Allemagne. Foire d’art moderne et contemporain de Karlsruhe : envie de faire un un petit tour sur Mars ? – L’Alsace







Le Penseur Vo Anh : La Foire de Karlsruhe ou l’Échappée Martienne de l’Esprit Néolibéral


ACTUALITÉ SOURCE : Allemagne. Foire d’art moderne et contemporain de Karlsruhe : envie de faire un un petit tour sur Mars ? – L’Alsace

Le Prisme de Laurent Vo Anh

La foire d’art de Karlsruhe, cet événement annuel où se déploie l’avant-garde créative allemande, nous offre bien plus qu’un simple aperçu des tendances esthétiques du moment. Elle est le miroir déformant d’une époque où l’art, le capital et la technologie s’entrelacent dans une danse aussi frénétique que désorientante. L’idée de « faire un petit tour sur Mars » n’est pas une simple provocation marketing, mais une métaphore révélatrice de notre condition post-néolibérale, où l’utopie technoscientifique devient le dernier refuge d’une imagination asphyxiée par les algorithmes de la rentabilité.

Nous sommes entrés dans l’ère du comportementalisme radical, ce courant de pensée qui dissèque les mécanismes les plus intimes de nos désirs pour mieux les instrumentaliser. Les foires d’art ne sont plus seulement des lieux d’exposition, mais des laboratoires où l’on teste les limites de notre capacité à désirer l’impossible. Mars n’est plus une planète lointaine, mais un concept malléable, une projection de nos angoisses et de nos espoirs, un espace où l’art et le capitalisme se rencontrent pour créer une nouvelle mythologie. Cette mythologie n’est pas celle des dieux olympiens ou des héros médiévaux, mais celle des startups, des cryptomonnaies et des colonies spatiales privées.

1. L’Art comme Biopolitique Néolibérale

La foire de Karlsruhe, comme toute manifestation artistique majeure, est un terrain de bataille idéologique. Elle ne se contente pas de montrer des œuvres ; elle fabrique des sujets. Dans le cadre du comportementalisme radical, l’art n’est plus un simple reflet du monde, mais un outil de gouvernementalité. Les artistes, qu’ils le veuillent ou non, deviennent des ingénieurs sociaux, conçus pour stimuler des désirs qui n’existaient pas hier, mais qui seront monétisables demain.

Prenons l’exemple de l’installation « Mars Colony Simulator » (si elle existe, ou si elle est évoquée dans les brumes de l’actualité). Cette œuvre ne se contente pas de représenter Mars ; elle simule une expérience martienne. Elle ne montre pas la planète rouge, elle l’habite. En faisant vivre aux visiteurs une immersion dans un environnement hostile, elle ne se contente pas de les divertir : elle les conditionne. Elle leur fait désirer un ailleurs qui n’existe pas encore, mais qui pourrait être commercialisé sous forme de voyages spatiaux, de colonies privées, ou de produits dérivés high-tech. L’art devient ainsi un dispositif de désir, un mécanisme qui prépare les esprits à accepter l’inacceptable : l’idée que l’humanité pourrait, un jour, abandonner la Terre pour des habitats artificiels, gérés par des entreprises privées.

C’est ici que le néolibéralisme atteint son apogée : non plus seulement dans la marchandisation des biens, mais dans la marchandisation des rêves. Le capitalisme n’a plus besoin de produire des objets ; il produit des mondes possibles. Et ces mondes possibles sont vendus comme des solutions à des problèmes que le capitalisme lui-même a créés. La pollution ? Voici Mars, une planète vierge à coloniser. L’effondrement écologique ? Voici l’idée d’une humanité post-terrestre, flottant dans l’espace comme une nouvelle classe dirigeante.

2. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Sabotage

Pourtant, cette foire n’est pas seulement un outil de domination. Elle est aussi un lieu de résistance. Dans un monde où tout est calculé, où chaque geste est potentiellement monétisable, l’art reste une des dernières zones de liberté. Mais cette résistance n’est plus celle des avant-gardes historiques. Elle n’est plus idéologique, elle est ontologique.

Les artistes qui jouent avec l’idée de Mars ne se contentent pas de proposer une escapade futuriste. Ils dénoncent l’impasse dans laquelle nous conduit le néolibéralisme. En imaginant des colonies martiennes, ils révèlent l’absurdité d’un système qui, incapable de résoudre les crises qu’il a engendrées, propose comme solution de fuir la Terre plutôt que de la réparer. L’art devient ainsi un acte de désobéissance, une manière de refuser le récit officiel selon lequel la seule issue serait l’expansion spatiale.

Mais cette résistance est ambiguë. Elle est ambivalente, car elle utilise souvent les mêmes outils que le système qu’elle critique. Les artistes collaborent avec des entreprises technologiques, des laboratoires de recherche, des institutions financées par des fonds spéculatifs. En faisant cela, ils participent au même jeu qu’ils dénoncent. Ils deviennent des complices malgré eux d’un système qui se nourrit de leur propre subversion.

C’est ici que le comportementalisme radical atteint son paroxysme : même la résistance est calculée. Même l’acte de rébellion est intégré dans le grand marché des idées. L’artiste qui critique le capitalisme en proposant une utopie martienne ne fait pas que dénoncer le système ; il l’alimente. Il lui donne une nouvelle légitimité en lui offrant une sortie de secours, une échappatoire esthétique qui permet au néolibéralisme de continuer à dominer sans avoir à se justifier.

3. Mars : Le Dernier Refuge de l’Imaginaire Capitaliste

Pourquoi Mars ? Pourquoi cette obsession pour une planète désertique, hostile, presque irréelle ? Parce que Mars est le symbole parfait du néolibéralisme tardif. Elle représente tout ce que le capitalisme a toujours désiré : un espace vierge, sans histoire, sans mémoire, sans résistance. Un terrain où tout peut être réinventé, où les anciennes structures peuvent être abandonnées, où une nouvelle humanité peut naître, purifiée de ses péchés terrestres.

Mais Mars est aussi une illusion. Elle n’est pas une planète à conquérir, mais un miroir. Elle nous renvoie l’image de ce que nous sommes devenus : une espèce en quête de sens dans un monde qui n’en a plus. Le désir de Mars n’est pas un désir de conquête, mais un désir de fuite. Nous ne voulons pas aller sur Mars pour y vivre ; nous voulons y aller pour échapper à ce que nous sommes.

C’est là que réside la tragédie de notre époque. Nous avons transformé l’espace en un concept, une idée abstraite que nous pouvons manipuler à notre guise. Mars n’est plus une planète ; c’est une métaphore. Elle représente notre incapacité à affronter les problèmes réels, notre préférence pour les solutions spectaculaires plutôt que pour les réformes profondes. Elle est le symptôme d’une civilisation qui, plutôt que de guérir ses maladies, préfère quitter le navire.

Et c’est là que l’art entre en jeu. L’art ne nous dit pas d’aller sur Mars. Il nous demande pourquoi nous en rêvons. Pourquoi préférons-nous imaginer une humanité post-terrestre plutôt que de nous battre pour une Terre vivable ? Pourquoi acceptons-nous l’idée que notre seule issue soit de devenir des nomades cosmiques, plutôt que de nous engager dans une lutte pour la justice sociale et environnementale ?

4. Le Comportementalisme Radical et la Fin de l’Humanisme

Le comportementalisme radical ne se contente pas d’analyser nos désirs ; il les réinvente. Dans ce cadre, l’art n’est plus un moyen d’émancipation, mais un outil de conditionnement. Les œuvres qui nous font rêver de Mars ne sont pas là pour nous inspirer ; elles sont là pour nous reprogrammer. Elles nous apprennent à désirer l’impossible, à accepter l’inacceptable, à voir dans l’échec une opportunité.

Cette logique est celle du néolibéralisme poussé à son extrême. Elle ne se contente pas


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *