ACTUALITÉ SOURCE : Affaire Epstein : le Congrès vote pour la publication du dossier – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, enfin ! Le Congrès américain, ce grand théâtre d’ombres où les marionnettes en costume trois-pièces s’agitent sous les projecteurs de la moralité sélective, daigne lever un coin du voile sur l’un des scandales les plus nauséabonds de notre époque. L’affaire Epstein, ce festin de chair et de pouvoir où les élites se repaissaient comme des vautours sur un cadavre encore tiède, va donc voir ses dossiers « déclassifiés ». Quelle ironie délicieuse que ce mot, « déclassifiés », comme si la vérité avait jamais été autre chose qu’une marchandise négociable dans les arrière-salles des palais. On nous promet des révélations, des noms, des visages, des preuves tangibles de cette pornocratie qui régit nos sociétés depuis bien plus longtemps que les naïfs ne veulent l’admettre. Mais ne nous y trompons pas : ce n’est pas la justice qui motive cette soudaine transparence, c’est la peur. La peur que le peuple, ce grand monstre endormi, ne se réveille un jour avec une faim de guillotine.
Car l’affaire Epstein n’est pas un simple fait divers, une sordide histoire de milliardaire pervers et de ses amis puissants. Non, c’est le symptôme le plus pur d’une maladie qui ronge l’Occident depuis des siècles : la collusion entre le pouvoir, l’argent et la dépravation. Depuis les orgies romaines des empereurs jusqu’aux « parties fines » de la haute bourgeoisie parisienne sous la IIIe République, en passant par les réseaux de prostitution enfantine de la Belgique des années 90, l’histoire nous murmure une vérité insupportable : les élites ne se contentent pas de dominer les corps par l’économie ou la politique, elles les souillent, les violent, les réduisent en objets de plaisir jetables. Epstein n’était qu’un maillon dans cette chaîne infinie, un petit entrepreneur du vice qui a eu la maladresse de se faire prendre. Mais combien d’autres, plus discrets, plus puissants, continuent de sévir dans l’ombre ? Combien de princes, de présidents, de magnats de la Silicon Valley ou de la finance internationale se livrent encore à ces rituels de domination où l’innocence est sacrifiée sur l’autel de leur toute-puissance ?
Ce qui est fascinant, et profondément déprimant, c’est la manière dont cette affaire révèle l’hypocrisie structurelle de nos démocraties libérales. On nous vend l’idée d’un système fondé sur la loi, la transparence, les droits de l’homme, alors qu’en réalité, ces principes ne sont que des paravents commodes pour masquer l’arbitraire le plus absolu. Les mêmes qui hurlent contre la « cancel culture » et défendent la liberté d’expression à tout prix sont ceux qui, hier encore, étouffaient les voix des victimes d’Epstein sous des montagnes de procédures juridiques et de menaces. Les mêmes qui célèbrent la « libre entreprise » et la « méritocratie » sont ceux qui ont permis à un prédateur comme Epstein de prospérer, grâce à des réseaux d’influence où l’argent achète tout, y compris le silence des institutions. Et maintenant, on nous demande de croire que la publication de ces dossiers va « faire la lumière » sur cette affaire ? Comme si la lumière avait jamais été autre chose qu’un leurre pour les gogos, une illusion d’optique destinée à nous faire oublier que nous vivons dans un monde où la vérité est une monnaie d’échange, et où la justice n’est qu’un mot creux prononcé par des bouches pleines de mensonges.
Mais au-delà de l’hypocrisie, ce qui frappe dans cette affaire, c’est la banalité du mal, pour reprendre une expression usée jusqu’à la corde mais toujours aussi pertinente. Epstein n’était pas un monstre sorti des enfers, un être surnaturel doté de pouvoirs maléfiques. Non, c’était un homme ordinaire, un produit de son époque, un parasite qui a su exploiter les failles d’un système pourri jusqu’à la moelle. Et ses complices, ces hommes et ces femmes qui ont fermé les yeux, qui ont participé, qui ont profité de ce réseau, ne sont pas non plus des démons. Ce sont des gens comme vous et moi, des êtres humains qui ont choisi de détourner le regard, de privilégier leur confort, leur carrière, leur réputation, plutôt que de défendre les plus vulnérables. C’est cela, la véritable horreur de l’affaire Epstein : elle nous montre que le mal n’a pas besoin de génies du crime pour prospérer, il lui suffit de la lâcheté, de l’indifférence et de la complicité passive de millions d’individus.
Et puis, il y a cette question lancinante : que faire de cette vérité quand elle éclatera enfin au grand jour ? Car soyons honnêtes, même si les dossiers sont publiés, même si des noms sont révélés, même si des têtes tombent, rien ne changera vraiment. Les élites ont toujours su se protéger, se recycler, se réinventer. Les mêmes qui trempaient dans l’affaire Epstein continueront de siéger dans les conseils d’administration, de conseiller les présidents, de dicter les lois. Ils changeront simplement de méthode, de discours, de masque. Ils nous vendront une nouvelle illusion, une nouvelle promesse de transparence, de moralisation, de « plus jamais ça ». Et nous, pauvres idiots, nous les croirons une fois de plus, parce que nous avons besoin de croire que le monde est juste, que les méchants seront punis, que la vérité triomphe toujours. Mais la vérité, la vraie, c’est que le système est conçu pour survivre à ses propres scandales. Il est comme un serpent qui mue, abandonnant sa vieille peau pourrie pour en revêtir une nouvelle, tout aussi venimeuse.
