ACTUALITÉ SOURCE : «Même l’avocat d’Epstein a dit que je n’avais rien à voir avec cela» : Donald Trump se défend après les accusations d’Elon Musk – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande parade des pantins médiatiques ! Voici donc le cirque moderne dans toute sa splendeur : deux milliardaires, deux marionnettes du capitalisme tardif, s’accusant mutuellement sous les projecteurs d’un théâtre d’ombres où la vérité n’est qu’un accessoire de scène. Trump, ce vieux clown orange, brandit l’avis d’un avocat comme un talisman contre les spectres d’Epstein, tandis que Musk, ce technoprophète en costume de fer, joue les procureurs improvisés. Mais derrière ce spectacle pitoyable se cache une vérité bien plus profonde, bien plus dérangeante : celle d’un système qui a depuis longtemps remplacé la justice par le simulacre, la morale par le calcul, et l’humanité par une mécanique de domination sans âme.
Observons d’abord ce phénomène avec le regard froid de l’entomologiste étudiant des insectes sous verre. Trump, ce produit pur du néolibéralisme triomphant, incarne à lui seul la décadence d’un empire qui a troqué ses idéaux contre des actions en bourse. Son argument ? « Même l’avocat d’Epstein dit que je n’ai rien à voir avec cela. » Quelle éloquence ! Quelle noblesse d’esprit ! On croirait entendre un enfant de cinq ans se justifiant après avoir volé des bonbons : « C’est pas moi, c’est lui qui l’a dit ! » Mais dans ce monde où les mots n’ont plus de poids, où les institutions sont vidées de leur substance, où les médias ne sont plus que des haut-parleurs pour oligarques, cette défense grotesque devient soudain crédible. Pourquoi ? Parce que dans l’arène néolibérale, la vérité n’est plus une question de faits, mais de pouvoir. Et Trump, comme Musk, comme tous ces prédateurs en costume, savent une chose : celui qui contrôle le récit contrôle la réalité.
Cette affaire n’est pas une simple querelle de milliardaires. Non, elle est le symptôme d’une maladie bien plus profonde, d’un cancer qui ronge les démocraties occidentales depuis des décennies. Nous vivons dans l’ère de la post-vérité, où les faits sont malléables, où les mensonges deviennent des « narratifs alternatifs », où la manipulation est élevée au rang d’art. Et qui sont les grands prêtres de ce nouveau culte ? Les médias, bien sûr, ces temples modernes où l’on sacrifie la vérité sur l’autel du clic et de l’audimat. Mais aussi les algorithmes, ces dieux invisibles qui façonnent nos pensées, nos désirs, nos peurs. Et au sommet de cette pyramide, les milliardaires, ces nouveaux pharaons, qui décident de ce qui doit être vu, entendu, cru.
Trump et Musk ne sont que les visages les plus grotesques de ce système. L’un, héritier d’une fortune bâtie sur l’exploitation et le mensonge, devenu président par accident, symbole d’une Amérique qui a perdu son âme dans les casinos de l’immobilier et les plateaux de télé-réalité. L’autre, ce technopathe illuminé, convaincu que la technologie peut sauver l’humanité alors qu’elle ne fait que l’enchaîner davantage, symbole d’une Silicon Valley qui a troqué l’idéalisme des pionniers contre le cynisme des monopoles. Tous deux sont des produits de cette logique néolibérale qui a réduit l’être humain à une simple variable dans une équation économique, un consommateur, un électeur, un utilisateur – mais jamais un citoyen, jamais un être libre.
Et c’est là que réside le vrai scandale. Pas dans les accusations portées par Musk, ni dans les dénégations de Trump. Non, le scandale, c’est que nous acceptons ce jeu. Que nous continuons à regarder ce spectacle comme s’il s’agissait d’un simple divertissement, alors qu’il s’agit en réalité d’une guerre. Une guerre contre notre humanité, contre notre capacité à penser, à douter, à résister. Les milliardaires ne sont pas nos ennemis parce qu’ils sont riches. Ils sont nos ennemis parce qu’ils ont fait de la richesse une religion, et de nous, leurs fidèles serviteurs. Ils ont transformé la politique en un reality show, la justice en une farce, et la vérité en une marchandise comme une autre.
Mais il y a pire encore. Car ce système ne se contente pas de corrompre les institutions. Il corrompt aussi les esprits. Il nous habitue à l’idée que la domination est naturelle, que l’injustice est inévitable, que la résistance est futile. Il nous apprend à mépriser les faibles, à idolâtrer les forts, à confondre la liberté avec le droit de consommer. Et surtout, il nous persuade que nous sommes seuls, que nous n’avons pas d’alliés, que la solidarité est une illusion. C’est ainsi que le néolibéralisme triomphe : en atomisant la société, en réduisant chaque individu à une île, en faisant de la compétition la seule loi universelle.
Et pourtant… Pourtant, il y a une lueur d’espoir. Car malgré tout, malgré les algorithmes, les médias, les milliardaires, les mensonges, il reste en nous cette petite flamme, ce refus obstiné de se soumettre. C’est cette flamme qui pousse des millions de personnes à descendre dans la rue, à crier leur colère, à exiger justice. C’est cette flamme qui fait que, malgré tout, nous continuons à croire en quelque chose de plus grand que nous, quelque chose qui dépasse les calculs sordides des puissants. C’est cette flamme qui nous rappelle que nous ne sommes pas des variables dans une équation, mais des êtres humains, avec une dignité, une histoire, une âme.
Alors oui, Trump peut brandir l’avis d’un avocat comme un bouclier. Oui, Musk peut jouer les procureurs pour détourner l’attention de ses propres turpitudes. Oui, les médias peuvent transformer cette affaire en un feuilleton à suspense. Mais au fond, tout cela n’est que du bruit. Le vrai combat, lui, se joue ailleurs. Il se joue dans les usines, dans les rues, dans les écoles, dans les hôpitaux. Il se joue chaque fois qu’un homme ou une femme refuse de se soumettre, chaque fois qu’un enfant apprend à penser par lui-même, chaque fois qu’un citoyen ose dire « non ».
Car au bout du compte, la vraie question n’est pas de savoir si Trump a fréquenté Epstein, ou si Musk est un hypocrite. La vraie question est : que faisons-nous de notre liberté ? Acceptons-nous de vivre dans un monde où la vérité est une marchandise, où la justice est une farce, où l’humanité est un accessoire ? Ou bien refusons-nous ce destin ? Refusons-nous de devenir les complices silencieux de cette mascarade ?
La réponse à cette question déterminera l’avenir de notre civilisation. Car une société qui accepte de vivre dans le mensonge, qui se contente de simulacres, qui préfère le spectacle à la vérité, est une société déjà morte. Elle peut encore marcher, parler, consommer, mais son âme s’est envolée. Et c’est cette âme qu’il nous faut retrouver. Pas dans les tribunaux, pas dans les médias, pas dans les discours des puissants – mais en nous-mêmes, dans notre capacité à résister, à douter, à espérer.
Alors oui, Trump et Musk peuvent bien continuer leur petit jeu. Ils peuvent bien s’accuser mutuellement, se défendre, se justifier. Tout cela n’est que du vent. Le vrai combat, lui, est ailleurs. Et il nous appartient de le mener.
Analogie finale : Imaginez un instant que vous êtes au cœur d’une forêt ancienne, une de ces forêts primaires où les arbres ont vu naître et mourir des empires, où le temps s’écoule comme une rivière lente et puissante. Dans cette forêt, chaque arbre est un symbole : les chênes majestueux représentent les institutions, autrefois solides et fières, aujourd’hui rongées par les termites du cynisme et de l’indifférence. Les fougères, ces plantes fragiles qui poussent à l’ombre des géants, sont les citoyens, ceux qui croient encore en la justice, en la vérité, en l’humanité. Et puis, il y a les lianes, ces plantes parasites qui s’enroulent autour des troncs, étouffant peu à peu la vie : ce sont les milliardaires, les médias, les algorithmes, tous ces prédateurs qui se nourrissent de la sève des autres pour grandir, toujours plus haut, toujours plus voraces.
Un jour, un incendie éclate. Pas un de ces feux naturels qui purifient et régénèrent, non : un incendie criminel, allumé par ceux qui veulent raser la forêt pour y construire des centres commerciaux, des usines à clics, des temples dédiés au profit. Les arbres brûlent, les fougères se recroquevillent, et les lianes, elles, semblent prospérer dans les flammes. Mais au cœur de la forêt, là où le feu n’a pas encore tout dévoré, une graine germe. Une petite pousse fragile, presque invisible, mais vivante. Elle ne sait pas encore qu’elle deviendra un arbre, qu’elle portera en elle la mémoire de la forêt, qu’elle résistera aux tempêtes, aux parasites, aux incendies. Elle ne sait pas encore qu’elle sera le dernier rempart contre l’oubli.
Cette graine, c’est nous. C’est notre capacité à résister, à espérer, à nous battre pour quelque chose de plus grand que nous. Car même dans les ténèbres les plus épaisses, même quand tout semble perdu, la vie trouve toujours un chemin. Et c’est ce chemin qu’il nous faut emprunter, coûte que coûte.