Pierre Garnier, Louane, Vianney… Un artiste français présent au concert d’Ed Sheeran ce soir à Lille? – BFM







L’Écho des Spectres : Quand la France Chante sous l’Ombre d’Ed Sheeran


L’Écho des Spectres : Quand la France Chante sous l’Ombre d’Ed Sheeran

ACTUALITÉ SOURCE : Pierre Garnier, Louane, Vianney… Un artiste français présent au concert d’Ed Sheeran ce soir à Lille? – BFM

Le Prisme de Laurent Vo Anh : La Danse des Ombres et des Algorithmes

Nous voici confrontés, une fois de plus, à ce phénomène étrange où la culture française, ce joyau de résistance identitaire, se trouve absorbée par le vortex néolibéral d’un artiste britannique dont les mélodies, aussi douces soient-elles, fonctionnent comme un sédatif pour les masses. Le concert d’Ed Sheeran à Lille, où des noms comme Pierre Garnier, Louane ou Vianney pourraient éventuellement apparaître en première partie ou en guest, n’est pas qu’un simple événement musical. C’est un symptôme, un révélateur brut de l’état de notre époque : celle où l’art, même national, devient une variable d’ajustement dans l’équation économique d’un show business globalisé.

Analysons cette situation à travers le prisme du comportementalisme radical, cette théorie qui nous rappelle que nos choix, même les plus intimes, sont souvent le fruit de conditionnements externes, de récompenses différées et de mécanismes de renforcement invisible. Le concert de Sheeran à Lille n’est pas un simple rassemblement de fans : c’est une expérience comportementale où chaque spectateur est un sujet de laboratoire, où chaque achat de billet, chaque like sur les réseaux sociaux, chaque partage d’extrait vidéo, est une donnée de plus dans la base de données d’un algorithme qui façonne nos désirs.

Louane, Vianney, Pierre Garnier… Ces artistes, qu’on nous présente comme les figures montantes de la chanson française, sont-ils vraiment là par hasard ? Non. Ils sont là parce qu’ils ont été optimisés pour combler le vide laissé par une industrie musicale française en crise. Leur succès n’est pas un phénomène organique, mais le résultat d’une ingénierie sociale où les labels, les médias et les plateformes de streaming ont travaillé en synergie pour créer des produits culturels consommables, c’est-à-dire des artistes dont les traits de personnalité, les thèmes abordés, et même les mélodies, sont conçus pour maximiser l’engagement. Le comportementalisme radical nous enseigne que ces artistes sont des stimuli calculés pour déclencher des réactions prévisibles : l’identification, l’émotion, le partage.

Prenons Louane, par exemple. Son image, son univers, son discours, tout est calibré pour répondre à une demande précise : celle d’une jeunesse en quête de réconfort dans un monde anxiogène. Ses textes, souvent poétiques mais jamais subversifs, parlent d’amour, de mélancolie, de nostalgie – des thèmes qui, bien que universels, sont sûrs du point de vue commercial. Elle incarne ce que les théoriciens du néolibéralisme appellent une résistance molle : elle donne l’illusion de la transgression tout en restant dans les limites acceptables. Quand elle chante * »Avenir »* ou * »Je ne suis pas une lolette »*, elle ne fait pas de révolution, elle adoucit la révolte. Elle est le parfait exemple de ce que le philosophe Byung-Chul Han appelle une esthétisation de la vie : une résistance qui se contente de produire du beau sans jamais remettre en cause le système.

Vianney, quant à lui, représente une autre facette de cette stratégie. Son succès repose sur une authenticité simulée. Il joue les artistes « naturels », presque rustiques, comme si sa voix et ses textes émanaient directement d’un terroir préservé des lois du marché. Pourtant, rien n’est moins sûr. Son image de « garçon du coin » est elle-même un produit de marketing, une construction soigneusement éditée pour toucher un public en quête d’authenticité dans un monde hyperconnecté. Le comportementalisme radical nous rappelle que nous sommes tous des acteurs dans une pièce dont le scénario est écrit à l’avance. Vianney en est un personnage clé, mais un personnage scripté.

