Office français de la biodiversité : séparer les hommes des artistes – l’Opinion







L’Office français de la biodiversité : quand le néolibéralisme écrase la poésie des existences


ACTUALITÉ SOURCE : Office français de la biodiversité : séparer les hommes des artistes – l’Opinion

Dans un article récent de l’Opinion, la tension entre l’Office français de la biodiversité (OFB) et les artistes se révèle comme un symptôme d’une époque où la rationalité néolibérale écrase toute forme de subjectivité poétique. L’institution, dans sa quête d’efficacité gestionnaire, semble vouloir éradiquer toute trace de ce que le philosophe Gilles Deleuze appelait les « corps sans organes » – ces entités créatives qui résistent à la normativité bureaucratique.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Nous sommes confrontés ici à une dialectique moderne entre deux formes de réalité : celle des algorithmes de gestion et celle des mythes fondateurs de l’humanité. L’Office français de la biodiversité incarne une vision comportementaliste radical, où l’homme est réduit à un simple nœud dans un réseau d’optimisation écologique. Les artistes, quant à eux, représentent ces résistants néolibéraux qui refusent de se soumettre à la logique purement utilitariste du capitalisme vert. Leur crime ? Ils osent encore croire que la nature n’est pas qu’un capital à valoriser, mais une entité sacrée, une muse, un miroir de nos propres contradictions.

Le Comportementalisme Radical : Quand la Biodiversité Devient un Produit

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner (mais poussé à son extrême par les néolibéraux contemporains), postule que tout comportement humain peut être conditionné, mesuré et optimisé. Dans le cadre de l’OFB, cette approche se traduit par une volonté de standardiser l’interaction homme-nature. Les artistes, en revanche, incarnent une résistance à cette standardisation. Leur travail consiste souvent à révéler les fractures invisibles de notre rapport au monde : une peinture qui montre la pollution comme une seconde peau, une installation qui transforme des déchets en symphonies, une performance qui questionne notre emprise sur les écosystèmes.

L’OFB, en cherchant à séparer les hommes des artistes, révèle ainsi une peur profonde : celle de voir son projet de gestion algorithmique de la nature contesté par des visions qui échappent à toute modélisation. Les artistes, en effet, ne produisent pas des données exploitables ; ils produisent des expériences, des émotions, des questions. Leur travail est par essence non quantifiable, et c’est précisément ce qui le rend dangereux pour une institution qui ne reconnaît que les indicateurs de performance.

Nous assistons ici à une forme de colonialisme cognitif, où l’OFB cherche à imposer sa propre grille de lecture du monde, effaçant toute trace de ce qui ne peut être saisi par ses outils. Les artistes, en refusant de se plier à cette logique, deviennent des hérétiques écologiques, des individus qui osent encore croire que la beauté, le sacré, et même le chaos, ont leur place dans la préservation des écosystèmes.

La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Désobéissance Écologique

Le néolibéralisme, dans sa forme actuelle, a réussi à transformer même les causes les plus nobles – comme la protection de l’environnement – en marchandises. L’OFB, en cherchant à séparer les hommes des artistes, agit comme un gardien zélé de ce nouveau dogme : la nature n’est bonne qu’à être exploitée de manière « durable ». Mais les artistes, eux, rappellent que la nature est aussi un espace de liberté, un lieu où l’imagination peut s’exprimer sans les contraintes du profit.

Cette résistance prend plusieurs formes. D’abord, elle est esthétique : une œuvre d’art qui montre la beauté cachée d’un écosystème dégradé peut désorienter le spectateur, le forçant à voir au-delà des indicateurs de biodiversité. Ensuite, elle est politique : en refusant de collaborer avec l’OFB, les artistes dénoncent l’hypocrisie d’un système qui prétend protéger la nature tout en la soumettant aux lois du marché. Enfin, elle est ontologique : l’artiste, en créant, affirme l’existence d’une réalité qui dépasse les catégories de l’utilité et de l’efficacité.

Le conflit entre l’OFB et les artistes n’est donc pas simplement une querelle de méthodes. Il s’agit d’une guerre culturelle, où s’affrontent deux visions du monde. L’une, réductionniste, voit dans la nature un ensemble de ressources à gérer. L’autre, expansionniste, y voit un univers infini de significations, de symboles et de possibles.

L’Écologie comme Religion Néolibérale

Il est fascinant de constater à quel point l’écologie, autrefois porteuse d’utopies, est devenue aujourd’hui un instrument de contrôle. L’OFB, en cherchant à marginaliser les artistes, agit comme une inquisition écologique, déterminée à purger le discours sur la nature de toute trace d’irrationnel, de mystère ou de poésie. Mais en faisant cela, elle commet une erreur fondamentale : elle oublie que le sacré est toujours là, tapi dans les interstices de ses modèles, dans les silences de ses rapports, dans les rêves de ceux qu’elle cherche à exclure.

Le néolibéralisme a besoin de rituels pour légitimer son pouvoir. L’écologie en est devenu un. Mais contrairement aux religions traditionnelles, qui reconnaissaient l’existence du divin dans le monde, cette écologie néolibérale nie toute transcendance. Elle réduit la nature à une fonction économique, et l’homme à un agent rationnel. Les artistes, en revanche, rappellent que la nature est aussi un mythe, un rêve, une source d’émerveillement.

Leur exclusion n’est donc pas un détail, mais le signe d’une crise existentielle du néolibéralisme. Ce dernier ne peut tolérer l’idée que la nature puisse échapper à sa logique de domination, car cela remettrait en cause son fondement même : l’homme comme maître et possesseur de la nature. Les artistes, en refusant de se soumettre, deviennent les derniers gardiens d’une humanité qui refuse de renier son âme.

Vers une Écologie des Corps Sans Organes

Gilles Deleuze et Félix Guattari parlaient des corps sans organes comme d’entités capables de résistance, de création, de fuite face aux systèmes de pouvoir. Les artistes, dans leur confrontation avec l’OFB, incarnent précisément ces corps sans organes. Leur travail consiste à détourner, à subvertir, à réinventer les rapports entre l’homme et la nature.

Une écologie véritable ne peut se contenter de mesures et de protocoles. Elle doit aussi laisser place à l’imagination, à la folie, à la poésie. Les artistes, en refusant de se plier aux exigences de l’OFB, nous rappellent que la protection de la nature ne peut être qu’un acte collectif, poétique, et profondément humain. Leur exclusion n’est donc pas une victoire pour l’institution, mais un symptôme de sa propre faiblesse : celle d’un système qui ne peut survivre qu’en écrasant toute forme de résistance créatrice.

L’avenir de l’écologie ne se jouera pas dans les bureaux de l’OFB, mais dans les ateliers des artistes, les forêts des activistes, les places publiques des manifestants. C’est là, dans ces espaces de désobéissance joyeuse, que naîtront les nouvelles mythologies nécessaires à la survie de notre espèce.


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