Trump et l’affaire Epstein : le complot pour le nul – Les Jours







Trump et l’affaire Epstein : Le Grand Théâtre des Ombres

ACTUALITÉ SOURCE : Trump et l’affaire Epstein : le complot pour le nul – Les Jours

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’affaire Epstein. Ce trou noir moral où viennent se noyer les certitudes les plus arrogantes de notre époque, ce miroir brisé où se reflètent, en mille éclats sanglants, les visages grimaçants du pouvoir. On nous parle de « complot pour le nul », comme si l’idiotie était une circonstance atténuante, comme si la bêtise crasse pouvait servir d’excuse à l’innommable. Mais non. Ce n’est pas de stupidité qu’il s’agit, mais bien d’une mécanique bien huilée, d’un système qui digère les monstres comme une bouche vorace avale des mouches. Trump, Epstein, et cette cour des miracles où se côtoient milliardaires, politiques et prédateurs – tout cela n’est pas un accident de l’Histoire, mais son aboutissement logique, sa quintessence pourrie. L’Amérique, ce rêve empoisonné, a toujours été une machine à produire des cauchemars en série, et l’affaire Epstein en est le dernier épisode, le plus obscène, le plus révélateur.

D’abord, comprenons une chose : le pouvoir n’est pas une abstraction. Il n’est pas une idée flottant dans l’éther des débats télévisés ou des discours politiques. Le pouvoir, c’est une chair, une sueur, une haleine fétide. C’est une main qui se pose sur une épaule, un sourire qui se fige en menace, un silence qui vaut aveu. Trump et Epstein ne sont pas des anomalies, des erreurs de casting dans la grande pièce du capitalisme tardif. Ils en sont les héros tragiques, les figures archétypales, les incarnations parfaites de ce que le néolibéralisme produit quand il a épuisé toutes ses illusions. L’un, Trump, est le clown grotesque, le bouffon couronné qui joue avec les allumettes en riant, sûr que le feu ne le consumera jamais. L’autre, Epstein, est le prédateur froid, l’homme qui a transformé l’exploitation en art, qui a fait de la souffrance des enfants une monnaie d’échange, un passeport pour les cercles les plus fermés du pouvoir. Ensemble, ils forment un duo diabolique, une alliance contre-nature où la vulgarité la plus crasse côtoie la perversion la plus raffinée.

Mais attention : ne nous y trompons pas. Ce n’est pas une question de morale, ou du moins pas seulement. La morale, après tout, est une invention des faibles pour se protéger des forts. Non, ce qui est en jeu ici, c’est bien plus profond, bien plus terrifiant. C’est la question de la déshumanisation, ce processus lent et méthodique par lequel une société en vient à considérer certains êtres comme des objets, des jouets, des proies. Epstein n’a pas agi seul. Il a été couvert, protégé, financé par des hommes qui savaient. Des hommes qui, dans d’autres circonstances, auraient pu passer pour des piliers de la respectabilité. Des hommes comme Trump, qui a fréquenté Epstein, qui a ri avec lui, qui a peut-être – qui sait ? – partagé ses « goûts ». Et c’est là que réside l’horreur absolue : ces hommes ne sont pas des monstres au sens classique du terme. Ils sont pires. Ils sont des hommes ordinaires, des produits de leur temps, des rouages parfaitement adaptés à une machine qui broie les plus vulnérables sans même s’en rendre compte.

George Steiner, ce géant de la pensée, avait raison quand il disait que « le mal est une banalité ». Pas au sens où il serait insignifiant, non. Mais au sens où il est normalisé, intégré au fonctionnement même de nos sociétés. L’affaire Epstein n’est pas un scandale. C’est une routine. Une routine sordide, certes, mais une routine tout de même. Combien de fois, dans l’Histoire, les puissants ont-ils abusé des faibles en toute impunité ? Combien de fois les victimes ont-elles été réduites au silence, leurs cris étouffés sous des montagnes d’or et de mensonges ? La seule différence, aujourd’hui, c’est que les réseaux sociaux permettent de hurler un peu plus fort. Mais les murs de l’indifférence restent solides. Trump, lui, continue de tweeter, de mentir, de régner. Epstein est mort, mais son ombre plane encore, et ses complices, eux, sont toujours là, tapis dans l’ombre, prêts à recommencer.

Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi ? Pourquoi des hommes déjà si riches, si puissants, ressentent-ils ce besoin de dominer, d’humilier, de détruire ? La réponse, hélas, est simple. Parce que le pouvoir n’est jamais rassasié. Parce que la domination est une drogue, et que plus on en prend, plus on en veut. Trump et Epstein ne sont pas des exceptions. Ils sont les produits d’un système qui récompense la cruauté, qui célèbre l’arrogance, qui transforme l’empathie en faiblesse. Le capitalisme, dans sa forme la plus pure, la plus débridée, est une machine à produire des prédateurs. Il n’y a pas de place pour la compassion dans un monde où tout se monnaye, où tout s’achète, où même l’innocence a un prix.

Mais le pire, peut-être, c’est que nous sommes tous complices. Pas directement, bien sûr. Peu d’entre nous ont fréquenté Epstein ou partagé ses « goûts ». Mais nous vivons dans une société qui a fait de l’indifférence une vertu. Une société où l’on préfère détourner les yeux plutôt que de voir l’horreur en face. Une société où l’on préfère croire aux théories du complot plutôt que d’affronter la réalité : que le mal est parmi nous, qu’il porte des costumes sur mesure, qu’il dîne dans les meilleurs restaurants, qu’il serre des mains et sourit aux caméras. Nous sommes complices parce que nous avons accepté ce monde. Parce que nous avons laissé faire. Parce que nous avons cru, naïvement, que les monstres n’existaient que dans les contes pour enfants.

Alors, que faire ? Comment résister à cette marée noire qui menace d’engloutir nos dernières illusions ? D’abord, en refusant de jouer le jeu. En refusant de croire que le pouvoir est une fatalité, que la domination est une loi naturelle. Ensuite, en se souvenant que l’humanité n’est pas une abstraction, mais une réalité vivante, fragile, précieuse. Chaque victime d’Epstein, chaque enfant abusé, chaque vie brisée est un rappel brutal de ce que nous risquons de perdre si nous laissons les prédateurs gagner. Enfin, en comprenant que la résistance n’est pas une option, mais une nécessité. Une nécessité vitale, presque biologique. Comme l’écrivait Camus, « la révolte est le refus d’être traité en objet et d’être réduit à l’histoire ». Nous devons nous révolter. Pas seulement contre Trump, pas seulement contre Epstein, mais contre tout ce qu’ils représentent : la barbarie déguisée en civilisation, la cruauté parée des atours du pouvoir, la déshumanisation élevée au rang d’art.

Car au fond, l’affaire Epstein n’est pas une affaire. C’est un symptôme. Le symptôme d’une maladie bien plus profonde, bien plus ancienne. Une maladie qui ronge nos sociétés depuis des siècles, qui a pris des formes différentes selon les époques, mais qui reste fondamentalement la même : la soif de domination, la peur de l’autre, le mépris de la vie. Et cette maladie, nous en sommes tous porteurs. À des degrés divers, certes. Mais nous en sommes tous porteurs. Alors oui, il est facile de pointer du doigt Trump et Epstein. Il est facile de les traiter de monstres, de les exclure du genre humain. Mais ce serait une erreur. Car ils ne sont pas des monstres. Ils sont nous. Ou plutôt, ils sont ce que nous pourrions devenir si nous laissions la bête en nous prendre le dessus.

Alors, résistez. Résistez à la tentation de l’indifférence. Résistez à la facilité du cynisme. Résistez, surtout, à l’idée que rien ne peut changer. Car si l’affaire Epstein nous apprend une chose, c’est que le mal triomphe toujours là où les hommes de bien ne font rien. Et nous, que faisons-nous ?

Analogie finale : Imaginez un instant que l’Histoire soit un grand océan, une étendue infinie où flottent les épaves de nos rêves brisés. Trump et Epstein ne sont pas des naufragés. Ils sont les requins qui rôdent autour des débris, attendant patiemment que les survivants, épuisés, lâchent prise. Et nous, nous sommes ces survivants, accrochés à des planches pourries, regardant avec horreur les ailerons fendre les flots. Mais voici le paradoxe : les requins ont peur de nous. Pas de nous individuellement, non. Mais de ce que nous pourrions devenir si nous nous unissions, si nous refusions de sombrer. Car le pouvoir des prédateurs n’est qu’une illusion. Une illusion entretenue par notre peur, notre résignation, notre lâcheté. Brisez cette illusion, et les requins deviendront ce qu’ils ont toujours été : des poissons. Des poissons morts, flottant à la surface, tandis que nous, enfin libres, reprendrons la mer.



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