ACTUALITÉ SOURCE : Une opération de désinformation russe fait croire que Macron serait impliqué dans l’affaire Epstein – 7sur7.be
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la désinformation ! Ce vieux serpent qui se mord la queue depuis que l’homme a inventé le langage pour mentir avant même de s’en servir pour dire la vérité. La Russie, ce grand maître ès manipulations, nous offre une fois de plus un spectacle pathétique et sublime à la fois : faire croire que le président français Emmanuel Macron aurait trempé dans les marécages nauséabonds de l’affaire Epstein. Pathétique, parce que c’est grossier, presque enfantin dans sa maladresse. Sublime, parce que cela révèle, une fois encore, l’étendue de notre crédulité collective, ce désir presque métaphysique de croire aux complots, aux ombres, aux monstres cachés sous le lit de l’Histoire. Mais surtout, cela expose la mécanique implacable d’un monde où la vérité n’est plus qu’une monnaie d’échange, un outil de pouvoir, une marchandise comme une autre dans le grand supermarché du néolibéralisme avancé.
Commençons par le commencement, par cette question qui devrait hanter nos nuits : pourquoi la désinformation fonctionne-t-elle si bien ? Pourquoi, malgré les siècles de Lumières, de raison critique, de scepticisme méthodique, sommes-nous toujours aussi prompts à avaler les couleuvres les plus venimeuses ? La réponse, mes amis, est à chercher du côté de ce que certains appellent la « post-vérité », mais que je préfère nommer, avec une ironie amère, la « vérité post-humaine ». Nous vivons dans un monde où les faits sont devenus des opinions, où les preuves sont des constructions sociales, où la réalité elle-même est négociable, comme un contrat à la corbeille de la Bourse. Dans ce contexte, la désinformation n’est pas une anomalie, mais la norme. Elle est le symptôme d’un système qui a fait de la manipulation son mode de gouvernance, de la distraction son opium, et de l’abrutissement son idéal politique.
La Russie, héritière directe de l’Union soviétique en matière de propagande, a perfectionné l’art de la guerre informationnelle. Elle ne cherche pas à convaincre, mais à semer le doute, à corrompre les sources, à rendre toute vérité suspecte. C’est une stratégie vieille comme le monde, mais modernisée par les outils numériques. Comme le disait Sun Tzu, « toute guerre est basée sur la tromperie ». La Russie l’a compris mieux que quiconque. Elle ne cherche pas à gagner des batailles, mais à rendre toute bataille impossible, en transformant le champ de bataille en un marécage où plus rien n’est stable, où plus rien n’est certain. Et dans ce marécage, les rumeurs les plus folles prospèrent, comme des champignons vénéneux après la pluie.
Mais revenons à notre affaire. Pourquoi cibler Macron ? Pourquoi l’affaire Epstein ? Parce que ces deux éléments sont des symboles parfaits de ce que la désinformation cherche à détruire : la légitimité des élites et la confiance dans les institutions. Macron, ce produit pur du système néolibéral, ce technocrate lisse et froid, est la cible idéale. Il incarne tout ce que les populistes de tous bords détestent : l’élitisme, la mondialisation, la complexité. En l’associant à Epstein, on ne cherche pas à prouver quoi que ce soit – on cherche à salir, à corrompre, à rendre toute parole officielle suspecte. Epstein, lui, est le bouc émissaire parfait : un prédateur sexuel, un homme riche et puissant, un réseau de complicités qui s’étend jusqu’aux plus hautes sphères. En liant Macron à cette affaire, on active tous les fantasmes de complot, toutes les paranoïas, toutes les frustrations d’un peuple qui se sent trahi par ses dirigeants.
Mais attention, ne nous y trompons pas : cette opération de désinformation n’est pas seulement une attaque contre Macron. C’est une attaque contre la démocratie elle-même. Car la démocratie, pour fonctionner, a besoin d’un minimum de confiance dans les institutions, dans les médias, dans les processus électoraux. En sapant cette confiance, en semant le doute, en rendant toute vérité relative, la désinformation russe – et plus largement, toutes les formes de manipulation de l’information – prépare le terrain pour des régimes autoritaires. Elle crée un climat de méfiance généralisée où plus personne ne croit en rien, où plus personne n’écoute personne. Et dans ce vide, les démagogues prospèrent, comme des rats dans les égouts de l’Histoire.
Et c’est là que le bât blesse. Car nous sommes complices, malgré nous, de cette entreprise de destruction. Nous sommes complices parce que nous avons abandonné l’esprit critique au profit de la consommation passive d’informations. Nous sommes complices parce que nous préférons le confort des théories du complot à l’effort de la pensée complexe. Nous sommes complices parce que nous avons laissé les algorithmes des réseaux sociaux transformer nos cerveaux en gruyère, où chaque trou est une opportunité pour y glisser un mensonge bien ficelé. Comme le disait Hannah Arendt, « le but de la propagande totalitaire n’est pas de convaincre, mais de détruire la capacité de penser ». Et c’est exactement ce qui est en train de se passer.
Alors, que faire ? Comment résister à cette marée montante de mensonges, de manipulations, de désinformation ? La réponse, mes amis, est simple en théorie, mais terriblement difficile en pratique : il faut penser. Il faut douter, mais pas de tout – seulement de ce qui mérite d’être douté. Il faut chercher la vérité, non pas comme une certitude absolue, mais comme un horizon vers lequel tendre. Il faut refuser les raccourcis, les explications trop simples, les boucs émissaires faciles. Il faut, en un mot, redevenir des êtres humains, c’est-à-dire des êtres capables de raison, de nuance, de complexité.
Mais attention, ne nous leurrons pas : cette résistance est une lutte de tous les instants. Elle exige un effort constant, une vigilance de chaque instant. Car les maîtres de la désinformation ne dorment jamais. Ils sont là, tapis dans l’ombre, prêts à frapper dès que notre attention se relâche. Ils sont comme ces virus informatiques qui attendent patiemment que nous cliquions sur le mauvais lien pour infecter notre esprit. Et une fois l’infection installée, il est presque impossible de s’en débarrasser.
Alors, oui, cette opération de désinformation russe est un symptôme. Un symptôme de notre époque, de notre faiblesse, de notre lâcheté collective. Mais c’est aussi une opportunité. Une opportunité de nous réveiller, de nous secouer, de refuser cette fatalité. Car si nous ne le faisons pas, si nous laissons la désinformation gagner, alors nous aurons perdu bien plus qu’une bataille. Nous aurons perdu la guerre pour notre humanité.
Et maintenant, une dernière pensée, pour conclure. Imaginez un instant que vous êtes un poisson dans un aquarium. Un aquarium immense, rempli de millions d’autres poissons, tous nageant dans la même direction, tous suivant les mêmes courants, tous avalant les mêmes proies. Un jour, un poisson plus malin que les autres – ou simplement plus cynique – décide de lâcher une goutte d’encre dans l’eau. Une seule goutte. Et soudain, tout devient trouble. Les poissons ne voient plus rien, ne comprennent plus rien. Ils se cognent contre les parois, se mordent entre eux, paniquent. Et pendant ce temps, le poisson malin, lui, continue de nager tranquillement, profitant du chaos pour pêcher en eau trouble.
Nous sommes ces poissons. Et la désinformation, c’est cette goutte d’encre. Alors, la question est : allons-nous continuer à nager dans le noir, ou allons-nous enfin essayer de voir clair ?
Analogie finale : La désinformation est comme un miroir brisé. Chaque éclat reflète une partie de la vérité, mais aucun ne la montre tout entière. Et pourtant, nous passons notre temps à ramasser ces éclats, à les assembler comme un puzzle, sans jamais réaliser que l’image qu’ils forment n’est qu’une illusion, un leurre, une prison pour notre esprit. La vérité, elle, est comme l’eau : insaisissable, changeante, mais indispensable à la vie. Et c’est précisément pour cela que les maîtres de la désinformation cherchent à la corrompre, à la polluer, à la rendre imbuvable. Car un peuple assoiffé de vérité est un peuple dangereux. Un peuple qui pense, qui doute, qui questionne, est un peuple impossible à contrôler. Alors, ils nous donnent des miroirs brisés, des illusions, des mensonges. Et nous, comme des enfants crédules, nous les prenons pour la réalité. Mais la réalité, la vraie, celle qui résiste à toutes les manipulations, est bien plus simple, et bien plus terrible : elle est ce que nous en faisons. Alors, choisissons bien nos miroirs. Car au final, c’est nous qui décidons de ce que nous voulons voir.