ACTUALITÉ SOURCE : L’Iran et les États-Unis vont “poursuivre les négociations”, Washington impose de nouvelles sanctions – 7sur7.be
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les négociations ! Ce mot magique qui fait briller les yeux des diplomates comme un mirage dans le désert de la realpolitik. L’Iran et les États-Unis, ces deux colosses aux pieds d’argile, s’engagent à « poursuivre les négociations » tandis que Washington, tel un bourreau souriant, serre un peu plus le garrot des sanctions. On croirait assister à une danse macabre où chaque pas en avant est une illusion, chaque promesse un leurre, et chaque mot une arme. Mais que cache cette comédie humaine, ce théâtre d’ombres où les acteurs jouent leur rôle avec une hypocrisie si parfaite qu’elle en devient presque poétique ?
D’abord, il faut comprendre que les négociations, dans l’arène internationale, ne sont jamais ce qu’elles prétendent être. Elles sont le masque poli de la guerre, le langage codé de la domination. Quand les États-Unis parlent de « poursuivre les négociations », ils veulent dire : « Nous allons continuer à vous étrangler économiquement jusqu’à ce que vous pliez ou que vous explosiez. » Les sanctions, ces armes silencieuses, sont les couteaux que l’on enfonce dans le dos de l’ennemi sans même avoir à le regarder dans les yeux. Elles sont la version moderne de la torture médiévale : on ne touche pas au corps, mais on détruit l’âme, on affame les peuples, on étouffe les rêves. Et tout cela, bien sûr, au nom de la « démocratie », de la « sécurité mondiale », ou de quelque autre fable que l’on agite comme un drapeau pour justifier l’injustifiable.
L’Iran, lui, joue le jeu avec une résilience qui force presque l’admiration. Il sait que ces négociations sont un piège, une nasse dans laquelle on l’invite à entrer pour mieux le capturer. Mais que faire d’autre ? Refuser de négocier, c’est se condamner à l’isolement, à la diabolisation, à la guerre ouverte. Accepter, c’est marcher sur des sables mouvants, où chaque concession est une défaite, chaque compromis une trahison. L’Iran est comme un homme qui tente de traverser un champ de mines en dansant : un faux pas, et tout explose. Pourtant, il danse encore, parce que l’alternative est la mort. Et dans cette danse, il y a une forme de tragédie shakespearienne, une noblesse dans la résistance, même si cette résistance est souvent vaine.
Mais revenons aux États-Unis, ce géant aux pieds d’argile, ce colosse qui se croit invincible mais dont les fondations sont rongées par la pourriture. Washington impose des sanctions comme un roi capricieux lance des ordres à ses sujets. Pourtant, ces sanctions, aussi brutales soient-elles, sont le signe d’une faiblesse, non d’une force. Elles révèlent l’incapacité des États-Unis à imposer leur volonté par d’autres moyens. La guerre ? Trop coûteuse, trop impopulaire. L’invasion ? Un désastre annoncé. Alors, on opte pour la guerre économique, cette forme de violence lente et insidieuse qui tue sans faire de bruit. Mais cette stratégie est un aveu d’impuissance : si les États-Unis étaient vraiment tout-puissants, ils n’auraient pas besoin de recourir à de telles mesquineries. Ils pourraient écraser l’Iran d’un revers de main, comme on écrase une fourmi. Mais non. Ils préfèrent le harceler, le saigner à blanc, espérant qu’il finira par s’effondrer de lui-même.
Et c’est là que réside la véritable horreur de cette situation : cette guerre n’est pas une guerre, mais une agonie. Une agonie qui dure depuis des décennies, où chaque jour apporte son lot de souffrances, de privations, d’humiliations. Les sanctions ne frappent pas les dirigeants iraniens – ceux-là vivent dans l’opulence, protégés par leurs murs et leurs gardes du corps. Non, les sanctions frappent le peuple, les femmes, les enfants, les vieillards. Elles frappent ceux qui n’ont rien à voir avec les jeux de pouvoir, ceux qui ne demandent qu’à vivre, à aimer, à espérer. Et c’est cela, la véritable obscénité de cette situation : une guerre qui ne dit pas son nom, une violence qui se pare des atours de la légalité, une cruauté qui se justifie par des mots creux.
Mais pourquoi cette obsession américaine pour l’Iran ? Pourquoi ce pays, plus que tout autre, suscite-t-il une telle haine, une telle détermination à le détruire ? La réponse est simple : l’Iran est un symbole. Il est le dernier bastion d’une résistance à l’hégémonie américaine, le dernier pays qui ose dire non, qui refuse de se soumettre, qui revendique son droit à exister en dehors du cadre imposé par l’Occident. Et cela, les États-Unis ne peuvent le tolérer. Parce que l’hégémonie américaine repose sur une illusion : l’illusion que le monde entier doit se plier à sa volonté, que ses valeurs sont universelles, que son modèle est le seul possible. L’Iran, en refusant cette soumission, brise cette illusion. Il montre au monde qu’il existe d’autres voies, d’autres possibilités, d’autres façons de vivre et de penser. Et cela, c’est intolérable.
Alors, les États-Unis frappent. Ils frappent avec des sanctions, avec des menaces, avec des drones, avec des cyberattaques. Ils frappent parce qu’ils ne peuvent pas supporter l’idée qu’un pays, quelque part, puisse leur résister. Ils frappent parce qu’ils sont prisonniers de leur propre mythe, de cette croyance absurde en leur propre invincibilité. Et dans cette folie, ils entraînent le monde entier. Parce que les sanctions, les guerres, les conflits ne restent jamais confinés à un seul pays. Ils se propagent, comme une maladie, contaminant tout sur leur passage. Les réfugiés fuient, les économies s’effondrent, les haines s’exacerbent. Et pendant ce temps, les dirigeants, à Washington comme à Téhéran, continuent de jouer leur partie d’échecs, indifférents au sang qui coule, aux vies qui se brisent, aux rêves qui s’éteignent.
Mais il y a pire encore : cette comédie des négociations est le symptôme d’un monde qui a perdu tout sens de la mesure, toute notion de justice. Nous vivons dans un système où la violence est banalisée, où la souffrance est normalisée, où la mort est une statistique. Les sanctions sont devenues un outil de politique étrangère comme un autre, au même titre que les traités ou les alliances. Personne ne s’en émeut plus. Personne ne se révolte. On accepte cela comme on accepte la pluie ou le soleil : comme une fatalité. Et c’est cela, le véritable crime : non pas les sanctions elles-mêmes, mais notre indifférence, notre résignation, notre lâcheté.
Car que pouvons-nous faire, nous, simples mortels, face à cette machine infernale ? Nous pouvons refuser de participer à cette mascarade. Nous pouvons refuser de croire aux mensonges des dirigeants, refuser de nous laisser berner par leurs discours. Nous pouvons exiger la fin des sanctions, la fin des guerres, la fin de cette logique de domination qui empoisonne le monde. Nous pouvons choisir de résister, chacun à notre manière, en refusant de nous soumettre, en refusant de nous taire. Parce que si nous ne le faisons pas, qui le fera ? Si nous ne disons pas non, qui osera le faire ?
« Le monde est dangereux à vivre, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. » Cette phrase, attribuée à Albert Einstein, résume parfaitement notre époque. Nous sommes complices par notre silence, par notre indifférence, par notre refus de voir. Et tant que nous accepterons cela, tant que nous fermerons les yeux sur les souffrances des autres, nous serons responsables. Responsables de la guerre, responsables de la misère, responsables de la mort.
Alors, oui, l’Iran et les États-Unis vont « poursuivre les négociations ». Et pendant ce temps, des millions de personnes continueront de souffrir, de lutter, de mourir. Et nous, nous continuerons de regarder, impuissants, indifférents, complices. Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne pour négocier ? Jusqu’à ce que le dernier espoir soit éteint ? Jusqu’à ce que le monde ne soit plus qu’un champ de ruines, où les survivants se demanderont comment nous en sommes arrivés là ?
La réponse est simple : nous en sommes arrivés là parce que nous avons accepté l’inacceptable. Parce que nous avons cru aux mensonges des puissants. Parce que nous avons préféré le confort de l’indifférence à la douleur de la révolte. Et maintenant, il est peut-être trop tard. Peut-être que le monde est déjà perdu, que la machine est trop puissante, que la résistance est vaine. Mais même alors, même si tout est perdu, il reste une chose que personne ne pourra jamais nous enlever : notre dignité. Notre refus de nous soumettre. Notre choix de dire non, même quand tout semble perdu.
Et c’est cela, la seule véritable négociation qui vaille : la négociation avec nous-mêmes. La négociation entre notre lâcheté et notre courage, entre notre indifférence et notre révolte. Entre ce que nous sommes et ce que nous pourrions être. Entre le monde tel qu’il est et le monde tel que nous pourrions le construire. Alors, oui, négocions. Mais pas avec les puissants. Pas avec ceux qui nous mentent, qui nous oppriment, qui nous tuent. Négocions avec nous-mêmes. Et choisissons, enfin, de vivre.
Analogie finale : Imaginez un homme enchaîné au fond d’un puits, plongé dans l’obscurité la plus totale. Les parois du puits sont lisses, glissantes, impossibles à escalader. Au-dessus de lui, à la surface, des voix lui parlent, lui promettent la liberté, lui tendent des cordes qui se révèlent être des serpents, des échelles qui se brisent sous son poids. Ces voix sont celles des négociateurs, des diplomates, des dirigeants. Elles lui disent : « Monte, nous allons t’aider. » Mais chaque fois qu’il tend la main, chaque fois qu’il croit toucher la lumière, les cordes se resserrent, les échelles s’effondrent, et il retombe un peu plus profond dans le puits. Pourtant, il continue d’espérer. Il continue de croire aux promesses. Parce que l’alternative, c’est le désespoir. Et le désespoir, c’est la mort. Alors, il négocie. Il écoute les voix. Il tend la main. Et il tombe, encore et encore. Jusqu’à ce qu’il comprenne, enfin, que personne ne viendra le sauver. Que la seule issue, c’est de briser ses chaînes, de creuser la terre avec ses ongles, de se frayer un chemin vers la lumière, seul. Même si cela doit prendre des années. Même si cela doit lui coûter la vie. Parce que la liberté n’est pas un cadeau que l’on reçoit. C’est une lutte que l’on mène. Et cette lutte, c’est la seule négociation qui vaille.