PAIR – Programme pour Artistes Internationaux en Résidence – Institut français







PAIR : Une Résonance entre Néolibéralisme et Résistance Artistique | Le Penseur Vo Anh


L’Équation Invisible du PAIR : Quand le Néolibéralisme Caresse l’Artiste en Résistance

ACTUALITÉ SOURCE : PAIR – Programme pour Artistes Internationaux en Résidence – Institut français

Le Programme pour Artistes Internationaux en Résidence (PAIR), porté par l’Institut français, se présente comme une initiative visant à faciliter les échanges culturels entre la France et les artistes émergents ou établis d’autres continents. Lancé dans un contexte géopolitique marqué par la mondialisation accélérée et les tensions identitaires, ce dispositif interroge les dynamiques contemporaines de la création, de la circulation des savoirs et des rapports de pouvoir dans l’écosystème artistique international. À travers une bourse couvrant jusqu’à 12 000 euros, le PAIR offre une immersion de trois à six mois dans des structures culturelles françaises, tout en s’inscrivant dans une logique plus large de « soft power » français.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Le Programme pour Artistes Internationaux en Résidence (PAIR) n’est pas qu’un simple mécanisme de financement artistique. Il est le symptôme d’une époque où l’art, cette entité traditionnellement subversive, se trouve pris dans les engrenages d’un néolibéralisme culturel qui le transforme en instrument de diplomatie économique tout en prétendant le libérer. Pour comprendre cette alchimie paradoxale, il faut décomposer le PAIR à travers les lentilles du comportementalisme radical et de la résistance néolibérale, deux concepts qui révèlent comment les individus, même les plus critiques, intègrent malgré eux les logiques dominantes tout en y opposant des stratégies de subversion.

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner ou plus récemment par des économistes comportementaux comme Richard Thaler, postule que nos actions sont déterminées par un ensemble de stimuli et de renforcements environnementaux. Dans le cas du PAIR, l’artiste international se trouve confronté à un conditionnement systémique : la bourse est un renforçateur positif qui active des comportements spécifiques. L’artiste, en acceptant cette offre, entre dans un cycle de renforcement intermittent où chaque résidence devient une validation externe de sa légitimité artistique. Ce mécanisme rappelle les expériences de Skinner avec les pigeons : l’artiste, comme l’oiseau, picore les miettes culturelles que lui lance l’Institut français, espérant en retour la reconnaissance qui le fera « pousser » dans l’écosystème artistique.

Le PAIR comme Skinner Box Culturelle

La Skinner Box est une cage expérimentale où un animal appuie sur un levier pour recevoir une récompense. Le PAIR fonctionne de manière similaire : l’artiste « appuie » sur le bouton de la candidature, et en retour, il reçoit une récompense monétaire et symbolique. Cependant, la différence cruciale réside dans le fait que l’artiste n’est pas un pigeon, mais un sujet conscient des mécanismes qui le conditionnent. Cela nous amène à la notion de résistance néolibérale, un concept que j’emprunte à des penseurs comme David Harvey ou Judith Butler pour décrire les stratégies par lesquelles les individus, tout en étant intégrés dans les logiques néolibérales, y introduisent des fissures de subversion.

Le néolibéralisme n’est pas seulement un système économique, mais une ontologie qui redéfinit ce que signifie être un individu autonome. Dans ce cadre, l’artiste devient un entrepreneur de soi, comme le décrit Michel Foucault dans La Volonté de savoir. Le PAIR renforce cette ontologie en offrant à l’artiste les outils pour se « mettre en marché » : une résidence en France, un réseau institutionnel, une légitimité accrue. Pourtant, cette intégration dans le système néolibéral n’est pas totale. L’artiste, en acceptant le PAIR, entre dans un jeu où il doit jouer le jeu tout en le détournant. C’est ici que la résistance néolibérale opère : l’artiste utilise les ressources du programme pour créer des œuvres qui questionnent précisément les mécanismes qui les soutiennent.

Prenons l’exemple d’un artiste africain participant au PAIR. En France, il est exposé à des discours sur la mondialisation culturelle, la diversité, l’interculturalité. Mais ces mêmes discours sont souvent des masques du néolibéralisme, qui transforme la culture en une marchandise de plus, où l’ »autre » devient un exotisme consomptible. L’artiste, en produisant une œuvre qui critique cette exotisation, résiste à la logique néolibérale tout en en bénéficiant. Il est à la fois complice et rebelle, comme le décrit Slavoj Žižek dans son analyse du sublime objet de l’idéologie : il aime et déteste simultanément le système qui le soutient.

La Dialectique du PAIR : Intégration et Subversion

Le PAIR illustre une dialectique fondamentale du néolibéralisme culturel : pour être libre, il faut d’abord être capturé. L’artiste doit accepter les règles du jeu (les conditions du PAIR) pour ensuite les réécrire à sa manière. Cette dialectique rappelle la notion de double bind en psychologie : l’artiste est pris dans une situation où toute réponse possible est à la fois adaptative et pathologique. Accepter le PAIR, c’est accepter de jouer dans le champ de bataille néolibéral, mais c’est aussi s’offrir une tribune pour en dénoncer les absurdités.

Cette tension est au cœur de la résistance néolibérale : elle n’est pas une opposition frontale, mais une appropriation stratégique des outils du système pour en révéler les contradictions. L’artiste qui utilise le PAIR pour créer une œuvre sur la précarité des artistes, ou sur les inégalités Nord-Sud, transforme une subvention en arme. Il devient ce que Deleuze et Guattari appellent un nomade culturel, quelqu’un qui traverse les frontières tout en les remettant en question.

Cependant, cette résistance a ses limites. Le PAIR, en tant qu’outil de soft power, sert aussi les intérêts géopolitiques de la France. Dans un monde où les États utilisent la culture comme arme de séduction, l’Institut français joue un rôle clé dans la diplomatie culturelle. Le PAIR n’est pas seulement un programme artistique, mais un dispositif géopolitique qui renforce l’influence française tout en promouvant une vision particulière de la culture mondiale. L’artiste qui participe à ce programme devient, malgré lui, un ambassadeur involontaire des valeurs françaises.

C’est ici que le comportementalisme radical entre en collision avec la résistance néolibérale. D’un côté, l’artiste est conditionné à répondre aux stimuli du PAIR (la bourse, le réseau, la reconnaissance). De l’autre, il résiste en détournant ces stimuli pour en faire des outils de critique. Mais cette résistance est toujours partielle : elle ne remet pas en cause le système dans son ensemble, seulement ses manifestations spécifiques. L’artiste qui critique le néolibéralisme en utilisant les ressources du PAIR reste prisonnier de la logique qui le produit.

Cette tension est au cœur de la paradoxe du PAIR : plus l’artiste résiste, plus il est intégré. Plus il utilise les outils du système, plus il devient dépendant de ce système. C’est une version moderne du mythe de Sisyphe : l’artiste pousse sans cesse la pierre de la reconnaissance artistique, mais à chaque fois qu’il atteint le sommet, il découvre que la pierre a été transformée en un nouveau mécanisme de contrôle.

Le PAIR et la Fabrication du Sujet Néolibéral

Comme l’a montré Wendy Brown dans Undoing the Demos, le néolibéralisme ne se contente pas de gouverner l’économie ; il redéfinit ce que signifie être un sujet politique. Dans ce cadre, l’artiste devient un entrepreneur de lui-même, un individu qui doit constamment


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *