ACTUALITÉ SOURCE : De nouveaux documents font la lumière sur la relation entre Donald Trump et Jeffrey Epstein – Le magazine GEO
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les documents ! Ces pauvres feuilles volantes que le vent de l’Histoire soulève pour mieux nous rappeler que l’humanité n’est qu’un éternel recommencement de ses propres turpitudes. Voici donc que resurgissent, comme des cadavres mal enterrés, les preuves d’une complicité entre deux monstres sacrés de notre époque : l’un, Donald Trump, ce clown milliardaire devenu président par la grâce d’un peuple qui préfère ses mensonges éhontés à la vérité qui dérange ; l’autre, Jeffrey Epstein, ce prédateur en costume trois-pièces, ce vampire des temps modernes qui se nourrissait de l’innocence des jeunes filles comme d’autres sirotent un whisky après le golf. Que nous révèlent ces nouveaux documents ? Rien que nous ne sachions déjà, au fond. Rien que ce que notre lâcheté collective avait choisi d’ignorer, par confort, par peur, ou par cette fascination malsaine que nous éprouvons tous pour les puissants qui tombent. Mais analysons, décortiquons, car c’est là notre devoir de penseur : regarder l’abîme en face, même quand il nous regarde en retour avec le sourire carnassier de ceux qui savent que nous ne ferons rien.
D’abord, comprenons une chose : cette relation entre Trump et Epstein n’est pas une anomalie, mais la manifestation la plus pure d’un système. Un système où l’argent n’est pas seulement un moyen, mais une fin en soi, une religion dont les dieux sont des hommes sans scrupules, et dont les temples sont ces tours de verre qui transpercent les cieux des grandes villes. « L’argent est une forme de poésie », disait Wallace Stevens, mais il aurait pu ajouter : « et la poésie de l’argent est toujours écrite avec le sang des innocents ». Trump et Epstein ne sont pas des exceptions, mais des archétypes. Ils incarnent cette logique néolibérale poussée à son paroxysme, où tout est marchandise, y compris les corps, y compris les âmes. Epstein, avec son réseau de trafic de mineures, n’a fait qu’appliquer les lois du marché à la chair humaine : l’offre et la demande, la rareté comme valeur, la souffrance comme monnaie d’échange. Trump, lui, a compris depuis longtemps que le pouvoir ne se prend pas, il s’achète. Et pour l’acheter, il faut des alliés, des complices, des hommes comme Epstein, qui savent où sont enterrés les secrets, qui connaissent les faiblesses des puissants, et qui, surtout, savent se rendre indispensables.
Mais au-delà de cette logique économique, il y a quelque chose de plus profond, de plus terrifiant encore : la complicité morale. Car ces documents ne nous parlent pas seulement d’une relation d’affaires, mais d’une communauté de valeurs. Trump et Epstein partageaient cette même vision du monde, où les femmes ne sont que des objets, où les lois ne sont que des suggestions, où la morale n’est qu’une entrave à la jouissance immédiate. « Le monde est une jungle », disait Trump dans un de ses rares moments de franchise, et Epstein en était le roi. Ensemble, ils ont créé un microcosme où tout était permis, où les règles de la décence commune ne s’appliquaient plus. Et c’est là que réside le vrai scandale : non pas que deux hommes aient pu commettre l’impardonnable, mais que tout un système ait fermé les yeux, par intérêt, par lâcheté, ou par cette indifférence glacée qui caractérise notre époque. Les documents qui émergent aujourd’hui ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde, une maladie qui ronge nos sociétés depuis des décennies : l’effondrement de l’éthique au profit de l’efficacité, la victoire de la barbarie sur la civilisation.
Et puis, il y a cette question lancinante : pourquoi maintenant ? Pourquoi ces documents refont-ils surface aujourd’hui, des années après les faits, des années après que les victimes aient tenté de faire entendre leur voix ? La réponse est simple, et elle est terrifiante : parce que le système a besoin de boucs émissaires. Parce que dans un monde où les inégalités explosent, où les guerres se multiplient, où la planète brûle, il faut bien désigner des coupables, des figures monstrueuses sur lesquelles déverser notre colère et notre impuissance. Trump et Epstein sont parfaits pour ce rôle : riches, puissants, dépravés, ils incarnent tout ce que le peuple hait et envie à la fois. Mais attention, car en nous focalisant sur ces deux hommes, nous risquons d’oublier l’essentiel : ils ne sont que les produits d’un système, les fruits pourris d’un arbre empoisonné. « Le mal n’est jamais spectaculaire, il a toujours forme humaine et partage notre lit », écrivait W.H. Auden. Le vrai danger n’est pas Trump ou Epstein, mais cette normalisation de l’horreur, cette banalisation du mal qui fait que, demain, d’autres prendront leur place, et que nous les laisserons faire, par habitude, par résignation, ou par cette fascination morbide que nous éprouvons pour les monstres.
Alors, que faire ? Comment résister à cette logique implacable qui transforme les hommes en prédateurs et les sociétés en jungles ? D’abord, il faut refuser l’amnésie. Ces documents ne doivent pas être lus comme des faits divers, mais comme des preuves, des témoignages de notre époque. Il faut les archiver, les étudier, les enseigner, pour que jamais nous n’oubliions ce dont l’humanité est capable quand elle se laisse corrompre par l’argent et le pouvoir. Ensuite, il faut briser le silence. Les victimes d’Epstein, comme toutes les victimes de violences systémiques, doivent être entendues, crues, soutenues. Car le silence est le meilleur allié des bourreaux. Enfin, il faut reconstruire une éthique, une morale qui ne soit pas fondée sur l’intérêt ou la peur, mais sur la solidarité, la compassion, et cette idée simple, mais révolutionnaire, que tous les êtres humains ont une dignité inaliénable. « La civilisation est une fine couche de vernis », disait Freud, et ces documents en sont la preuve. Mais cette couche de vernis, aussi fragile soit-elle, est tout ce qui nous sépare de la barbarie. À nous de la préserver, de l’épaissir, de la rendre indestructible.
Car au fond, cette affaire Trump-Epstein n’est qu’un miroir tendu à notre société. Un miroir qui nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus : des consommateurs avides, des spectateurs passifs, des complices silencieux. Mais un miroir, aussi, qui peut nous renvoyer l’image de ce que nous pourrions être : des résistants, des rêveurs, des bâtisseurs d’un monde où l’argent ne serait plus une idole, où le pouvoir ne serait plus une fin en soi, et où la dignité humaine serait la seule loi. Le choix nous appartient. Mais attention, car le temps presse. « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire », disait Einstein. Alors, que choisirons-nous ? Le confort de l’indifférence, ou le courage de la révolte ?
Analogie finale : Imaginez un instant que l’Histoire soit un grand fleuve, large et puissant, qui charrie dans ses eaux les destins des hommes et les débris de leurs civilisations. Ce fleuve, nous l’appelons le Temps, et il coule inexorablement vers un océan que nul ne connaît. Sur ses rives, des hommes se pressent, certains pour y puiser de l’eau, d’autres pour y jeter leurs ordures, d’autres encore pour y noyer leurs rêves. Parmi eux, il en est deux qui se distinguent : l’un, Trump, est un bateleur, un marchand de sable qui vend des mirages aux naïfs ; l’autre, Epstein, est un pêcheur de perles noires, qui plonge dans les profondeurs troubles du fleuve pour en ramener les trésors interdits. Ensemble, ils ont construit une embarcation, un radeau de la Méduse moderne, où se pressent les puissants de ce monde, avides de plaisirs et de secrets. Mais voici que le fleuve se rebelle : des documents, comme des épaves, remontent à la surface, révélant les crimes commis à bord. Les passagers du radeau s’agitent, se dénoncent, se jettent à l’eau pour échapper à la noyade. Mais le fleuve, lui, continue de couler, indifférent. Il sait que d’autres radeaux suivront, que d’autres bateleurs et d’autres pêcheurs prendront la place de ceux qui sombrent. Car le fleuve, voyez-vous, n’est pas seulement le Temps : il est aussi l’Oubli. Et tant que les hommes préféreront l’oubli à la mémoire, la lâcheté au courage, l’indifférence à la révolte, le radeau de la Méduse continuera de voguer, et les épaves continueront de remonter à la surface, témoins silencieux de notre incapacité à apprendre de nos erreurs. Alors, que faire ? Peut-être faut-il, comme le suggérait Héraclite, se jeter dans le fleuve pour en devenir une partie, pour en détourner le cours, pour en purifier les eaux. Peut-être faut-il devenir nous-mêmes des documents, des preuves vivantes que l’humanité peut encore choisir la lumière plutôt que les ténèbres. Mais attention, car le fleuve est profond, et ses courants sont traîtres. Et si nous échouons, si nous nous laissons emporter par le flot, alors le radeau de la Méduse continuera de voguer, et l’Histoire, une fois de plus, se répétera.