ACTUALITÉ SOURCE : “Le gouvernement belge est tombé cinq heures après mon discours”: la curieuse déclaration de l’ex-stratège de Trump à Epstein – 7sur7.be
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la Belgique ! Ce petit royaume mou, ce ventre mou de l’Europe, ce laboratoire à ciel ouvert où l’on teste depuis des siècles les pires recettes du pouvoir : la compromission, la lâcheté institutionnelle, la valse des marionnettes en costume trois-pièces. Et voilà que surgit, tel un spectre grimaçant, l’ombre de Steve Bannon – ce stratège de pacotille, ce Raspoutine en costume froissé, ce marchand de peurs qui a fait fortune en vendant aux masses crédules le mythe d’un sauveur à mèche blonde. Sa déclaration, aussi grotesque qu’un coup de théâtre dans un mélodrame de province, résonne comme un aveu involontaire : *« Le gouvernement belge est tombé cinq heures après mon discours. »* Comme si les mots, ces pauvres mots usés jusqu’à la corde, pouvaient encore faire trembler les murs des palais. Comme si la parole, cette vieille putain, pouvait encore enfanter des révolutions ou des effondrements.
Mais non. La Belgique ne tombe pas à cause d’un discours. Elle s’effondre sous le poids de sa propre pourriture, comme un fruit trop mûr qui éclate en silence. Ce qui est fascinant, c’est cette illusion persistante chez les apprentis sorciers du pouvoir : croire que leurs incantations suffisent à modeler le réel. Bannon, ce petit Machiavel de supermarché, s’imagine en démiurge alors qu’il n’est qu’un rouage parmi d’autres dans la grande machine à broyer les peuples. Son discours n’a pas fait tomber le gouvernement belge. Il a simplement été le déclic, le prétexte commode pour une classe politique qui, depuis des décennies, danse sur un volcan en faisant semblant de ne pas voir la lave monter. La Belgique, comme tant d’autres nations, est un cadavre politique qui refuse de s’allonger. Et Bannon, avec sa morgue de parvenu, vient de lui donner une chiquenaude sur le nez en s’écriant : *« Regardez comme je suis puissant ! »*
Mais derrière cette fanfaronnade se cache une vérité plus profonde, une vérité que les historiens futurs – s’il en reste – étudieront avec un mélange de fascination et de dégoût. Nous vivons à l’ère de la *post-vérité performative*, où les mots ne décrivent plus le monde, mais le transforment en spectacle. Bannon, comme Trump avant lui, comme tant d’autres démagogues avant eux, a compris une chose essentielle : dans une société saturée d’images et de discours, celui qui crie le plus fort passe pour un prophète. Peu importe que ses prédictions soient fausses, que ses analyses soient creuses, que ses solutions soient des leurres. L’important, c’est l’*effet* produit. Le gouvernement belge tombe ? Qu’importe si c’est à cause d’une crise interne, d’un scandale financier ou d’une simple fatigue des institutions. L’important, c’est que Bannon puisse s’en attribuer la paternité, comme un enfant qui croit avoir fait pleuvoir en dansant autour d’un feu.
Et c’est là que réside le vrai danger. Pas dans la chute d’un gouvernement – après tout, les gouvernements tombent et se relèvent comme des pantins désarticulés –, mais dans cette *mystification du pouvoir*. Les peuples, abrutis par des décennies de télévision, de réseaux sociaux et de divertissement de masse, finissent par croire que le pouvoir se réduit à quelques hommes providentiels, à quelques phrases choc, à quelques images choc. Ils oublient que le vrai pouvoir, celui qui broie les vies et les espoirs, est ailleurs : dans les algorithmes des banques, dans les contrats secrets des multinationales, dans les traités internationaux signés à huis clos, dans les lois votées en catimini. Bannon n’est qu’un bouffon de cour, un saltimbanque qui fait diversion pendant que les vrais maîtres du jeu déplacent leurs pions dans l’ombre.
