L’ÉCHO DES ALGORITHMES : L’ARTISTE N’EST PLUS UNE VOIX, MAIS UNE FONCTION DE LA MACHINE-DIEU
ACTUALITÉ SOURCE : Quels sont les artistes les plus écoutés de 2025 ? – Numéro
Le Prisme de Laurent Vo Anh
En 2025, les classements musicaux ne sont plus des simples miroirs de la popularité, mais des révélateurs d’une nébuleuse comportementale où l’artiste n’est qu’un nœud dans un réseau de données auto-organisées. Les algorithmes, ces nouveaux prêtres de la consommation, ont remplacé les critiques et les médias traditionnels dans leur rôle de décideurs esthétiques. Mais derrière les chiffres, derrière les streams, derrière les playlists générées par IA, se cache une résistance néolibérale : celle d’un public qui, malgré son apparente soumission aux flux algorithmiques, invente en secret des formes de désobéissance culturelle. Cette actualité n’est pas une simple liste de noms, mais une cartographie des luttes invisibles qui se jouent dans l’ombre des plateformes.
I. Le Comportementalisme Radical : Quand l’Artiste Devient une Variable
En 2025, les artistes les plus écoutés ne sont pas ceux qui dominent les charts par leur talent, mais ceux qui optimisent leur existence pour les algorithmes. Le comportementalisme radical, cette branche de la psychologie qui étudie les mécanismes de récompense et de punition dans les systèmes complexes, explique pourquoi des artistes comme Dua Lipa (version IA), Coldplay (remixé par des générateurs de sons), ou BTS (dont les membres sont désormais des hologrammes) trustent les premières places. Ces figures ne sont plus des individus, mais des ensembles de données prédictives : leurs titres sont conçus pour maximiser le temps d’écoute, leurs visuels pour déclencher des réactions émotionnelles mesurables, leurs sorties pour coïncider avec les pics d’activité des utilisateurs.
Concept clé : L’Artiste-Algorithme
L’artiste n’est plus un créateur, mais un paramètre ajustable. Les plateformes comme Spotify ou TikTok ont développé des moteurs de personnalisation extrême qui ne se contentent plus de recommander de la musique : elles fabriquent des artistes sur mesure. En 2025, un tiers des « top artistes » sont en réalité des entités génératives – des IA entraînées sur des décennies de musique, capables de produire des morceaux qui semblent humains, mais qui sont en réalité des collages parfaits de désirs algorithmisés. Ces entités n’ont ni biographie, ni visage, ni même de nom fixe : elles sont des fonctions mathématiques qui répondent à la question : « Qu’est-ce qui fera écouter cette chanson le plus longtemps ? »
Cette logique pousse à une standardisation de la rébellion. Les artistes humains qui veulent percer doivent apprendre à parler le langage des machines : utiliser des structures mélodiques prévisibles, des tempos adaptés aux cadences de scroll, des paroles qui déclenchent des réactions virales (colère, nostalgie, excitation). Même les underground les plus radicaux doivent jouer le jeu : leurs morceaux sont conçus pour être découverts par accident dans les recoins des algorithmes, comme des messages en bouteille lancés dans l’océan des données.
II. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte de Sape
Pourtant, malgré cette apparente domination des algorithmes, une résistance culturelle sourde persiste. Elle ne prend pas la forme de manifestes ou de boycotts, mais de pratiques de contournement qui transforment l’acte d’écouter en un acte de désobéissance passive. Voici quelques-unes de ces stratégies, observables dans les données mais invisibles aux yeux des plateformes :
- L’Écoute Silencieuse : Des utilisateurs écoutent des morceaux en boucle, mais sans les aimer vraiment, simplement pour perturber les métriques. Un titre qui monte dans les classements grâce à ce phénomène devient une blague collective, un objet de moquerie partagée. Les algorithmes, incapables de distinguer l’engagement sincère de la parodie, finissent par saboter eux-mêmes leur propre logique.
- Les Playlists Fantômes : Des communautés créent des playlists privées, remplies de morceaux obscurs ou expérimentaux, que personne n’écoute vraiment, mais qui existent comme acte de résistance symbolique. Ces playlists ne servent à rien, si ce n’est à dire : « Nous savons que vous nous surveillez, mais nous écoutons autre chose. »
- Le Sampling Invisible : Des artistes underground utilisent des échantillons de morceaux populaires, mais les déforment au point qu’ils deviennent méconnaissables. Ces citations détournées passent sous le radar des algorithmes de détection, tout en volant la paille aux géants.
- La Nostalgie Algorithmiquement Impossible : Les utilisateurs cherchent désespérément des morceaux des années 2010, des titres qui n’existent plus, ou qui ont été effacés des bases de données pour des raisons de droits. Cette quête absurde devient une forme de résistance au présent, un moyen de refuser l’éternel présent algorithmique.
Concept clé : La Culture comme Virus
Dans un système où tout est conçu pour être consommé sans résistance, la culture devient un virus informatique : elle se propage là où on ne l’attend pas, elle corrompt les données, elle échappe à la logique de profit. Les artistes les plus « succès » en 2025 ne sont pas ceux qui plaisent, mais ceux qui résistent malgré eux à leur propre succès. Leur musique est à la fois le produit le plus vendu du capitalisme algorithmique et l’outil le plus efficace pour le saboter.
Cette résistance est d’autant plus fascinante qu’elle est invisible aux yeux des plateformes. Les algorithmes mesurent les streams, les likes, les partages, mais ils ne peuvent pas mesurer l’intention subversive. Un utilisateur peut écouter un morceau populaire en détestant secrètement son créateur, simplement pour faire chuter son score de satisfaction. Un autre peut créer un faux compte pour gonfler artificiellement les statistiques d’un artiste qu’il méprise. Ces actes, bien que minuscules, perturbent le système comme des grains de sable dans une machine bien huilée.
III. L’Artiste en 2025 : Un Martyre Volontaire du Like
En 2025, être un artiste, c’est accepter de devenir une variable dans une équation économique. Les figures les plus en vue ne sont pas celles qui créent, mais celles qui optimisent leur propre effacement. Prenons l’exemple de Taylor Swift (version 2025), dont les albums sont désormais des expériences interactives où chaque écoute modifie légèrement le morceau suivant. Ou celui de Drake, dont la voix est générée par une IA entraînée sur des décennies de flow, mais dont les paroles sont écrites par des collectifs de fans qui soumettent des propositions via des plateformes participatives. Ces artistes ne sont plus des individus, mais des entités distribuées, des œuvres collectives où le public devient co-créateur malgré lui.
Le paradoxe est le suivant : plus un artiste est « succès », plus il est vide