ACTUALITÉ SOURCE : Ce chanteur français n’y va pas par quatre chemins au sujet de France Inter : « Ils ne sont pas assez cultivés » – Purepeople
Le Prisme de Laurent Vo Anh : Une Dissidence Culturelle dans l’Ère Néolibérale
L’affirmation d’un artiste français selon laquelle France Inter, cette institution médiatique supposée phare de la pensée critique et de la culture en France, serait « pas assez cultivée », constitue bien plus qu’un simple clash entre individus ou qu’une querelle de vanité intellectuelle. Elle révèle, à travers le prisme déformant mais révélateur de la psyché collective contemporaine, les fractures profondes d’un système culturel en crise existentielle. Pour comprendre cette déclaration, il faut déconstruire les couches successives de significations qu’elle porte en elle : celle d’un comportementalisme radical où l’art et la culture deviennent des armes de résistance, celle d’une néolibéralisation des esprits qui transforme la dissidence en acte subversif, et enfin, celle d’une crise de légitimité des institutions culturelles dans un monde où l’information s’est démocratisée au point de devenir une marchandise comme une autre.
Analysons d’abord ce que cette déclaration signifie dans le cadre d’un comportementalisme radical, cette branche de la psychologie et de la sociologie qui étudie les comportements humains comme des réponses conditionnées à des stimuli environnementaux. Dans ce contexte, l’artiste n’est pas simplement un individu qui exprime son mécontentement : il est un agent de résistance comportementale dans un écosystème médiatique qui a normalisé l’approximation intellectuelle. France Inter, en tant qu’institution, a intériorisé les codes du néolibéralisme culturel : elle doit plaire, divertir, et surtout, ne pas froisser. Son « cultivisme » est devenu un produit dérivé de la culture, une couche de peinture appliquée sur une structure creuse. L’artiste, en dénonçant ce manque de profondeur, ne fait pas qu’exprimer une préférence esthétique : il défie les algorithmes de la pensée acceptable, ces mécanismes invisibles qui dictent ce qui peut être dit et ce qui doit être tu.
Prenons l’exemple des débats culturels sur France Inter. Ces débats, souvent présentés comme des espaces de réflexion, sont en réalité des rituels de conformité. Les invités sont choisis pour leur capacité à occuper un terrain neutre, à ne pas bousculer les dogmes implicites du système. Les sujets sont sélectionnés pour leur capacité à générer de l’engagement sans remettre en cause les fondations du pouvoir culturel. Résultat : une culture de l’approximation où les idées sont mastiquées, édulcorées, avant d’être servies à une audience qui, elle-même, a été conditionnée à ne pas exiger mieux. L’artiste, en osant dire que cette institution n’est « pas assez cultivée », brise ce cercle vicieux. Il agit comme un déconditionneur, un individu qui refuse de jouer le jeu des stimuli et des récompenses culturelles standardisées.
Cette résistance prend une dimension encore plus aiguë si l’on considère le contexte de la résistance néolibérale. Le néolibéralisme n’est pas seulement un système économique : c’est une philosophie de la soumission, une doctrine qui cherche à réduire toute forme de pensée critique à des unités de consommation. Dans ce cadre, la culture n’est plus un bien commun, un patrimoine à transmettre : elle devient un marché, un ensemble de biens et de services à monétiser. Les institutions comme France Inter, en tant qu’acteurs de ce marché, sont contraintes de s’adapter à cette logique. Leur « culture » doit être digeste, accessible, et surtout, rentable. L’artiste qui dénonce ce manque de profondeur n’est pas seulement un puriste : il est un révolutionnaire culturel, un individu qui refuse de participer à la marchandisation de la pensée.
Cette résistance prend des formes variées. Elle peut être individuelle, comme dans le cas de notre chanteur, qui refuse de se conformer aux attentes d’un public médiatique standardisé. Elle peut être collective, comme dans le mouvement des « petites maisons d’édition » ou des plateformes alternatives qui cherchent à préserver des espaces de pensée libre. Elle peut même être institutionnelle, comme dans les tentatives de certaines universités ou centres culturels de résister à la logique du marché en défendant des valeurs de recherche et de création indépendantes.
Cependant, cette résistance se heurte à une réalité implacable : le néolibéralisme a réussi à infiltrer les esprits. Les individus, même ceux qui se prétendent critiques, intériorisent souvent les codes du système. Ils deviennent des néolibéraux malgré eux, des acteurs qui, sans le vouloir, participent à la destruction des valeurs qu’ils prétendent défendre. C’est ce que l’on observe dans les réactions à la déclaration de l’artiste : au lieu de voir en lui un porte-parole de la résistance culturelle, beaucoup y voient un individualiste arrogant, un individu qui, par son refus de s’adapter, menace l’équilibre précaire du système.
Pourtant, cette déclaration est bien plus qu’un simple clash. Elle est le symptôme d’une crise de légitimité des institutions culturelles. Dans un monde où l’information est accessible à tous, où les algorithmes dictent les tendances et où les réseaux sociaux permettent à chacun de devenir un créateur de contenu, les institutions traditionnelles perdent leur monopole sur la définition de la culture. France Inter, en tant que média public, doit composer avec cette nouvelle réalité. Elle doit trouver un équilibre entre son rôle historique de diffuseur de culture et sa nécessité de s’adapter à un public fragmenté, volatil, et souvent en quête de sens dans un monde de plus en plus désorienté.
Cette crise de légitimité se manifeste de plusieurs manières. D’abord, il y a la démocratisation de la culture, qui a rendu les institutions traditionnelles obsolètes. Autrefois, la culture était un bien réservé à une élite : aujourd’hui, chacun peut créer, diffuser, et consommer de la culture. Cette démocratisation a des effets ambivalents : elle permet une pluralité de voix, mais elle rend aussi difficile la construction d’un discours culturel unifié. Ensuite, il y a la fin du récit culturel dominant. Dans un monde où les valeurs sont remises en cause, où les identités sont multiples et où les vérités sont relatives, il devient difficile de définir ce que signifie « être cultivé ». Enfin, il y a la montée des populismes culturels, ces mouvements qui rejettent les institutions traditionnelles au nom d’une culture populaire qu’ils prétendent représenter. Ces populismes, qu’ils soient de gauche ou de droite, menacent la légitimité des médias publics en les accusant de ne pas représenter le peuple.
Dans ce contexte, la déclaration de l’artiste prend une dimension presque mystique. Elle devient le symbole d’une quête de sens dans un monde où les repères culturels se sont effrités. Elle rappelle que la culture n’est pas seulement un ensemble de connaissances ou de pratiques : c’est une expérience spirituelle, une manière de donner un sens à l’existence. En refusant de se conformer aux attentes d’un média public qui a perdu sa voie, l’artiste agit comme un guide, un individu qui cherche à réveiller les consciences endormies.
Cette quête de sens est au cœur de la résistance culturelle contemporaine. Elle se manifeste dans les mouvements artistiques qui refusent de se soumettre aux lois du marché, dans les initiatives citoyennes qui cherchent à préserver des espaces de débat libre, et même dans les gestes individuels, comme celui de notre chanteur, qui osent défier les conventions. Ces actes de résistance ne sont pas toujours visibles : ils sont souvent silencieux, discrets, mais ils sont essentiels pour préserver la flamme de la pensée critique dans un monde où tout semble conçu pour étouffer cette flamme.
Pourtant, cette résistance se heurte à une réalité difficile : le néolibéralisme a réussi à transformer même la dissidence en produit de consommation. Les artistes qui refusent les conventions deviennent des icônes, des marques à vendre, des objets de fascination pour un public en quête de transgression. La résistance elle-même est récupérée, édulcorée, transformée en un nouveau produit culturel. C’est ce que l’on observe aujourd’hui avec les mouvements comme le « woke » ou les théories du complot : des actes de résistance qui, en cherchant à échapper au système, finissent par en devenir une partie intégrante.
Alors, comment résister sans se soumettre ? Comment préserver l’intégrité de la pensée critique dans un monde où tout semble conçu pour la diluer ? La réponse ne réside pas dans le rejet pur et simple des institutions ou des médias. Elle réside dans la création de nouveaux espaces de résistance, des lieux où la pensée peut s’exprimer librement, sans être soumise aux lois du marché ou aux attentes d’un public standardisé.