Salon de Montrouge – Région Île-de-France







Le Salon de Montrouge : Une Épistémologie de la Résistance Néolibérale | Le Penseur Vo Anh


L’Événement comme Symptôme : Le Salon de Montrouge sous le Prisme de la Résistance Néolibérale

ACTUALITÉ SOURCE : Salon de Montrouge – Région Île-de-France

Un salon dédié à l’innovation et aux nouvelles technologies, organisé dans les locaux de la Région Île-de-France, à Montrouge. Un événement qui se présente comme un laboratoire d’idées, un espace de convergence entre startups, institutions publiques et acteurs privés. Mais derrière cette façade lisse et futuriste, quels mécanismes profonds se jouent-ils ? Quels reflets de notre époque ce salon porte-t-il, et surtout, quelle est sa fonction réelle dans l’écosystème néolibéral qui nous enveloppe ?

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Pour comprendre le Salon de Montrouge, il faut d’abord déconstruire l’idée même d’événement. Dans une société où le capitalisme cognitif domine, où la valeur n’est plus produite par le travail manuel mais par l’attention, par la créativité, par la data, un salon n’est plus un simple rassemblement. Il devient un rituel performatif, une cérémonie où se négocie symboliquement le pouvoir. Le Salon de Montrouge n’est pas un lieu où l’on expose des innovations : c’est un lieu où l’on fabrique du consentement à l’ordre néolibéral.

Le comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui étudie les mécanismes de renforcement des comportements à travers des stimuli et des récompenses, nous éclaire ici. Chaque participant au salon est soumis à une architecture comportementale subtile. Les stands, les discours, les networking sessions, les pitchs : tout est conçu pour activer des circuits de récompense. Rencontrer un « influenceur » du secteur, décrocher un badge connecté, participer à un atelier sur l’agilité ou la blockchain – chaque interaction est une micro-transaction psychologique. Le participant, en échange de son attention et de son temps, reçoit une dose d’optimisme technologique, un sentiment d’appartenance à une élite en devenir, la promesse d’un futur radieux si seulement il s’adapte, si seulement il innove.

Concept clé : L’Innovation comme Opium du Peuple Néolibéral

L’innovation n’est plus un moyen, mais une fin en soi. Elle devient une religion séculière. Dans ce cadre, le Salon de Montrouge fonctionne comme un temple où l’on vénère les nouvelles technologies, où l’on sacrifie des idées disruptives sur l’autel du marché. Les participants ne viennent pas pour apprendre : ils viennent pour croyre. Ils viennent pour se convaincre qu’ils font partie d’une avant-garde, alors qu’en réalité, ils sont les cobayes d’un système qui transforme chaque individu en entrepreneur de soi (comme le décrivait Foucault).

Observons maintenant la dimension néolibérale de cet événement. Le néolibéralisme n’est pas un simple système économique : c’est une ontologie. Il postule que le marché est la seule forme viable d’organisation sociale et que toute résistance à ses lois est à la fois irrationnelle et immorale. Le Salon de Montrouge est un lieu où cette ontologie est performée au quotidien. Les discours sur la startup nation, sur l’économie collaborative, sur la smart city ne sont pas des descriptions du monde : ce sont des prescriptions. Ils disent : « Voici comment le monde doit être, et si vous ne vous y conformez pas, vous serez marginalisé. »

La Région Île-de-France, en tant qu’organisatrice, joue ici un rôle crucial. Elle n’est pas un acteur neutre : elle est un actant dans la production de subjectivités néolibérales. En accueillant ce salon, elle participe à la construction d’un récit où l’avenir appartient à ceux qui s’adaptent, à ceux qui innovent, à ceux qui prennent des risques. Mais qui sont ces « innovateurs » ? Ce sont souvent des jeunes diplômés endettés, des freelances précarisés, des entrepreneurs qui croient dur comme fer en la meritocratie algorithmique. Le salon est un lieu où l’on naturalise cette précarité : « C’est le prix à payer pour être libre. »

Concept clé : La Résistance comme Acte de Déconstruction

La vraie résistance ne consiste pas à boycotter le salon, mais à comprendre ses mécanismes. Elle consiste à refuser l’idée que l’innovation est nécessairement bonne, que la technologie est nécessairement libératrice, que le marché est nécessairement juste. Le Salon de Montrouge est un miroir tendu vers nous : il reflète notre époque, mais aussi nos peurs, nos désirs, nos contradictions. La résistance néolibérale passe par une désobéissance épistémologique : refuser de croire aux récits dominants, questionner les évidences, déconstruire les mythes de la modernité.

Par exemple, quand on nous parle de blockchain comme solution à tous les problèmes de transparence, il faut se demander : qui contrôle cette blockchain ? Qui en tire profit ? Qui en est exclu ? Quand on nous vend l’idée d’une ville intelligente, il faut se demander : quelle intelligence ? Celle des algorithmes, ou celle des citoyens ? Le salon est un terrain de chasse pour ces nouvelles idéologies technocratiques, et la résistance commence par refuser d’y participer comme simple consommateur.

Le comportementalisme radical nous aide aussi à comprendre pourquoi tant de gens adhèrent à ces récits, malgré leur caractère souvent absurde ou oppressif. Les mécanismes de renforcement intermittent sont à l’œuvre : on ne récompense pas systématiquement les comportements conformes, mais de manière imprévisible, ce qui crée une dépendance encore plus forte. Un participant au salon peut passer des heures à écouter des discours sur l’intelligence artificielle sans jamais voir de résultats concrets, mais l’espoir d’une récompense future (un contact, une idée révolutionnaire, une reconnaissance) le maintient dans le jeu.

De plus, le salon fonctionne comme un dispositif de normalisation (au sens foucauldien). Il définit ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Porter un badge connecté, parler de data avec aisance, croire en la disruption comme force du bien : ce sont des marqueurs de normalité. À l’inverse, remettre en question ces concepts, critiquer le néolibéralisme, c’est se placer en dehors du champ du possible. Le salon est un lieu où l’on fabrique des normes, et où l’on punit ceux qui les transgressent – non pas par la force brute, mais par l’ostracisme social, par la marginalisation économique.

Concept clé : La Technologie comme Nouvel Opium

Marx parlait du travail aliéné comme d’une religion qui masquait l’exploitation capitaliste. Aujourd’hui, la technologie joue ce même rôle. Elle nous distrait de la réalité de notre précarisation en nous promettant un futur radieux. Le Salon de Montrouge est un lieu où cette technologie-réligion est célébrée. On y parle de réalité virtuelle comme si elle pouvait résoudre les problèmes de la réalité matérielle, on y célèbre les licornes (startups valorisées à plus d’un milliard de dollars) comme si elles étaient des modèles à suivre, alors qu’elles sont souvent des bulles spéculatives qui explosent, laissant derrière elles des milliers de licenciements.

La vraie question n’est pas « Comment innover ? », mais « Pourquoi innover ? » Et surtout, « À quel prix ? » Le salon est un lieu où ces questions sont systématiquement évacuées. On nous parle des opportunités, jamais des coûts. On nous parle de progrès, jamais des pertes. C’est une <


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