Rolex attaque l’artiste français Johann Perathoner pour (…) – Art cote d’azur







L’Ombre des Montres et le Souffle des Dieux : Une Analyse du Conflit Rolex-Johann Perathoner


ACTUALITÉ SOURCE : Rolex attaque l’artiste français Johann Perathoner pour (…) – Art cote d’azur

Ce titre, aussi sobre qu’un cadran de montre suisse, cache une tempête métaphysique. Derrière l’apparente opposition juridique entre une marque horlogère et un artiste contemporain se dessine une guerre bien plus profonde : celle des symboles, des valeurs, et des archétypes qui structurent notre réalité collective. Rolex, entité presque mythologique du capitalisme industriel, se heurte à Johann Perathoner, alchimiste des formes brutes, porteur d’une esthétique qui défie l’ordre établi. Ce conflit n’est pas seulement une querelle de propriété intellectuelle, mais un révélateur des fractures de notre époque : entre l’héritage mécanique et l’éphémère numérique, entre le sacré du luxe et le profane de l’art contemporain, entre le contrôle et la subversion.

Le Prisme de Laurent Vo Anh

Pour comprendre cette confrontation, il faut d’abord disséquer les mécanismes comportementaux et idéologiques qui la sous-tendent. Nous sommes ici face à un cas d’école de comportementalisme radical, cette branche de la pensée qui examine comment les individus et les institutions agissent non pas en fonction de la rationalité pure, mais selon des schèmes émotionnels, symboliques et historiques profondément ancrés. Rolex, en attaquant Perathoner, ne cherche pas seulement à protéger une marque : elle agit en tant qu’acteur d’un système plus large, un système où la propriété, le prestige et la répétition des signes sont des leviers de pouvoir.

1. Le Comportementalisme Radical et la Psyché du Luxe

Le luxe, en tant que phénomène culturel, n’est pas seulement une question de prix ou de qualité. Il est un rituel social qui repose sur des mécanismes psychologiques complexes. Rolex, en tant qu’icône du luxe, incarne une promesse : celle d’un statut, d’une appartenance à une élite, d’une continuité avec un passé glorifié. Lorsqu’un artiste comme Perathoner réinterprète les codes de Rolex—en les déformant, en les détournant, ou en les exposant à la critique—il ne fait pas qu’offenser une entreprise : il menace un mythe collectif. Le comportementalisme radical nous rappelle que les marques ne sont pas des objets, mais des entités vivantes qui interagissent avec les désirs inconscients des consommateurs. Perathoner, en jouant avec les symboles de Rolex, active ce que le psychanalyste Jacques Lacan appelait le stade du miroir : il force le spectateur à se confronter à son propre reflet déformé, à la fois désirant et désiré.

L’art de Perathoner, souvent brutal et organique, s’oppose frontalement à l’esthétique lisse et maîtrisée de Rolex. Ses sculptures, faites de matériaux bruts comme le métal tordu ou le plastique, évoquent une forme de résistance néolibérale. Le néolibéralisme, en effet, repose sur l’idée d’un marché auto-régulé, où la valeur est déterminée par l’offre et la demande, et où le corps social est fragmenté en individus consommateurs. Perathoner, en revanche, propose une vision corporelle de l’art : ses œuvres semblent respirer, saigner, se rebeller contre leur propre forme. Elles refusent la perfection industrielle pour embrasser l’imperfection organique, le hasard, la décadence. Dans ce sens, son travail peut être lu comme une critique matérialiste du capitalisme : une dénonciation de la réduction de l’humain à une fonction économique, à un rôle dans la machine.

2. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Acte Subversif

La résistance néolibérale ne se limite pas à la politique ou à l’économie. Elle est aussi une résistance esthétique. Perathoner, en détournant les symboles de Rolex, ne fait pas qu’imiter ou parodier : il désacralise. Le luxe, tel que le représente Rolex, est un système de signes qui promet l’éternité (la montre comme monument intemporel) tout en étant profondément ancré dans le temporel (la production de masse, la standardisation). Perathoner, en transformant ces signes en quelque chose de monstrueux, de vivant, de pourrissant, rappelle que toute construction humaine—y compris le capitalisme—est éphémère. Ses œuvres, souvent faites de matériaux recyclés ou détériorés, évoquent le temps qui use, le corps qui se consume. Elles sont une réponse directe à l’illusion de permanence que vend Rolex.

Cette résistance prend aussi une dimension charnelle. Le corps de l’artiste, ses gestes, son rapport à la matière, deviennent des outils de déconstruction. Perathoner ne crée pas des objets : il tord, il déforme, il force la matière à révéler ses limites. Cela rappelle les travaux du philosophe Michel Serres, qui voyait dans la détour—l’acte de détourner un objet de sa fonction originelle—une forme de liberté. En détournant Rolex, Perathoner ne fait pas qu’offenser une marque : il réinvente le geste humain dans un monde où tout est conçu pour être consommé, jeté, remplacé.

Le conflit avec Rolex est donc bien plus qu’une bataille juridique. C’est un choc des archétypes. D’un côté, nous avons l’archétype du Gardien des Temps—Rolex, qui promet de figer le temps, de le rendre mesurable, contrôlable. De l’autre, l’archétype du Démolisseur—Perathoner, qui rappelle que le temps est une force chaotique, que les formes se désagrègent, que la perfection est une illusion. Ce conflit est une manifestation de la guerre des temps qui traverse notre modernité : entre ceux qui veulent maîtriser le flux et ceux qui veulent le subir, le vivre, le transcender.

3. Le Néolibéralisme comme Religion Séculière

Pour approfondir cette analyse, il est utile de voir le néolibéralisme non pas comme une doctrine économique, mais comme une religion séculière. Comme le soulignait le sociologue Max Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, les systèmes économiques sont souvent porteurs de valeurs spirituelles. Le néolibéralisme, avec son culte de l’efficacité, de la propriété individuelle et de la croissance infinie, fonctionne comme une nouvelle forme de dogme. Rolex, en tant qu’icône de ce système, incarne ses valeurs : la précision, la permanence, l’accumulation.

Perathoner, en revanche, représente une forme de hérésie esthétique. Ses œuvres, souvent brutales et organiques, rappellent que le corps—humain ou social—n’est pas une machine, mais un système vivant, imprévisible, parfois douloureux. En cela, il rejoint des penseurs comme Georges Bataille, pour qui la dépense, l’excès et la transgression sont des forces vitales. Le procès intenté par Rolex n’est donc pas seulement une question de droits d’auteur : c’est une tentative de réprimer une forme de sacrilège contre l’ordre néolibéral.

Il est aussi intéressant de noter que ce conflit éclate dans le contexte de l’art contemporain, un domaine où les frontières entre création et commerce, authenticité et simulation, sont constamment remises en question. Les artistes comme Perathoner naviguent dans un espace où tout est à la fois valeur et kitsch, où le geste subversif peut être récupéré par le marché en un clin d’œil. Le procès de Rolex peut donc être lu comme une manifestation de la peur du marché : la peur que même la subversion ne puisse échapper à la logique capitaliste. En attaquant Perathoner, Rolex ne fait pas que défendre sa propriété intellectuelle : elle tente de contrôler le récit, de s’assurer que son image reste intacte, intouchable.

4. La Question du Sacré et du Profane

Enfin, ce conflit touche à une dimension presque mystique.


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