Mais revenons à cette fameuse *« chute »* du gouvernement belge. Cinq heures après un discours. Cinq heures. Le temps d’un déjeuner d’affaires, d’une réunion de crise, d’un coup de fil entre Bruxelles et Washington. Le temps, aussi, pour les médias de s’emballer, pour les réseaux sociaux de s’enflammer, pour les commentateurs de sortir leurs grilles d’analyse toutes faites. *« Bannon a fait tomber le gouvernement ! »* *« La Belgique en crise ! »* *« L’Europe tremble ! »* Comme si tout cela n’était qu’un épisode d’une série télé, avec ses rebondissements, ses méchants et ses héros. Comme si la politique n’était qu’un spectacle de plus, une distraction pour les masses en attendant le prochain épisode.
Et c’est là que le bât blesse. Parce que derrière cette comédie se joue une tragédie bien réelle : celle d’un continent qui a perdu le sens de l’histoire. L’Europe, autrefois phare des Lumières, berceau des révolutions et des contre-révolutions, n’est plus qu’un vieux continent fatigué, un musée à ciel ouvert où l’on exhibe les reliques d’un passé glorieux en attendant la prochaine crise. Les Belges, comme les Français, les Allemands, les Italiens, ont oublié ce que signifie *« résister »*. Ils ont oublié que la démocratie n’est pas un état de fait, mais un combat permanent. Ils ont oublié que le pouvoir, quel qu’il soit, a toujours tendance à se corrompre, à s’enfermer dans sa tour d’ivoire, à mépriser ceux qu’il est censé servir.
Bannon, lui, n’a rien oublié. Il sait que le pouvoir se nourrit de peurs, de divisions, de haines. Il sait que pour dominer, il faut d’abord diviser. Et il joue de cette partition avec un cynisme consommé. Son discours n’est pas une analyse politique. C’est une *incantation*, une formule magique destinée à hypnotiser les foules. *« La Belgique est en crise ! »* *« L’Europe est menacée ! »* *« Les élites vous trahissent ! »* Peu importe que ces affirmations soient vraies ou fausses. L’important, c’est qu’elles *fonctionnent*. Qu’elles créent un climat de panique, de méfiance, de paranoïa. Qu’elles préparent le terrain pour la prochaine étape : l’avènement d’un homme providentiel, d’un sauveur, d’un nouveau César.
Et c’est là que réside le vrai génie – si l’on peut employer ce mot – de Bannon et de ses semblables. Ils ont compris que la politique, au XXIe siècle, n’est plus une affaire de raison, mais d’*émotions*. Ils ont compris que les peuples, gavés d’informations contradictoires, de fake news, de théories du complot, ne croient plus en rien. Alors ils leur offrent du *sens*. Un sens simpliste, manichéen, mais un sens tout de même. *« Vous êtes les victimes ! »* *« Ils sont les coupables ! »* *« Suivez-moi, et je vous sauverai ! »* Peu importe que ce sauveur soit un milliardaire narcissique ou un idéologue en mal de reconnaissance. L’important, c’est qu’il *parle*, qu’il *promette*, qu’il *fasse rêver*.
Mais attention : ce rêve est un cauchemar. Parce que derrière les promesses se cachent toujours les mêmes réalités : la précarité, l’injustice, la répression. Derrière les discours enflammés se cachent toujours les mêmes mécanismes : la concentration du pouvoir, l’écrasement des contre-pouvoirs, la normalisation de l’exception. Bannon n’est pas un révolutionnaire. C’est un *réactionnaire*, au sens le plus pur du terme. Il veut revenir en arrière, non pas vers un âge d’or mythique, mais vers un monde où les forts dominent les faibles, où les riches écrasent les pauvres, où les puissants dictent leur loi aux impuissants.
