ACTUALITÉ SOURCE : Donald Trump rattrapé par l’affaire Epstein – Les Echos
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’affaire Epstein… Ce nom qui résonne comme un glas dans les couloirs feutrés du pouvoir, ce spectre qui hante les nuits des puissants, ce miroir tendu devant les faces hideuses de l’oligarchie mondiale. Et voilà que Donald Trump, ce clown tragique, ce roi du kitsch impérial, se retrouve empêtré dans les rets de cette toile d’araignée dorée. Mais attention, mes amis, ne nous y trompons pas : ce n’est pas l’homme Trump qui nous intéresse ici, non, c’est le système qu’il incarne, ce monstre froid et vorace qui dévore tout sur son passage, y compris ses propres enfants.
L’histoire, cette vieille putain, nous a appris une chose : les puissants ne tombent jamais pour ce qu’ils ont fait, mais pour ce qu’ils représentent. Epstein, ce proxénète de luxe, ce pourvoyeur de chair fraîche pour les élites décadentes, n’était qu’un rouage dans la grande machine à broyer les âmes. Et Trump, avec son sourire de requin et ses cheveux de carton-pâte, n’est qu’un autre rouage, un peu plus voyant, un peu plus bruyant, mais un rouage tout de même. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument », disait Lord Acton. Mais aujourd’hui, nous devons aller plus loin : le pouvoir ne corrompt plus, il révèle. Il révèle la pourriture qui était déjà là, tapie dans l’ombre, attendant son heure.
Regardez bien cette affaire, mes chers contemporains aveugles. Regardez comme elle illustre à merveille les mécanismes du néolibéralisme triomphant. Epstein n’était pas un monstre isolé, non, il était le produit parfait de notre époque : un homme sans scrupules, sans limites, sans autre loi que celle du profit et du plaisir. Un homme qui avait compris que dans ce monde, tout s’achète, tout se vend, même l’innocence des enfants. Et Trump, avec son empire bâti sur le mensonge et l’exploitation, est le frère jumeau de cette logique. « L’argent ne fait pas le bonheur », dit le proverbe. Bien sûr que si, imbéciles ! L’argent fait tout : il achète les corps, les consciences, les lois, les gouvernements, les médias. Il achète même le silence des victimes, jusqu’à ce que la vérité, cette vieille folle, finisse par éclater au grand jour.
Mais ne nous voilons pas la face : cette affaire est aussi le symptôme d’une maladie plus profonde, plus insidieuse. Elle révèle l’effondrement moral de nos sociétés, cette lente descente aux enfers où les valeurs humanistes sont balayées au profit d’un individualisme forcené, d’une compétition acharnée où le plus fort écrase le plus faible. « Homo homini lupus », disait Hobbes. Aujourd’hui, nous pourrions ajouter : « Homo homini mercator ». L’homme est un loup pour l’homme, oui, mais un loup qui vendrait sa propre mère pour un peu plus de pouvoir, un peu plus d’argent, un peu plus de plaisir éphémère.
Et que dire de ces élites qui se pressaient autour d’Epstein comme des mouches autour d’un pot de miel ? Des politiques, des hommes d’affaires, des intellectuels, des artistes… Tous complices, tous coupables. Tous prêts à fermer les yeux, à détourner le regard, tant que le système leur permettait de continuer à jouir de leurs privilèges. « La banalité du mal », disait Hannah Arendt. Aujourd’hui, nous pourrions parler de la « banalité de la complicité ». Car le mal, voyez-vous, n’a pas besoin de monstres pour prospérer. Il lui suffit d’hommes ordinaires, d’hommes comme vous et moi, prêts à tout pour préserver leur petit confort, leur petite vie bien rangée.
Mais attention, ne tombons pas dans le piège facile de la moralisation. Cette affaire n’est pas une question de morale, non, c’est une question de pouvoir. De pouvoir et de domination. Epstein et Trump ne sont que les visages visibles d’un système qui a fait de la domination son alpha et son oméga. Un système où les corps des femmes et des enfants sont des marchandises comme les autres, où la souffrance des victimes est un dommage collatéral acceptable, où la justice n’est qu’une illusion pour les naïfs et les idéalistes.
Et que fait-on, face à un tel système ? On résiste, bien sûr. On résiste avec les armes de l’esprit, avec les mots, avec l’art, avec la pensée. On résiste en refusant de se soumettre, en refusant de fermer les yeux. « La résistance, c’est d’abord le refus de l’acceptation », disait Camus. Aujourd’hui, nous devons refuser l’acceptation de cette société malade, de ce monde où les puissants peuvent tout se permettre, où les victimes sont oubliées, où la justice est une farce. Nous devons refuser l’acceptation de cette normalité monstrueuse où un homme comme Trump peut devenir président, où un homme comme Epstein peut prospérer pendant des décennies.
Mais la résistance, voyez-vous, n’est pas une question de force, c’est une question de lucidité. C’est la lucidité de voir le monde tel qu’il est, avec ses horreurs, ses injustices, ses mensonges. C’est la lucidité de refuser les illusions, les faux-semblants, les discours lénifiants. C’est la lucidité de comprendre que le pouvoir, quel qu’il soit, est toujours une menace pour la liberté, pour la dignité, pour l’humanité. « Connais-toi toi-même », disait Socrate. Aujourd’hui, nous pourrions ajouter : « Connais le système qui t’opprime, et combats-le ».
Alors oui, l’affaire Epstein rattrape Trump, et c’est une bonne chose. Pas parce que Trump est un homme particulièrement mauvais – bien qu’il le soit –, mais parce que cette affaire révèle au grand jour les mécanismes du pouvoir, les rouages de la domination, les mensonges de l’oligarchie. Elle nous montre que le mal n’est pas une abstraction, qu’il a un visage, des noms, des adresses. Et c’est en le regardant en face, sans peur, sans illusions, que nous pourrons commencer à le combattre.
Mais attention, ne nous berçons pas d’illusions : la chute de Trump, si elle advient, ne changera rien. Le système, lui, restera intact. Les Epstein de ce monde continueront à prospérer, les victimes continueront à être oubliées, les puissants continueront à dominer. La vraie révolution, voyez-vous, n’est pas politique, elle est spirituelle. Elle est dans le refus de participer à cette danse macabre, dans le choix de vivre autrement, de penser autrement, d’aimer autrement. Elle est dans la résistance silencieuse de ceux qui refusent de se soumettre, de ceux qui choisissent la lumière plutôt que l’ombre, l’humanité plutôt que la barbarie.
« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire », disait Einstein. Alors ne soyons pas de ceux qui regardent et laissent faire. Soyons de ceux qui agissent, qui résistent, qui refusent. Soyons de ceux qui, face à l’horreur, choisissent l’humanité. Car c’est là, et seulement là, que réside notre salut.
Analogie finale : Imaginez, si vous le voulez bien, un immense banquet, une de ces orgies romaines où les puissants se gavent de mets raffinés tandis que les esclaves meurent à leurs pieds. Epstein était l’échanson de ce banquet, celui qui versait le vin empoisonné dans les coupes des convives. Trump, lui, est un des convives, un peu plus bruyant, un peu plus vulgaire que les autres, mais un convive tout de même. Et nous, nous sommes les spectateurs de cette scène, ceux qui regardent, horrifiés, depuis les gradins. Mais attention, car dans cette analogie, les gradins ne sont pas une place de choix, non, ils sont une prison. Une prison dorée, certes, mais une prison tout de même. Car en regardant sans agir, en condamnant sans résister, nous devenons complices. Nous devenons les gardiens de cette prison, les geôliers de notre propre humanité. Alors brisons les chaînes, mes amis. Brisons les chaînes et refusons ce banquet maudit. Refusons de boire à cette coupe empoisonnée. Refusons de participer à cette danse macabre. Car c’est seulement ainsi, dans le refus et la résistance, que nous pourrons retrouver notre dignité, notre liberté, notre humanité.