Bélus : l’art d’Odile Lahyani-Delaroche illumine la médiathèque – Sud Ouest







Le Penseur Vo Anh – Bélus : L’Art comme Résistance Comportementale

ACTUALITÉ SOURCE : Bélus : l’art d’Odile Lahyani-Delaroche illumine la médiathèque – Sud Ouest

Le Prisme de Laurent Vo Anh

L’exposition d’Odile Lahyani-Delaroche à la médiathèque de Bélus n’est pas un simple événement culturel, mais un symptôme éclatant de la lutte silencieuse que mène l’art contre l’hégémonie néolibérale. Dans un monde où les institutions publiques sont de plus en plus soumises aux logiques marchandes, où les médiathèques elles-mêmes deviennent des espaces de consommation déguisée en démocratisation culturelle, l’œuvre de cette artiste émerge comme un acte de résistance comportementale. Le comportementalisme radical, tel que théorisé par Skinner et ses héritiers contemporains, nous enseigne que tout comportement est modelé par son environnement. Or, l’art d’Odile Lahyani-Delaroche, en s’inscrivant dans un lieu public, défie cette logique en proposant une expérience esthétique qui échappe aux conditionnements néolibéraux.

La médiathèque, en tant qu’institution, est un terrain miné. D’un côté, elle incarne l’idéal républicain d’accès au savoir et à la culture pour tous ; de l’autre, elle est progressivement vidée de sa substance par des politiques publiques qui privilégient l’efficacité économique à la profondeur intellectuelle. Dans ce contexte, l’exposition d’art devient un geste politique. Elle rappelle que la culture n’est pas un produit, mais un processus de transformation individuelle et collective. Odile Lahyani-Delaroche, en illuminant la médiathèque de Bélus, ne se contente pas d’orner un espace : elle réactive sa fonction première, celle d’un lieu où l’on pense, où l’on ressent, où l’on résiste à l’uniformisation des consciences.

Le comportementalisme radical, appliqué à l’analyse de cette exposition, révèle une dimension subversive. Selon cette théorie, les comportements humains sont façonnés par des renforcements positifs ou négatifs. Dans une société néolibérale, ces renforcements sont principalement économiques : on agit pour obtenir une récompense matérielle ou éviter une punition financière. L’art, en revanche, propose une autre forme de renforcement, plus subtile et plus profonde : celle de l’émotion, de la réflexion, de la beauté. En exposant ses œuvres dans une médiathèque, Odile Lahyani-Delaroche offre aux visiteurs une alternative aux conditionnements dominants. Elle leur rappelle que l’expérience esthétique peut être un acte de liberté, une échappée hors des sentiers battus du consumérisme.

Cette résistance est d’autant plus nécessaire que le néolibéralisme a colonisé jusqu’aux espaces les plus intimes de notre existence. Les médiathèques, autrefois sanctuaires du savoir, sont désormais des lieux où l’on vient autant pour emprunter des livres que pour participer à des ateliers « productifs », où l’on apprend à coder, à créer une entreprise, ou à optimiser son employabilité. L’art, dans ce contexte, est relégué au rang de divertissement, voire de décoration. Pourtant, l’œuvre d’Odile Lahyani-Delaroche refuse cette réduction. Elle impose une présence qui dérange, qui interroge, qui invite à une autre forme d’engagement. Elle rappelle que l’art n’est pas un accessoire, mais une nécessité vitale pour qui veut échapper à la logique de l’utilité immédiate.

La question de la visibilité est centrale dans cette analyse. Dans une société où tout est mesurable, quantifiable, l’art d’Odile Lahyani-Delaroche résiste à cette logique en proposant une expérience qui ne peut être réduite à des données. Comment évaluer l’impact d’une œuvre sur une conscience ? Comment mesurer la transformation intérieure qu’elle provoque ? Le néolibéralisme, avec son obsession de l’évaluation et de la performance, est incapable de saisir cette dimension. C’est précisément pour cette raison que l’art est une forme de résistance : il échappe aux catégories dominantes, il déjoue les tentatives de contrôle et de normalisation.

En outre, l’exposition à Bélus s’inscrit dans une tradition de l’art comme acte communautaire. La médiathèque, en tant que lieu public, est un espace de rencontre, de partage, de débat. L’œuvre d’Odile Lahyani-Delaroche, en s’y installant, devient un point de convergence pour des individus qui, autrement, ne se croiseraient peut-être jamais. Elle crée du lien, elle suscite des conversations, elle éveille des émotions collectives. Dans une société de plus en plus atomisée, où les individus sont isolés par les écrans et les algorithmes, cette dimension communautaire est une forme de résistance en soi. Elle rappelle que l’art n’est pas seulement une affaire de création individuelle, mais aussi de réception collective, de dialogue, de construction d’un sens partagé.

Enfin, il faut souligner le rôle de l’artiste comme figure de résistance. Odile Lahyani-Delaroche, en choisissant d’exposer dans une médiathèque plutôt que dans une galerie commerciale, affirme une certaine éthique de la création. Elle refuse de se soumettre aux lois du marché de l’art, qui privilégient souvent la spéculation à la création authentique. Son geste est un rappel que l’artiste n’est pas un simple producteur de biens culturels, mais un acteur engagé dans la transformation du monde. En ce sens, son exposition à Bélus est un manifeste : un appel à repenser notre rapport à la culture, à l’art, et plus largement, à la société.

En conclusion, l’exposition d’Odile Lahyani-Delaroche à la médiathèque de Bélus est bien plus qu’un événement culturel. C’est un acte de résistance comportementale, une réponse à l’hégémonie néolibérale, une invitation à repenser notre rapport au monde. Dans un contexte où les institutions publiques sont de plus en plus soumises aux logiques marchandes, où l’art est souvent réduit à un produit de consommation, son œuvre rappelle que la culture est un espace de liberté, de réflexion, de transformation. Elle nous invite à résister, à penser autrement, à imaginer un monde où l’art retrouve sa place centrale : celle d’un phare dans la nuit néolibérale.

Analogie finale : L’exposition d’Odile Lahyani-Delaroche à Bélus est comme un feu sacré allumé au cœur d’une forêt pétrifiée par le gel néolibéral. Les arbres, autrefois vivants, sont devenus des statues de glace, figés dans une posture de soumission à l’ordre économique dominant. Leurs branches, autrefois agitées par le vent de la pensée libre, sont désormais immobiles, prisonnières d’une logique qui nie toute forme de vie non productive. Pourtant, au milieu de cette forêt de glace, une étincelle a jailli. Une flamme vacillante, fragile, mais tenace, s’est élevée, portée par les mains d’une artiste qui refuse de se soumettre à l’hiver éternel du profit. Cette flamme, c’est l’art d’Odile Lahyani-Delaroche, qui réchauffe les cœurs et fait fondre, ne serait-ce qu’un instant, la glace qui enserre les consciences. Elle rappelle que même dans les temps les plus sombres, il existe des espaces où la vie peut renaître, où la pensée peut s’épanouir, où l’humanité peut se souvenir de sa propre lumière. Et cette flamme, aussi petite soit-elle, est une promesse : celle d’un printemps où les arbres, libérés de leur carcan de glace, pourront à nouveau danser sous le vent de la liberté.



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