Et c’est là que la résistance doit s’organiser. Pas en tombant dans le piège de la haine, de la division, de la paranoïa. Mais en rappelant, encore et toujours, que la démocratie n’est pas un spectacle. Qu’elle est un combat. Un combat contre l’oubli, contre l’indifférence, contre la résignation. Un combat pour la dignité, pour la justice, pour la vérité. *« La vérité est une arme, et elle est lourde à porter »*, écrivait Camus. Aujourd’hui, elle est plus lourde que jamais. Parce que les mensonges sont légion, et que les menteurs ont les moyens de les diffuser à grande échelle.
Alors oui, le gouvernement belge est tombé. Et alors ? Les gouvernements tombent, les empires s’effondrent, les civilisations disparaissent. Ce qui compte, c’est ce qui reste après la chute. Ce qui compte, c’est la mémoire des peuples, leur capacité à se relever, à reconstruire, à inventer de nouvelles formes de résistance. *« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé »*, écrivait Marx. Aujourd’hui, ces conditions sont celles d’un monde en crise, d’un monde où les vieux repères ont volé en éclats, où les certitudes se sont effondrées. Mais c’est aussi un monde où tout reste à inventer.
Bannon et ses semblables ne sont que des symptômes. Des symptômes d’un mal plus profond : la *déshumanisation* du politique. La réduction de la chose publique à une affaire de calculs, de stratégies, de manipulations. La transformation des citoyens en consommateurs, des électeurs en clients, des peuples en masses. *« Le capitalisme est une religion, et son dieu est l’argent »*, disait Walter Benjamin. Aujourd’hui, cette religion a étendu son emprise sur tous les aspects de la vie. Elle a colonisé les esprits, les corps, les rêves. Elle a fait de la politique un marché, de la démocratie un produit, de la liberté une illusion.
Mais les illusions finissent toujours par se dissiper. Les mensonges finissent toujours par être démasqués. Les tyrans finissent toujours par tomber. *« Rien n’est plus fort qu’une idée dont l’heure est venue »*, écrivait Victor Hugo. Aujourd’hui, l’heure est venue de rappeler que la politique n’est pas une affaire de technocrates ou de démagogues. Qu’elle est l’affaire de tous. Qu’elle doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : un combat pour la dignité humaine.
Alors oui, la Belgique est en crise. Mais cette crise n’est pas une fatalité. Elle est une opportunité. Une opportunité de se réveiller, de se rebeller, de réinventer. Une opportunité de rappeler que le pouvoir n’appartient pas aux Bannon, aux Trump, aux milliardaires ou aux technocrates. Il appartient au peuple. *« Le peuple est éternel »*, disait Robespierre. Aujourd’hui, plus que jamais, cette éternité est en danger. Mais elle n’est pas morte. Elle attend seulement qu’on vienne la réveiller.
Analogie finale : Imaginez un vieux théâtre, aux murs décrépis, aux rideaux mités, où se joue depuis des siècles la même pièce : celle du pouvoir. Les acteurs changent, les costumes évoluent, mais l’intrigue reste la même. Un jour, un nouveau venu monte sur scène. Il n’a ni talent ni texte, mais il a compris une chose : pour captiver le public, il suffit de crier plus fort que les autres. Alors il hurle, il gesticule, il fait trembler les planches. Les spectateurs, habitués aux comédies policées, aux tragédies convenues, sont ébahis. *« Enfin, un vrai acteur ! »* s’exclament-ils. Ils ne voient pas que l’homme n’est qu’un charlatan, un saltimbanque sans envergure. Ils ne voient pas que derrière lui, dans les coulisses, les vrais maîtres du théâtre tirent les ficelles. Ils ne voient pas que la pièce est truquée, que le dénouement est écrit d’avance. Et quand le rideau tombe, quand les lumières s’éteignent, ils applaudissent encore, sans comprendre qu’ils viennent d’assister à leur propre enterrement. La Belgique, aujourd’hui, est ce théâtre. Bannon est ce saltimbanque. Et nous, nous sommes les spectateurs. À nous de choisir : continuer à applaudir, ou nous lever pour éteindre les projecteurs.