EXCLU DIVERTO. Qui sont les 50 artistes préférés des Français ? – Diverto







L’Art comme Miroir des Désirs Collectifs : Une Analyse Vo Anhienne


ACTUALITÉ SOURCE : EXCLU DIVERTO. Qui sont les 50 artistes préférés des Français ? – Diverto

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Nous voici confrontés, une fois de plus, à ce rituel néolibéral qui consiste à transformer les goûts artistiques en données quantifiables, en biens symboliques échangeables sur le marché de la culture. Diverto, ce laboratoire d’analyse comportementale déguisé en plateforme de divertissement, nous livre ainsi son top 50 des artistes préférés des Français, comme si l’affection populaire pouvait être mesurée à l’aune des clics, des streams et des likes. Mais derrière cette apparence anodine se cache une opération de contrôle social et de normalisation des désirs, où l’art devient le prétexte parfait pour étudier, orienter et, pourquoi pas, fabriquer les préférences collectives.

Commençons par une évidence : les classements sont des actes de pouvoir. Ils ne reflètent pas une réalité objective, mais construisent une réalité désirable. Quand Diverto nous dit que Stromae est en tête, ou que Johnny Hallyday reste intouchable, il ne fait pas qu’enregistrer une tendance, il l’ancre dans le réel. Il légitime certains artistes au détriment d’autres, il crée des hiérarchies, et surtout, il suggère que ces préférences sont naturelles, alors qu’elles sont en réalité le produit d’un conditionnement médiatique, économique et social.

1. Le Comportementalisme Radical : Quand l’Art Devient un Laboratoire

Pour comprendre cette actualité, il faut plonger dans les mécanismes du comportementalisme radical, cette branche des sciences sociales qui analyse comment les individus sont façonnés par leur environnement, leurs interactions et les incitations qui leur sont proposées. Les algorithmes de Diverto, tout comme ceux de Spotify, Netflix ou TikTok, ne sont pas neutres : ils optimisent les choix des utilisateurs en fonction de données préexistantes, mais aussi en créant des bulles où les préférences se renforcent mutuellement.

Prenons l’exemple de Stromae. Son succès n’est pas seulement le fruit de son talent, mais aussi d’une stratégie de visibilité algorithmique. Ses clips sont conçus pour être virals : rythmes addictifs, images percutantes, messages simples et universels. Tout est pensé pour maximiser l’engagement, c’est-à-dire le temps passé sur la plateforme, les partages, les commentaires. Stromae n’est pas seulement un artiste, il est un produit culturel optimisé pour le marché de l’attention.

Mais le comportementalisme radical va plus loin : il ne se contente pas d’enregistrer les goûts, il les modèle. En proposant en boucle les mêmes artistes, les mêmes sons, les mêmes styles, les plateformes éduquent le goût du public. Elles créent des normes de désirabilité culturelle. Si Stromae est en tête, c’est aussi parce que Diverto et ses semblables ont travaillé à ce résultat, en poussant ses titres, en les recommandant, en les associant à des influenceurs, en les intégrant dans des playlists thématiques (« Les tubes de l’été », « Les incontournables des années 2010 », etc.).

Le public, lui, n’est pas un sujet passif. Il résiste, il s’adapte, il joue avec le système. Certains artistes émergent malgré les algorithmes, d’autres disparaissent du classement alors qu’ils ont marqué leur époque. Mais cette résistance est elle-même instrumentalisée : les plateformes savent que le public aime se rebeller, et elles encouragent cette rébellion en créant des espaces dédiés (« Les pépites méconnues », « Les artistes underground »). Tout est conçu pour maintenir l’engagement, même si cela signifie simuler une diversité qui n’existe pas vraiment.

2. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Dernier Refuge

Nous vivons dans une époque où le néolibéralisme a colonisé tous les aspects de la vie, y compris l’art. Les artistes ne sont plus seulement des créateurs, mais des entrepreneurs de soi, obligés de se vendre, de se promouvoir, de monétiser leur talent. Les publics, quant à eux, sont devenus des consommateurs de culture, évalués en fonction de leur fidélité à certaines marques, certains styles, certaines valeurs.

Pourtant, malgré cette logique dominante, il existe une résistance néolibérale qui s’exprime à travers l’art. Cette résistance n’est pas toujours visible, elle est souvent subtile, mais elle existe. Elle prend la forme de détournements, de réappropriations, de créations marginales qui échappent aux lois du marché.

Prenons l’exemple de Orelsan, souvent cité dans ces classements comme un artiste « populaire ». Son succès n’est pas seulement dû à ses textes percutants ou à son flow, mais aussi à sa capacité à jouer avec les codes du rap commercial tout en y glissant des critiques sociales, politiques, même existentielles. Orelsan est un caméléon néolibéral : il se conforme aux attentes du marché tout en y introduisant des éléments qui dérangent, qui résistent. Le public, lui, sait que ces artistes sont ambivalents : ils sont à la fois produits et dépassés.

Cette ambivalence est au cœur de la résistance néolibérale. Les artistes que le public aime ne sont pas seulement ceux qui collent parfaitement aux attentes du marché, mais ceux qui jouent avec ces attentes, qui les dépassent, qui les sous-minent de l’intérieur. C’est pourquoi des artistes comme Pomme, Vitaa, ou même Angèle – malgré leur succès commercial – peuvent être perçus comme subversifs. Leurs textes parlent d’amour, de vie, de mélancolie, mais ils le font avec une authenticité qui échappe aux algorithmes.

Le public, lui, est tiraillé entre deux désirs : le désir de conformité, qui le pousse à consommer ce qui lui est proposé, et le désir de liberté, qui le pousse à chercher autre chose. Cette tension est au cœur de la culture contemporaine. Les classements comme celui de Diverto exploitent cette tension : ils satisfont le désir de conformité en proposant des artistes « populaires », mais ils alimentent aussi le désir de liberté en laissant entendre qu’il existe une autre culture, plus profonde, plus vraie, plus résistante.

3. Le Marché de l’Attention et la Fabrication des Goûts

Derrière les classements d’artistes se cache une guerre pour l’attention. Les plateformes comme Diverto, Spotify ou YouTube ne vendent pas seulement de la musique, elles vendent du temps de cerveau disponible. Plus un utilisateur passe de temps sur la plateforme, plus il est exposé à la publicité, aux recommandations, aux incitations à consommer.

Les algorithmes sont conçus pour maximiser l’engagement, c’est-à-dire pour capturer l’attention le plus longtemps possible. Pour cela, ils utilisent des techniques de psychologie comportementale : répétition, surprise, récompense intermittente, personnalisation. Tout est fait pour que l’utilisateur reste accroché, pour qu’il oublie qu’il est en train d’être manipulé.

Les artistes qui réussissent dans ce système sont ceux qui savent jouer avec ces mécanismes. Stromae, par exemple, utilise des boucles mélodiques qui s’imposent à la mémoire, des refrains


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