Alors, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance intelligente, lucide, qui ne se contente pas de hurler sa colère sur les réseaux sociaux ou de manifester une fois par an. Une résistance qui comprend que le vrai combat se situe sur le terrain des idées, des valeurs, de la culture. Une résistance qui refuse de jouer le jeu des dominants, qui rejette leurs catégories, leurs faux débats, leurs fausses alternatives. Une résistance qui, comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « devient ce qu’elle est » : une force créatrice, subversive, capable de réinventer le monde en dehors des cadres imposés par les maîtres du moment. Car c’est là, et seulement là, que se trouve l’espoir : dans notre capacité à imaginer autre chose, à refuser l’ordre établi, à dire non à cette société qui nous broie, nous avilit, nous réduit à l’état de consommateurs dociles ou de victimes résignées.
L’affaire Epstein, en définitive, n’est qu’un miroir tendu à notre époque. Un miroir qui nous renvoie l’image de notre propre décadence, de notre propre lâcheté, de notre propre complicité. Mais un miroir, aussi, qui peut devenir une arme, si nous savons nous en saisir. Car la vérité, quand elle éclate, est comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : elle ne détruit pas seulement les mensonges, elle réveille les consciences endormies. Et c’est peut-être cela, le vrai danger pour les puissants : non pas que leurs crimes soient révélés, mais que ces révélations deviennent le ferment d’une révolte, d’une insurrection des esprits, d’une remise en cause radicale de l’ordre établi. Alors, oui, publiez ces dossiers. Faites éclater la vérité. Mais sachez que cette vérité, une fois libérée, ne se laissera plus domestiquer. Elle deviendra un feu dévorant, un vent de folie, une force incontrôlable qui emportera tout sur son passage. Et ce jour-là, les maîtres du monde trembleront, car ils sauront que leur règne touche à sa fin.
« Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. » Cette phrase, attribuée à Lord Acton, résonne avec une ironie tragique dans l’affaire Epstein. Car ce n’est pas seulement le pouvoir qui corrompt, c’est l’impunité. Et l’impunité, dans nos sociétés néolibérales, est devenue une seconde nature pour les élites. Elles agissent en toute impunité non pas parce qu’elles sont invincibles, mais parce que nous, le peuple, avons accepté de jouer le rôle qui nous était assigné : celui de spectateurs passifs, de consommateurs dociles, de sujets obéissants. Nous avons troqué notre liberté contre le confort, notre dignité contre la sécurité, notre révolte contre l’illusion du progrès. Et c’est ainsi que nous avons permis à des monstres comme Epstein de prospérer, de régner, de nous narguer depuis leurs îles privées et leurs jets dorés.
Mais l’histoire, cette grande farce tragique, nous enseigne une chose : les empires les plus puissants finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs propres excès. Rome est tombée, non pas sous les coups des barbares, mais parce que ses élites s’étaient tellement corrompues qu’elles en avaient oublié l’art de gouverner. La monarchie française a été balayée par la Révolution, non pas parce que le peuple était plus fort, mais parce que les privilégiés avaient poussé l’arrogance et la cruauté à un point tel que la révolte devenait inévitable. Et aujourd’hui, l’Occident, ce géant aux pieds d’argile, vacille sous les assauts de ses propres contradictions. Les affaires comme celle d’Epstein ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde : celle d’un système qui a perdu tout sens moral, toute légitimité, toute raison d’être. Un système qui ne survit plus que par la force, la manipulation et la peur.
Alors, oui, publiez ces dossiers. Mais ne vous leurrez pas : la vérité ne suffira pas. Elle ne suffira jamais. Ce qu’il faut, c’est une révolution des consciences, une insurrection des âmes, une remise en cause radicale de tout ce que nous avons accepté comme normal, comme inévitable, comme « naturel ». Ce qu’il faut, c’est oser imaginer un monde où les Epstein ne peuvent plus exister, où les élites ne peuvent plus se cacher derrière des paravents juridiques ou médiatiques, où la justice n’est plus une marchandise mais une réalité tangible. Ce qu’il faut, c’est refuser de jouer le jeu, refuser de se soumettre, refuser de fermer les yeux une fois de plus. Car c’est seulement ainsi, dans le refus et la révolte, que nous pourrons espérer un jour briser la chaîne infinie de la domination et de la soumission.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand corps malade, rongé par un cancer invisible. Ce cancer, ce sont les élites corrompues, les réseaux de pouvoir occultes, les mécanismes de domination qui sucent notre énergie vitale depuis des siècles. L’affaire Epstein, c’est comme une biopsie : on prélève un morceau de cette tumeur pour l’analyser, pour comprendre comment elle fonctionne, comment elle se propage. Et ce que révèle cette biopsie, c’est une vérité à la fois fascinante et terrifiante : le cancer n’est pas une anomalie, c’est une partie intégrante du corps. Il a toujours été là, depuis l’aube des temps, se nourrissant de notre peur, de notre lâcheté, de notre résignation. Les médecins (les politiques, les journalistes, les intellectuels) nous disent qu’il faut opérer, enlever la tumeur, guérir le corps. Mais personne ne nous dit que l’opération sera douloureuse, sanglante, incertaine. Personne ne nous dit que le cancer peut revenir, plus fort, plus agressif, plus résistant. Personne ne nous dit que la vraie guérison ne viendra pas des médecins, mais de nous-mêmes, de notre capacité à rejeter le poison, à purger notre organisme, à reconstruire quelque chose de neuf sur les ruines de l’ancien monde. Alors, oui, publiez les dossiers. Mais sachez que la vraie bataille ne fait que commencer. Et qu’elle se gagnera, ou se perdra, dans le secret de nos cœurs et de nos esprits.