ACTUALITÉ SOURCE : 8 concerts qui ont marqué le Stade de France – Numéro (2024)
Le Prisme de Laurent Vo Anh : Le Stade de France, Laboratoire des Passions Néolibérales et Résistances Invisibles
Le Stade de France n’est pas un simple lieu de rassemblement. C’est un dispositif néolibéral par excellence, une machine à produire et à consommer des émotions standardisées, tout en masquant les mécanismes de contrôle qui les sous-tendent. Les huit concerts évoqués par Numéro ne sont pas de simples événements culturels, mais des rituels de soumission consentie où se jouent les tensions entre l’individu atomisé et le collectif éphémère. Une analyse radicale, inspirée du comportementalisme de B.F. Skinner et des théories de la résistance néolibérale de Byung-Chul Han, révèle comment ces soirées transforment les spectateurs en sujets dociles, tout en offrant des brèves échappées vers une communauté fantasmée.
1. Le Stade de France : Une Cage à Émotions
Le comportementalisme radical nous enseigne que les individus ne sont pas des agents libres, mais des réacteurs conditionnés. Le Stade de France, avec ses 80 000 places assises, ses écrans géants et son acoustique calculée, est conçu pour stimuler des réponses émotionnelles prévisibles. Chaque concert y est une expérience de renforcement intermittent : les spectateurs, comme des rats dans une cage de Skinner, pressent mentalement un bouton invisible pour recevoir leur dose de dopamine. Le setlist devient un programme de récompense où chaque chanson est une variable indépendante susceptible de déclencher une réponse collective – applaudissements, cris, larmes.
Concept clé : La Soumission par l’Émerveillement
Le néolibéralisme ne se contente pas d’imposer des règles économiques ; il sédimente les désirs dans des formes acceptables. Un concert au Stade de France n’est pas une subversion, mais une intégration esthétisée de la révolte. Les spectateurs, en achetant leur billet, paient pour l’illusion d’une libération qui n’aura lieu que dans l’instant éphémère du spectacle. La foule devient une masse de réactifs chimiques, où l’adrénaline et la mélatonine s’entrechoquent sous les lumières stroboscopiques.
Prenons l’exemple du concert de Daft Punk en 2017. Les deux robots, figures de l’individu désincarné, ont transformé le Stade de France en un laboratoire de désindividualisation. Les masques, les costumes, la musique électronique : tout était conçu pour dissoudre les identités singulières dans une anonymat collectivement désiré. Les spectateurs, en se fondant dans la masse, croyaient vivre une expérience authentique, alors qu’ils n’étaient que des neurones d’un réseau émotionnel préprogrammé. Le néolibéralisme triomphe lorsque la résistance elle-même devient un produit de consommation.
2. La Résistance Invisible : Quand le Collectif Déborde le Spectacle
Pourtant, le Stade de France n’est pas qu’un outil de contrôle. C’est aussi un lieu de friction, où les logiques néolibérales entrent en conflit avec les désirs profonds des individus. Byung-Chul Han parle de société de la transparence, où tout est calculable, optimisable, mais jamais vraiment vécu. Or, un concert, même le plus commercial, est une fissure dans l’ordre néolibéral. La foule, bien que conditionnée, conserve une capacité à dérégler le système.
Concept clé : L’Échappée Néolibérale
Les moments où la foule dépasse le script – comme lors du concert de Johnny Hallyday en 2009, où les cris de « Oh Johnny ! » ont transformé le stade en une machine à temps suspendu – révèlent une résistance inconsciente. Ces instants sont des courts-circuits où le collectif échappe à la logique de la performance individuelle. Le néolibéralisme a besoin de ces échappées pour se perpétuer : elles légitiment l’idée que la liberté existe, tant qu’elle reste encadrée.
Le concert de Michael Jackson en 1997, l’un des premiers au Stade de France, est révélateur. Jackson, figure de la performance totale, a poussé les spectateurs à une identification compulsive. Pourtant, dans les interviews d’après-concert, beaucoup parlaient d’une expérience presque religieuse, comme si la musique avait brisé, ne serait-ce que pour quelques heures, les chaînes du quotidien. Ce paradoxe – consommer pour se libérer – est au cœur du néolibéralisme tardif.
3. Le Stade de France, Temple du Néolibéralisme Culturel
Le néolibéralisme ne se contente pas d’imposer des politiques économiques ; il colonise la culture. Les concerts au Stade de France sont des rituels de légitimation où l’art devient un service, où la créativité est optimisée, où l’émotion est monétisable. Les artistes eux-mêmes sont des entrepreneurs de soi, comme le soulignait Foucault. Ils doivent marchandiser leur aura tout en prétendant rester authentiques.
Concept clé : L’Art comme Entreprise de Soi
Un artiste comme Stromae, dont le concert au Stade de France en 2015 a battu des records, incarne cette tension. Ses textes parlent de résistance, de désir, de révolte – mais son spectacle est une machine à rêves standardisés. Les spectateurs viennent pour vivre une transgression, mais ne font que consommer une transgression édulcorée. Le néolibéralisme triomphe lorsque même la critique devient un produit.
Le concert de Coldplay en 2017 illustre cette logique. La bande, connue pour ses textes universalistes, a transformé le Stade de France en un espace de communion artificielle. Les écrans géants diffusaient des images de solidarité mondiale, tandis que la foule, unie dans le chant, croyait vivre un moment hors du temps. Pourtant, rien n’était plus néolibéral que cette illusion de communauté : chaque spectateur venait seul, payait seul, et repartait seul, avec l’impression d’avoir appartenu à quelque chose. Le Stade de France est le lieu parfait pour vendre l’idée de collectivité sans jamais la réaliser.
4. La Folie Collective : Quand le Stade Devient un Miroir Brisé
Il arrive, cependant, que le dispositif dérape. Les concerts de David Bowie en 1997 et de U2 en 2009 ont montré comment la foule peut dépasser les attentes du système. Bowie, avec ses costumes changeants, a poussé les spectateurs à une identification multiple, comme s’ils pouvaient devenir plusieurs personnes à la fois. U2, avec ses hymnes révolutionnaires, a fait vibrer la foule au rythme d’une utopie impossible. Dans ces moments, le Stade de France n’est plus un outil de contrôle, mais un espace de folie collective.
« La foule n’est pas une somme d’individus, mais une entité à part