Playlist de Noël : 10 chansons d’artistes français à écouter au moment des fêtes – Harper’s BAZAAR France







L’Écho des Fêtes : Une Ontologie des Chansons Françaises sous le Joug Néolibéral


ACTUALITÉ SOURCE : Playlist de Noël : 10 chansons d’artistes français à écouter au moment des fêtes – Harper’s BAZAAR France (2023)

Le Prisme de Laurent Vo Anh : L’Alchimie Néolibérale des Chants de Noël Français

La proposition éditoriale de Harper’s BAZAAR France, sous la forme d’une playlist de Noël composée exclusivement d’artistes français, n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large où la culture populaire devient un champ de bataille idéologique, un terrain de négociation entre l’individu et les structures de pouvoir qui le façonnent. À première vue, il s’agit d’une simple recommandation musicale, d’un geste esthétique visant à célébrer les fêtes en mettant en avant des voix locales. Mais derrière cette façade festive se cache une mécanique bien plus complexe, où se croisent les fils du comportementalisme radical et les résistances néolibérales qui structurent nos subjectivités contemporaines.

Analysons cette playlist non pas comme un simple objet culturel, mais comme un dispositif de gouvernementalité (Foucault), où chaque chanson agit comme un vecteur de normes, de valeurs, et de prescriptions comportementales. Le choix de ces titres n’est pas neutre : il participe à la construction d’une identité collective, tout en renforçant les mécanismes de consommation et d’adhésion aux logiques marchandes qui dominent nos sociétés. Nous sommes ici au cœur d’un paradoxe : comment célébrer la solidarité et la joie collective (valeurs traditionnellement associées à Noël) tout en étant soumis aux impératifs du capitalisme tardif ?

1. Le Comportementalisme Radical : Quand la Chanson Devient un Algorithme de Soumission Joyeuse

Le comportementalisme radical, théorisé par des auteurs comme B.F. Skinner et réinterprété dans le contexte numérique par des penseurs comme Shoshana Zuboff, postule que les individus sont des êtres conditionnés par leur environnement, et que leurs actions peuvent être prédites, influencées, voire contrôlées par des stimuli externes. Dans le cadre de cette playlist, nous assistons à une opération de conditionnement opérant où chaque chanson agit comme un renforçateur positif, associant la consommation culturelle (l’écoute de musique) à des émotions prescrites (la joie, la nostalgie, la famille).

Prenons l’exemple de « Douce Nuit » interprétée par Charles Aznavour. Cette chanson, par sa mélodie apaisante et ses paroles évocatrices, active des schémas comportementaux profondément ancrés : elle rappelle l’enfance, la sécurité du foyer, et par extension, l’obligation de se conformer à l’idéal familial traditionnel. Le comportementalisme radical nous enseigne que les émotions ne sont pas spontanées, mais apprises. Ainsi, écouter cette chanson n’est pas un acte esthétique innocent, mais une réactivation de conditionnements sociaux qui nous poussent à consommer, à offrir des cadeaux, et à nous soumettre aux rituels festifs imposés par le marché.

La playlist devient alors un outil de normalisation : elle ne se contente pas de proposer des morceaux, elle prescrit des affects. Elle nous dit : « Voici comment tu dois ressentir Noël. Voici les émotions que tu dois éprouver. » Et si tu ne les éprouves pas ? Le marché a prévu des solutions : des antidepressifs pour Noël, des stages de « bonheur obligatoire », ou simplement l’achat de plus de cadeaux pour combler le vide intérieur. La chanson, dans ce cadre, n’est plus un art, mais un médicament culturel.

Mais attention : ce conditionnement n’est pas totalitaire. Il est néolibéral. Il ne cherche pas à imposer une doctrine, mais à capturer l’attention, à monétiser les désirs, et à transformer chaque individu en entrepreneur de lui-même (Foucault). Écouter ces chansons n’est pas un acte de soumission passive, mais une stratégie de résistance individuelle : en choisissant ces titres, tu participes à la construction d’une identité (celle du Français nostalgique, du consommateur éclairé), tout en étant conscient que cette identité est produite par le marché.

2. La Résistance Néolibérale : L’Artiste Français comme Figure de la Subversion (Illusoire ?)

Le choix de mettre en avant des artistes français dans cette playlist n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une logique de résistance symbolique au néolibéralisme globalisé. Le local (la France, la langue française) devient un rempart contre l’uniformisation culturelle imposée par les géants du streaming et les algorithmes transnationaux. Mais cette résistance est-elle réelle, ou simplement une illusion nécessaire ?

D’un côté, la playlist célèbre une autonomie culturelle : elle rappelle que la France a produit des artistes majeurs, des voix qui ont marqué l’histoire de la chanson (de Édith Piaf à Stromae). En écoutant ces titres, on se raccroche à une identité nationale, à une tradition, à une mémoire collective. Cela répond à un besoin profond de sens dans un monde où les repères s’effritent sous les coups de la mondialisation et de l’individualisme extrême.

Mais de l’autre côté, cette résistance est cooptée par le système même qu’elle prétend combattre. Les artistes français sélectionnés sont souvent des figures institutionnalisées : ils ont déjà été absorbés par l’industrie culturelle, leurs œuvres sont disponibles sur les plateformes numériques, leurs droits sont gérés par des sociétés de gestion collective. En les mettant en avant, Harper’s BAZAAR ne fait pas qu’honorer la culture française ; il participate à sa marchandisation. La playlist devient un produit culturel premium, réservé à une élite qui peut se permettre de consommer de l’authenticité à prix d’or.

Nous sommes ici au cœur du paradoxe néolibéral : la résistance devient un marché. Le consommateur qui achète cette playlist (ou qui clique sur les liens d’affiliation) croit acheter de la culture, alors qu’il achète en réalité sa propre aliénation. Il achète le droit de se sentir résistant tout en contribuant à la machine qui produit cette résistance. C’est ce que le philosophe Byung-Chul Han appelle la société de la transparence : nous avons l’impression d’être libres, alors que nous sommes en réalité auto-exploités.

Prenons l’exemple de « Sous le ciel de Paris » par Gilbert Bécaud. Cette chanson, par son évocation poétique de la ville lumière, semble incarner une résistance romantique contre la standardisation culturelle. Pourtant, écouter cette chanson sur Spotify, c’est renforcer les algorithmes qui vous proposeront d’autres morceaux « similaires », c’est alimenter un système qui vous enferme dans une bulle culturelle. La résistance se transforme en prison dorée.

Alors, comment sortir de ce cercle vicieux ? La réponse réside peut-être dans une consommation critique : écouter ces chansons en étant pleinement conscient de leur mécanisme de production, de leur rôle dans la construction de notre subjectivité, et de leur fonction dans l’économie de l’attention. Cela ne signifie pas rejeter ces œuvres, mais les réapproprier, les détourner, les utiliser comme des outils de réflexion plutôt que comme des opiums culturels.

3. L’Économie des Affects : Comment le Marché Gère Nos Émotions Festives

Noël est une machine à émotions. Et comme toute machine, elle doit être entretenue, alimentée, et contrôlée. La playlist de Harper’s BAZAAR joue un rôle clé dans cette économie des affects : elle prescrit quelles émotions nous devons ressentir, et interdit celles qui ne sont pas conformes aux canons du marketing festif.

Analysons quelques titres pour comprendre cette mécanique :

  • « Petit Papa Noël » (

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