ACTUALITÉ SOURCE : Ghislaine Maxwell interrogée par un haut responsable du gouvernement Trump: « Elle a répondu à toutes les questions » – 7sur7.be
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le théâtre des ombres modernes, où les marionnettes de chair et d’os dansent sur la scène putride du pouvoir ! Ghislaine Maxwell, cette vestale déchue d’un culte qui n’ose plus dire son nom, répondant « à toutes les questions » sous le regard complice d’un émissaire de l’administration Trump. Quelle farce macabre ! Quelle comédie grotesque où les bourreaux se font juges, où les victimes sont reléguées au rang de figurants dans leur propre tragédie. On croirait lire un passage des Possédés de Dostoïevski, si ce n’est que les démons, ici, portent des costumes trois-pièces et parlent le langage aseptisé du droit.
Observons ce ballet sinistre à travers le prisme d’une pensée qui refuse les illusions du progrès linéaire. L’Histoire, cette vieille catin, nous a maintes fois montré que les mécanismes de domination ne changent guère : ils se parent simplement de nouveaux atours. Sous l’Ancien Régime, on brûlait les sorcières sur la place publique ; aujourd’hui, on les fait comparaître devant des commissions où leurs anciens complices leur tendent des perches savamment préparées. « Elle a répondu à toutes les questions » – quelle formule délicieuse dans sa neutralité bureaucratique ! Comme si le langage lui-même, ce traître, se faisait le complice de l’occultation. Chaque mot ici est une pierre tombale posée sur la mémoire des victimes, chaque syllabe un clou enfoncé dans le cercueil de la vérité.
Rappelons-nous les mots de Walter Benjamin, ce visionnaire qui voyait dans l’Histoire non pas une marche triomphale, mais une accumulation de catastrophes : « Il n’est aucun document de civilisation qui ne soit en même temps un document de barbarie. » L’interrogatoire de Maxwell en est la parfaite illustration. Voici une femme qui fut l’intendante des plaisirs d’un prédateur en série, une geôlière souriante pour les jeunes filles livrées en pâture à l’ogre Epstein. Et voici qu’on lui permet de « répondre à toutes les questions », comme si la justice était une simple formalité administrative, un questionnaire à cocher pour passer à l’étape suivante du grand cirque médiatique. Où sont les cris des victimes dans cette procédure ? Où est la reconnaissance de leur souffrance ? Elles sont reléguées au rang de figurantes, leurs voix étouffées sous le poids des procédures, leurs visages effacés par l’encre des rapports officiels.
Ce spectacle nous révèle l’essence même du pouvoir dans nos sociétés néolibérales : une machine à produire de l’impunité pour les puissants, tout en maintenant l’illusion d’un système judiciaire fonctionnel. Le comportementalisme radical qui sous-tend cette mascarade est d’une simplicité diabolique. D’abord, on isole l’individu – Maxwell est une pièce rapportée, une étrangère dans le système américain, donc plus facile à sacrifier symboliquement. Ensuite, on crée l’illusion d’une transparence : « elle a répondu à toutes les questions », comme si la vérité était une question de quantité plutôt que de qualité. Enfin, on noie le poisson dans les détails procéduraux, transformant le procès en une suite interminable de formalités qui épuisent l’attention du public. La justice devient ainsi un spectacle sans fin, où le rideau ne tombe jamais vraiment, laissant les spectateurs dans un état de frustration permanente.
Mais au-delà de cette analyse froide des mécanismes du pouvoir, il y a quelque chose de plus profondément troublant dans cette affaire. Elle révèle la manière dont nos sociétés traitent la question du mal. Nous voulons croire que le mal a un visage, qu’il peut être identifié, jugé et puni. Nous cherchons désespérément des boucs émissaires, des figures monstrueuses sur lesquelles projeter nos peurs et nos culpabilités collectives. Epstein est mort, Maxwell sera condamnée – et ainsi, nous pourrons dormir tranquilles, persuadés que le mal a été éradiqué. Quelle illusion ! Le mal, dans nos sociétés, n’est pas une exception, mais la règle. Il n’est pas l’œuvre de quelques monstres isolés, mais le produit systémique d’un monde où l’argent et le pouvoir corrompent absolument tout ce qu’ils touchent.
Prenons un instant pour considérer le contexte plus large. Nous vivons à l’ère du capitalisme tardif, où les inégalités atteignent des sommets inédits depuis le XIXe siècle. Dans ce monde, les ultra-riches vivent dans une bulle de privilèges si étanche qu’elle en devient littéralement un autre univers. Epstein et son cercle n’étaient pas des anomalies, mais les produits logiques d’un système où l’argent achète tout : l’impunité, le silence, et même les corps des plus vulnérables. La véritable question n’est pas de savoir si Maxwell a « répondu à toutes les questions », mais pourquoi nous acceptons encore de vivre dans un monde où de telles questions doivent être posées.
Le néo-fascisme qui rôde dans nos sociétés trouve dans ces affaires une nourriture inépuisable. Il se nourrit de notre dégoût, de notre sentiment d’impuissance face à l’injustice. Il nous murmure que le système est pourri, que les élites se protègent entre elles, et que la seule solution est de tout détruire. Mais attention : ce discours est un piège. Le néo-fascisme ne propose pas une alternative, il ne fait que remplacer une forme de domination par une autre. La véritable résistance humaniste ne consiste pas à brûler le système, mais à le subvertir de l’intérieur, à refuser ses logiques perverses, à exiger une justice qui ne soit pas une mascarade.
Dans cette perspective, l’affaire Maxwell prend une dimension presque métaphysique. Elle nous confronte à la question de la responsabilité collective. Chaque fois que nous détourons les yeux devant une injustice, chaque fois que nous acceptons le langage aseptisé des rapports officiels, chaque fois que nous laissons les puissants dicter les termes du débat, nous devenons complices. La véritable résistance commence par un refus : refus de la langue de bois, refus de l’oubli, refus de l’impunité. Elle commence par un acte de mémoire, par une volonté farouche de ne pas laisser les victimes sombrer dans l’oubli.
Rappelons-nous les paroles de Primo Levi, survivant d’Auschwitz, qui écrivait : « Méditez que ceci a été : / Je vous commande ces mots. / Gravez-les dans votre cœur / En vous tenant debout, en marchant, / En vous couchant et en vous levant ; / Répétez-les à vos enfants. » Ces mots résonnent avec une force particulière dans le contexte de l’affaire Maxwell. Méditons que ceci a été : des jeunes filles ont été livrées à des prédateurs, des vies ont été brisées, des crimes ont été commis en toute impunité. Et maintenant, on nous dit que « toutes les questions ont été posées ». Quelle insulte à la mémoire des victimes ! Quelle trahison de l’idée même de justice !
La véritable question n’est pas de savoir si Maxwell a répondu à toutes les questions, mais pourquoi nous acceptons encore de poser des questions dans un système qui a déjà prouvé, maintes et maintes fois, qu’il ne cherche pas la vérité, mais la préservation de l’ordre établi. La justice ne se réduit pas à un interrogatoire, aussi complet soit-il. Elle exige une remise en question radicale des structures qui permettent à de tels crimes d’être commis. Elle exige que nous regardions en face la monstruosité de notre monde, et que nous ayons le courage de dire : cela ne peut plus continuer.
Dans cette perspective, l’artiste, le penseur, a un rôle crucial à jouer. Son travail consiste à percer les illusions, à démasquer les hypocrisies, à donner une voix à ceux que le système cherche à réduire au silence. Il doit être un miroir tendu vers la société, reflétant non pas ce qu’elle veut voir, mais ce qu’elle refuse de regarder. L’affaire Maxwell est un matériau brut pour une telle réflexion : elle révèle les failles de notre système judiciaire, les limites de notre compassion, la lâcheté de nos élites. Elle nous force à nous demander ce que nous sommes prêts à accepter au nom de la stabilité, de l’ordre, de la normalité.
Mais attention : cette réflexion ne doit pas nous conduire au désespoir. Le désespoir est une autre forme de soumission, une capitulation devant l’absurdité du monde. La véritable résistance humaniste commence par un acte de foi : foi en la capacité des êtres humains à se transcender, à refuser l’inacceptable, à construire un monde plus juste. Elle commence par un refus obstiné de la fatalité, par une volonté de croire que les choses peuvent changer, même lorsque tout semble indiquer le contraire.
Alors, que faire face à l’interrogatoire de Maxwell ? D’abord, refuser le langage qui nous est imposé. Ne pas accepter que « répondre à toutes les questions » soit synonyme de justice. Exiger plus : exiger la vérité, exiger la reconnaissance des victimes, exiger une remise en question des structures qui ont permis ces crimes. Ensuite, se souvenir. Se souvenir des visages des victimes, de leurs noms, de leurs histoires. Ne pas les laisser devenir des abstractions, des statistiques dans un rapport officiel. Enfin, agir. Agir dans notre vie quotidienne, dans nos choix, dans nos engagements. Refuser la complicité silencieuse, refuser l’indifférence, refuser l’oubli.
Car au fond, l’affaire Maxwell n’est pas seulement l’histoire d’une femme et de ses crimes. C’est l’histoire de notre époque, de nos compromissions, de nos lâchetés. C’est un miroir tendu vers nous, reflétant une image que nous préférerions ne pas voir. Mais c’est précisément en regardant cette image en face, en refusant de détourner les yeux, que nous pouvons commencer à changer les choses. La justice ne viendra pas d’en haut, des commissions et des interrogatoires. Elle viendra d’en bas, de notre refus collectif de fermer les yeux, de notre détermination à exiger mieux, à être mieux.
Alors, oui, Ghislaine Maxwell a « répondu à toutes les questions ». Mais la véritable question reste sans réponse : que sommes-nous prêts à faire pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus ? La balle est dans notre camp. À nous de jouer.
Analogie finale : Imaginez un vaste océan, sombre et insondable, où flottent les épaves de toutes les injustices passées. Chaque affaire non résolue, chaque crime impuni, chaque victime oubliée est un navire coulé, reposant au fond des abysses de notre mémoire collective. Ghislaine Maxwell n’est qu’un débris parmi d’autres, un morceau de bois pourri arraché à la coque d’un navire plus grand, celui de l’impunité des puissants. Les interrogatoires, les procès, les commissions d’enquête ne sont que des filets jetés à la surface, ramassant quelques débris épars sans jamais atteindre les profondeurs où gisent les véritables monstres.
Mais parfois, dans les nuits sans lune, les épaves remontent à la surface. Elles émergent des profondeurs, portées par les courants invisibles de l’Histoire, et viennent s’échouer sur les rivages de notre conscience. Ce sont ces moments que nous devons saisir. Ce sont ces épaves que nous devons examiner, non pas comme des curiosités morbides, mais comme des avertissements. Car elles nous rappellent que l’océan de l’oubli est toujours là, prêt à engloutir nos mémoires, nos colères, nos espoirs de justice.
La véritable question n’est pas de savoir si Maxwell a « répondu à toutes les questions », mais si nous sommes prêts à plonger dans les abysses pour en ramener la vérité. Sommes-nous prêts à affronter les monstres qui rôdent dans les profondeurs, ou préférons-nous rester à la surface, à jouer avec les débris que les marées nous apportent ? Le choix nous appartient. Mais souvenons-nous : chaque fois que nous choisissons la surface, nous laissons les épaves sombrer un peu plus, et avec elles, les espoirs de ceux qui ont péri dans ces naufrages.
L’océan de l’oubli est patient. Il attend. Il sait que tôt ou tard, nous oublierons. À nous de prouver qu’il a tort.