capitalisme et survie. Comme si le système qui a engendré la crise pouvait aussi la résoudre. Comme si l’on pouvait guérir la gangrène avec plus de gangrène. Le capitalisme vert, c’est l’équivalent moral d’un violeur qui vous offre un bouquet de fleurs après l’acte. On nous serine que « l’innovation technologique » va nous sauver, que les géants de la Silicon Valley vont inventer une machine à capturer le CO2 ou une pilule pour remplacer la photosynthèse. Mais personne ne semble se demander : qui contrôlera ces technologies ? Qui en profitera ? Qui en sera exclu ? La réponse est toujours la même : les mêmes qui contrôlent déjà tout le reste. L’écologie, dans ce contexte, n’est qu’un nouveau champ de bataille pour le pouvoir, une nouvelle façon de justifier l’injustifiable. On nous parle de « résilience », de « durabilité », mais ces mots sont vides. Ils ne signifient rien. Ils sont là pour nous endormir, pour nous faire croire que tout va bien, que tout peut continuer comme avant, à condition de trier nos déchets et d’acheter des produits bio.

Mais le pire, peut-être, c’est cette résignation molle, cette acceptation passive de l’inacceptable. Nous sommes devenus des spectateurs de notre propre destruction, des consommateurs de catastrophes. On regarde les images de l’Amazonie en flammes comme on regarde une série Netflix : avec une fascination morbide, mais sans jamais vraiment croire que cela nous concerne. On signe des pétitions en ligne, on partage des posts indignés, on achète des tote bags « Sauvez la planète », et puis on retourne à notre petite vie, bien au chaud dans notre bulle de confort. Nous sommes comme ces Romains qui continuaient à festoyer pendant que l’Empire s’effondrait autour d’eux. Sauf que nous, nous avons Twitter. Nous avons l’illusion de l’action, l’illusion de la participation, l’illusion de la résistance. Mais en réalité, nous ne résistons à rien. Nous sommes complices. Nous sommes les rouages consentants d’une machine qui nous broie.

Et que dire de ces nouveaux fascismes verts qui émergent un peu partout ? Ces mouvements qui mélangent écologie et nationalisme, qui prônent la fermeture des frontières au nom de la « protection de la nature », qui voient dans l’immigré ou le réfugié climatique une menace à éradiquer. L’écologie devient alors un prétexte pour justifier la haine, l’exclusion, la violence. On nous explique que « la Terre est pleine », que « nous n’avons plus les moyens » d’accueillir les damnés de la planète. Comme si la Terre appartenait à quelques-uns. Comme si la survie des uns devait nécessairement passer par la mort des autres. Ces discours sont dangereux, car ils détournent la colère légitime des peuples vers des boucs émissaires. Ils transforment une lutte nécessaire – celle pour la justice climatique – en une guerre entre pauvres. Et pendant ce temps, les vrais responsables, les vrais coupables, continuent de s’enrichir, de polluer, de détruire, sans jamais être inquiétés.

Car c’est là le cœur du problème : nous vivons dans un monde où la responsabilité est toujours collective, mais où les profits, eux, sont toujours individuels. On nous parle de « responsabilité partagée », de « mobilisation citoyenne », mais personne ne semble vouloir désigner les vrais coupables. Personne ne semble vouloir s’attaquer aux structures mêmes du pouvoir. On préfère nous faire croire que c’est à nous, simples citoyens, de changer nos ampoules, de manger moins de viande, de prendre moins l’avion. Comme si ces petits gestes pouvaient suffire. Comme si l’on pouvait vider l’océan avec une cuillère. La vérité, c’est que le système ne changera pas parce que nous aurons tous adopté le vélo. Le système changera quand nous aurons le courage de le briser. Quand nous aurons le courage de dire non. Non aux multinationales qui pillent la planète. Non aux gouvernements qui les protègent. Non à cette logique mortifère qui veut que tout ait un prix, même la vie.

Mais pour cela, il faudrait d’abord retrouver une forme de lucidité. Il faudrait accepter l’idée que nous sommes peut-être déjà trop tard. Que les dés sont jetés. Que les générations futures hériteront d’un monde en ruine, et que nous en sommes responsables. Pas seulement à cause de nos choix individuels, mais à cause de notre silence, de notre passivité, de notre lâcheté. Nous avons laissé faire. Nous avons préféré le confort à la révolte. Nous avons choisi l’illusion du progrès plutôt que la réalité de la décadence. Et maintenant, nous en payons le prix.

Alors oui, l’actualité environnementale est une farce. Une farce tragique, mais une farce quand même. Parce qu’elle nous donne l’illusion que quelque chose est fait, que quelque chose peut encore être sauvé. Mais en réalité, rien n’est fait. Rien n’est sauvé. Nous sommes comme ces passagers du Titanic qui continuent à danser pendant que le navire coule. Sauf que nous, nous avons choisi de danser. Nous avons choisi l’orchestre plutôt que les canots de sauvetage. Et maintenant, il est peut-être trop tard pour changer d’avis.

Mais il reste une lueur d’espoir. Une lueur fragile, vacillante, mais réelle. Cette lueur, c’est la résistance. Pas la résistance molle des pétitions en ligne ou des marches climat bien sages. Non, la résistance radicale. Celle qui dit non. Celle qui refuse. Celle qui se bat, même quand tout semble perdu. Parce que c’est dans ces moments-là, quand tout est noir, que l’humanité révèle parfois sa grandeur. Quand elle choisit la révolte plutôt que la résignation. Quand elle préfère brûler plutôt que de se soumettre.

Alors oui, l’environnement est un symptôme. Mais c’est aussi un miroir. Un miroir qui nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus : des complices, des lâches, des consommateurs dociles. Mais c’est aussi un miroir qui peut nous montrer ce que nous pourrions être : des résistants, des révoltés, des humains. À nous de choisir.

Analogie finale : Imaginez un arbre millénaire, un chêne centenaire, debout au milieu d’une forêt primaire. Ses racines plongent profondément dans la terre, ses branches s’étendent vers le ciel comme des bras tendus vers l’infini. Cet arbre a vu des siècles passer, des empires s’effondrer, des civilisations naître et mourir. Il est le témoin silencieux de l’histoire humaine, un monument vivant de résilience et de sagesse. Maintenant, imaginez que cet arbre est la Terre. Imaginez que nous, les humains, sommes des parasites qui rongent son écorce, qui sucent sa sève, qui grignotent ses feuilles. Nous croyons être les maîtres de cet arbre, les propriétaires de cette forêt. Mais en réalité, nous ne sommes que des locataires. Des locataires indélicats, bruyants, destructeurs. Et un jour, l’arbre se lassera de nous. Il secouera ses branches, et nous tomberons. Comme des fruits pourris. Comme des feuilles mortes. Et la forêt continuera sans nous, indifférente, éternelle. Car la Terre n’a pas besoin de nous. C’est nous qui avons besoin d’elle. Et c’est cette vérité, cette vérité simple et terrible, que nous avons oubliée. Nous avons cru que nous pouvions dominer la nature. Mais la nature, elle, n’a jamais cessé de nous dominer. Elle nous tolère, pour l’instant. Mais son hospitalité a des limites. Et nous sommes en train de les franchir, une à une, avec l’arrogance des fous et la voracité des prédateurs. Alors oui, l’arbre tremble. Et bientôt, peut-être, il tombera. Pas à cause de nous. Mais malgré nous. Et ce jour-là, nous comprendrons enfin que nous n’étions que des invités. Des invités indésirables.



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