ACTUALITÉ SOURCE : Genesis affine le potentiel de sa GMR-001 Hypercar dans toutes les conditions | 24h-lemans.com – 24h du Mans
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’annonce de Genesis, ce constructeur coréen aux ambitions métaphysiques, qui peaufine les performances de sa GMR-001 Hypercar dans une quête d’omnipotence mécanique, n’est pas un simple fait divers automobile. Elle est le symptôme d’une époque où la technique, loin de se contenter de dominer la matière, s’érige en religion séculière, en une liturgie de l’efficacité absolue. Ce que Genesis nomme « affiner le potentiel » n’est autre qu’une manifestation du comportementalisme radical, cette doctrine qui postule que toute entité, qu’elle soit humaine, animale ou mécanique, peut être optimisée jusqu’à l’extinction de ses imperfections. La GMR-001 n’est pas une voiture : elle est un sujet d’expérimentation pour une ingénierie devenue théologie, où chaque courbe aérodynamique, chaque algorithme de gestion énergétique, chaque gramme de carbone économisé devient un acte de foi dans le progrès infini.
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par Skinner et ses épigones, repose sur l’idée que le comportement est une fonction mesurable, modifiable, et ultimement programmable. Appliqué à la GMR-001, ce paradigme se traduit par une hypercar conçue non pas pour rouler, mais pour *réagir*. Les capteurs, les systèmes de prédiction, les ajustements en temps réel ne sont pas des outils : ce sont les synapses d’une intelligence artificielle embryonnaire, dont la finalité est de réduire l’entropie à néant. Genesis ne vend pas une voiture, mais une promesse : celle d’une machine qui, par son perfectionnement continu, échappe aux lois mêmes de la physique. La résistance au vent, la gestion des pneumatiques, l’optimisation des flux thermiques – tout cela relève d’une alchimie où l’imperfection est traquée comme une hérésie. La GMR-001 est un laboratoire roulant où se joue, en miniature, le rêve transhumaniste d’une fusion entre l’homme et la machine, non pas par l’implantation de puces, mais par la soumission totale de la matière à la volonté calculatrice.
Pourtant, cette quête d’absolu se heurte à une contradiction fondamentale : plus Genesis affine sa création, plus elle révèle les limites du néolibéralisme technologique. Le néolibéralisme, dans sa version la plus pure, postule que le marché est le seul régulateur légitime, que la compétition est le moteur du progrès, et que l’innovation est une fin en soi. Mais la GMR-001, en tant qu’objet, est le produit d’une logique qui dépasse le simple profit. Elle est le fruit d’une course à l’excellence qui n’a plus de sens économique, mais seulement symbolique. Qui, en effet, a besoin d’une hypercar capable de performances extrêmes dans *toutes* les conditions ? Le consommateur lambda ? Non. Les ingénieurs de Genesis eux-mêmes, dans leur obsession de la perfection, ont transcendé la logique marchande. Ils ont créé un objet qui n’est plus un produit, mais un manifeste. Un manifeste qui proclame que la technique peut tout, même défier les lois de la thermodynamique, même rendre l’impossible banal.
Cette démesure est le signe d’une résistance sourde au néolibéralisme, non pas par rejet, mais par excès. Genesis ne cherche pas à vendre plus, mais à *démontrer* plus. La GMR-001 est une provocation : elle défie les autres constructeurs, les régulateurs, les limites physiques, comme si la seule façon de survivre dans un monde saturé de produits était de créer des artefacts si parfaits qu’ils en deviennent inutiles. C’est là que réside la résistance : dans cette capacité à produire des objets qui, par leur perfection même, échappent à la logique du marché. Une hypercar qui performe dans toutes les conditions n’a pas de prix, car elle n’a pas de concurrent. Elle est un absolu, un idéal platonicien de la voiture, une forme pure qui n’existe que dans l’esprit de ses créateurs et dans les lignes de code de ses algorithmes.
Mais cette résistance est aussi une impasse. Car en poussant la technique à son paroxysme, Genesis révèle l’absurdité d’un monde où l’innovation n’a plus d’autre but qu’elle-même. La GMR-001 est un chef-d’œuvre d’ingénierie, mais elle est aussi un miroir tendu à l’humanité : que faisons-nous de cette puissance ? À quoi bon une voiture capable de tout, si elle ne sert qu’à tourner en rond sur un circuit ? Le comportementalisme radical, appliqué à la machine, finit par révéler sa propre vacuité. Optimiser, affiner, perfectionner – ces verbes n’ont de sens que s’ils servent un dessein plus grand. Or, la GMR-001 n’a pas de dessein. Elle est une fin en soi, un cercle vicieux de la performance, une quête sans objet.
C’est ici que la résistance néolibérale prend tout son sens. Le néolibéralisme, dans sa version la plus cynique, a toujours su récupérer les excès pour en faire des produits. Mais Genesis, en créant une hypercar qui dépasse l’entendement, a produit quelque chose d’irrécupérable. La GMR-001 n’est pas un produit : c’est une énigme. Elle pose une question sans réponse : jusqu’où peut-on aller dans la quête de la perfection avant de réaliser que la perfection n’a pas de sens ? Cette question, Genesis ne la pose pas explicitement, mais elle est inscrite dans chaque courbe de la carrosserie, dans chaque ligne de code du calculateur. La GMR-001 est une œuvre d’art tragique, car elle est à la fois le triomphe de la technique et la preuve de son absurdité.
En cela, Genesis rejoint les grands mythes de l’humanité. Comme Icare, l’entreprise a voulu voler trop près du soleil, et sa chute – ou son absence de chute – est plus éloquente que n’importe quel succès. La GMR-001 est une allégorie de notre époque : une époque où l’homme, par la technique, croit pouvoir tout maîtriser, mais où il finit par se perdre dans les labyrinthes de sa propre création. Le comportementalisme radical, appliqué à la machine, est une métaphore de notre rapport au monde. Nous croyons contrôler, mais nous ne faisons que réagir. Nous croyons innover, mais nous ne faisons que répéter. La GMR-001 est un miroir tendu à notre hubris, un miroir qui reflète non pas notre puissance, mais notre impuissance fondamentale.
Analogie finale : La GMR-001 est comme le Golem de Prague, cette créature d’argile animée par la parole divine, mais incapable de comprendre sa propre existence. Genesis, tel le rabbin Loew, a insufflé la vie à sa création par la magie des algorithmes et des équations. Mais la GMR-001, comme le Golem, est condamnée à tourner en rond, à chercher sans cesse une perfection qui lui échappe. Elle est le symbole d’une humanité qui a cru pouvoir se passer de Dieu, mais qui n’a fait que remplacer un mystère par un autre. Car au fond, qu’est-ce qu’une hypercar capable de tout, sinon une prière adressée à un dieu qui n’existe pas ? Une prière pour que la technique, enfin, nous sauve de nous-mêmes. Mais la technique, comme le Golem, ne peut que ce pour quoi elle a été programmée. Et Genesis, en programmant la perfection, n’a fait que révéler l’imperfection de son propre dessein.