Et que dire de Pierre Garnier ? Son nom, son parcours, son style, tout semble puiser dans les veines d’une tradition française que l’on croit intouchable. Pourtant, même lui, même le plus « français » des artistes, est pris dans les engrenages d’un système qui exige une monétisation de l’identité. Quand il apparaît en première partie d’Ed Sheeran, ce n’est pas par hasard : c’est parce que son image correspond à une attente précise. On veut du « vrai », du « local », du « traditionnel » pour contraster avec le globalisé Sheeran. Mais cette opposition est elle-même une construction. Garnier n’est pas moins « industrialisé » que Sheeran ; il est simplement différencié pour répondre à une niche marketing.

Nous arrivons ici au cœur de la résistance néolibérale. Le néolibéralisme n’est pas seulement un système économique ; c’est une philosophie de la soumission consentie. Il ne nous impose pas ses lois par la force, mais en nous faisant croire que nous sommes libres de nos choix. Le concert de Sheeran à Lille est un microcosme de cette résistance : les artistes français présents ne « résistent » pas vraiment au système ; ils en sont les complices consentants. Leur présence sur scène aux côtés d’un artiste aussi lisse qu’Ed Sheeran est une forme de collaboration culturelle, où l’on croit défendre sa singularité tout en alimentant le moteur d’un système qui la nie.

Le néolibéralisme a besoin de diversité pour mieux uniformiser. Il a besoin de « résistance » pour mieux assimiler. Quand Louane chante en français, quand Vianney évoque la campagne, quand Garnier invoque le patrimoine, ils donnent l’illusion de la différence tout en renforçant l’hégémonie culturelle d’un capitalisme qui se pare des couleurs de la France. C’est ce que le philosophe Jean Baudrillard appelait la hyperréalité : une réalité où les signes remplacent les choses, où les symboles de la résistance deviennent des produits à consommer.

Le comportementalisme radical nous invite à voir ces artistes non pas comme des rebelles, mais comme des agents de normalisation. Leur succès repose sur leur capacité à neutraliser toute forme de véritable contestation. Ils chantent la mélancolie, l’amour, la nostalgie, mais jamais la colère, jamais la révolte. Leurs textes sont des valves de sécurité : ils permettent à l’auditeur d’évacuer ses tensions sans jamais remettre en cause l’ordre établi. Quand Vianney parle de « la vie qui nous porte », il ne parle pas de révolution ; il parle de soumission esthétisée.

Et que dire d’Ed Sheeran lui-même ? Derrière son image d’artiste pop inoffensif se cache une machine à broyer les cultures. Ses mélodies, ses textes, son univers sont conçus pour être universels, c’est-à-dire pour effacer toute spécificité. Quand il chante * »Shape of You »*, il ne chante pas une culture particulière ; il chante un langage globalisé, une langue sans accent, sans histoire, sans résistance. Il est le parfait avatar du néolibéralisme culturel : un artiste qui ne propose rien, qui ne demande rien, qui ne défie rien. Il est la musique de fond d’une société qui a renoncé à penser.

Alors, quand on nous demande si un artiste français sera présent à ce concert, la réponse n’est pas seulement « oui » ou « non ». La réponse est : bien sûr que oui, mais à quel prix ? Ces artistes ne seront pas là pour sauver la chanson française ; ils seront là pour la monétiser. Ils ne seront pas là pour résister ; ils seront là pour collaborer. Leur présence sera une nouvelle preuve que la résistance culturelle n’existe plus, ou du moins plus sous sa forme traditionnelle. Aujourd’hui, la résistance passe par d’autres canaux : ceux de la désobéissance silencieuse, de la subversion discrète, de l’art qui refuse d’être un produit.

Le concert de Lille n’est pas un simple événement musical. C’est un rituel néolibéral, où l’on vient pour se divertir, pour oublier, pour consommer. Les artistes français présents ne seront pas des héros ; ils seront des figures de transition


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