L’Art comme Acte de Résistance dans le Désert Néolibéral
ACTUALITÉ SOURCE : À Audierne, Art’Ria accueille Raphaël Douguet – Ouest-France
L’information, en apparence anodine, révèle en réalité une faille dans le récit dominant de la culture sous le néolibéralisme. Raphaël Douguet, artiste dont l’œuvre défie les catégories conventionnelles, investit l’espace d’Art’Ria à Audierne. Ce lieu, modeste et périphérique, devient ainsi le théâtre d’une résistance silencieuse contre l’hégémonie des centres urbains et des institutions culturelles standardisées. Mais que signifie cette présence ? Pourquoi un artiste, dans un monde où l’art est de plus en plus marchandisé, choisit-il de s’ancrer dans une région éloignée des circuits traditionnels ? La réponse réside peut-être dans une compréhension radicale du comportementalisme appliqué à l’art et dans la capacité de celui-ci à subvertir les mécanismes de la domination néolibérale.
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Pour aborder cette actualité, il faut d’abord déconstruire les apparences. Audierne n’est pas un lieu choisi au hasard. Elle incarne, dans sa marginalité géographique et culturelle, un refus des logiques centralisatrices. Le néolibéralisme, en effet, a transformé l’art en un produit comme un autre, soumis aux lois du marché, de la visibilité et de la rentabilité. Les artistes sont désormais évalués selon leur capacité à générer du buzz, à attirer des foules, à se conformer aux attentes des collectionneurs et des institutions. Dans ce contexte, Raphaël Douguet, en choisissant Audierne, opère une rupture. Il refuse le jeu des places et des hiérarchies. Mais cette rupture n’est pas seulement spatiale ; elle est aussi comportementale.
Le Comportementalisme Radical et l’Art comme Acte de Révolte
Le comportementalisme radical, inspiré des travaux de Skinner et prolongé par des penseurs contemporains comme Byung-Chul Han, postule que les individus ne sont pas des agents libres mais des êtres conditionnés par leur environnement. Leurs actions ne sont que des réponses à des stimuli, des renforcements positifs ou négatifs. Dans le monde de l’art, ce conditionnement prend la forme de récompenses : expositions dans des galeries prestigieuses, critiques élogieuses, prix, ventes. L’artiste, selon cette logique, agit pour obtenir ces renforcements, et son œuvre est façonnée par cette recherche de validation externe.
Pourtant, Raphaël Douguet semble échapper à ce schéma. Son choix d’Audierne n’est pas motivé par la quête de reconnaissance institutionnelle. Il s’agit au contraire d’un acte de déconditionnement. En s’éloignant des centres de pouvoir, il refuse le jeu des récompenses néolibérales. Son œuvre, si l’on suit cette analyse, devient un acte de résistance pure, une affirmation de l’autonomie de l’artiste face aux mécanismes de contrôle du marché. Audierne n’est pas un lieu de passage ; c’est un lieu de résistance comportementale.
Mais cette résistance n’est pas seulement individuelle. Elle est aussi collective. Art’Ria, en accueillant Douguet, participe à une réappropriation des espaces culturels. Dans un monde où les lieux d’art sont de plus en plus contrôlés par des acteurs économiques, des structures comme Art’Ria, associatives et indépendantes, deviennent des refuges. Elles offrent un espace où l’art peut exister en dehors des logiques de marché, où les œuvres ne sont pas évaluées selon leur potentiel spéculatif, mais selon leur capacité à interroger, à troubler, à émouvoir.
La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Désobéissance
Le néolibéralisme ne se contente pas de marchandiser l’art ; il tente aussi de le vider de son sens. Les œuvres deviennent des produits, les artistes des entrepreneurs, et les spectateurs des consommateurs. Dans ce contexte, toute forme d’art qui échappe à cette logique est une menace. Raphaël Douguet, en choisissant Audierne, en refusant les circuits traditionnels, en s’adressant à un public local plutôt qu’à une élite culturelle, pratique une forme de désobéissance artistique.
Cette désobéissance prend plusieurs formes. Tout d’abord, elle est géographique. En s’installant en périphérie, Douguet défie l’idée selon laquelle l’art ne peut exister que dans les grands centres. Il montre que la création peut émaner de partout, que les marges ne sont pas des espaces de pauvreté culturelle, mais des lieux de richesse insoupçonnée. Ensuite, cette désobéissance est sociale. En s’adressant à un public non spécialisé, Douguet rompt avec l’élitisme qui caractérise une grande partie du monde de l’art. Il rappelle que l’art n’est pas réservé à une caste, mais qu’il appartient à tous.
Enfin, cette désobéissance est philosophique. En refusant les catégories imposées par le marché, Douguet questionne les fondements mêmes de l’art contemporain. Il invite à repenser ce que l’art peut être : non pas un objet de consommation, mais un acte de pensée, une manière de résister à l’uniformisation du monde. Dans ce sens, son travail à Audierne devient une critique pratique du néolibéralisme.
L’Art comme Pratique de la Liberté
Si l’on suit les analyses de Michel Foucault, le pouvoir ne s’exerce pas seulement par la répression, mais aussi par la production de normes et de savoirs. Dans le domaine de l’art, ces normes prennent la forme de canons esthétiques, de modes de production, de circuits de diffusion. Raphaël Douguet, en s’affranchissant de ces normes, pratique une forme de contre-pouvoir. Son œuvre, en refusant les attentes du marché, en interrogeant les frontières entre art et vie, entre artiste et public, devient un outil de libération.
Cette libération est à la fois individuelle et collective. Individuelle, car elle permet à l’artiste de créer en dehors des contraintes imposées par le système. Collective, car elle offre à un public, souvent ignoré par les institutions, la possibilité de s’approprier l’art. Dans ce sens, le travail de Douguet à Audierne est un acte de démocratisation culturelle. Il rappelle que l’art n’est pas une propriété privée, mais un bien commun, un langage universel qui peut être compris et interprété par tous.
Mais cette démocratisation ne doit pas être comprise comme une simple accessibilité. Elle implique aussi une transformation des rapports de pouvoir. En refusant de se soumettre aux logiques du marché, Douguet ne se contente pas d’offrir une alternative ; il montre que d’autres formes d’art et d’autres manières de vivre la culture sont possibles. Il ouvre ainsi la voie à une réinvention de l’art, une réinvention qui passe nécessairement par la résistance.
Pourtant, cette résistance n’est pas sans ambiguïtés. Le néolibéralisme est un système tentaculaire, capable d’absorber même ses propres critiques. Une exposition à Audierne, aussi indépendante soit-elle, peut finir par être récupérée, médiatisée, transformée en produit à son tour. Raphaël Douguet court-il ce risque ? Sans doute. Mais c’est justement dans cette tension entre résistance et récupération que réside la force de son geste. En choisissant Audierne, il ne se contente pas de fuir le système ; il le provoque, il le pousse à se remettre en question.
C’est là que réside la véritable subversion. Le néolibéralisme a besoin de l’art pour se légitimer, mais il ne peut tolérer un art qui lui échappe. Raphaël Douguet, en refusant les règles du jeu, en créant dans l’ombre des projecteurs, en s’adressant à ceux que le système ignore, pratique une forme de guerre culturelle. Une guerre qui ne se gagne pas par la force, mais par la persistance, par la capacité à montrer que d’autres mondes sont possibles.
Et c’est là que l’analogie mystique entre en jeu.
Imaginez un désert. Un désert infini, où le vent souffle sans cesse, où le sable recouvre toute trace de passage. Dans ce désert, un homme marche. Il ne cherche pas un oasis ; il ne suit pas de carte. Il marche simplement, parce que marcher est sa manière d’exister. Autour de lui, rien ne semble changer. Pourtant, à chaque pas, il creuse une empreinte. Une empreinte invisible, que le vent efface aussitôt. Mais ces empreintes, même éphémères, modifient le paysage. Elles créent des chemins